COMECE: "L´Église se sent responsable du développement du monde rural"

Déclaration des évêques catholiques de la COMECE

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ROME, Vendredi 6 avril 2001 (ZENIT.org) - Les quatorze évêques de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne viennent de publier la déclaration suivante (original en allemand), en date du 30 mars 2001 sur "la crise de l´agriculture en Europe et ses conséquences".



Cette déclaration est motivée par "les problèmes liés à l’ESB - potentiellement transmissible à l’homme –" et le récent épisode de "la très contagieuse fièvre aphteuse qui ont plongé l’agriculture européenne et l’industrie agro-alimentaire dans une profonde crise". Elle survient à l´issue de la session de la COMECE à Rome, la semaine passée (Zenit du 30 mars), et alors que des évêques de plusieurs pays européens ont affirmé leur solidarité avec les victimes de la crise du monde rural.

Les évêques notent tout d´abord que "la récente crise de l´agriculture européenne se présente sous les formes les plus diverses". Ils demandent ensuite la poursuite de "la réforme de la politique agricole européenne". Ils affirment enfin que "l´Église se sent également responsable du développement du monde rural".

1. La récente crise de l’agriculture européenne se présente sous les formes les plus diverses.
a) Elle touche d’abord les agriculteurs dont un grand nombre se retrouvent dans une situation difficile sans en être responsables . Ils ont de plus en plus le sentiment de ne plus contrôler leur avenir professionnel et personnel et d’être les victimes et non les acteurs de la politique agricole. Ces dernières semaines, un grand nombre de nos confrères des épiscopats de l’Europe entière ont manifesté leur solidarité envers les personnes qui vivent de l’agriculture ou qui en dépendent pour d´autres activités. Nous, évêques de la COMECE, voulons nous associer à cet élan de solidarité. Les agriculteurs méritent notre respect et ont, comme chaque être humain, le droit "de participation".

b) Elle touche également les consommateurs c’est-à-dire nous tous. De nombreuses personnes doutent aujourd’hui de l’innocuité des produits agricoles. L’inquiétude résulte parfois de certains articles et images irresponsables diffusés par les médias. La crainte de consommer des denrées alimentaires contaminées est largement répandue. Afin que l’inquiétude face à la qualité de la nourriture ne se développe pas davantage, nous demandons à tous les acteurs de la production des aliments, de prendre leurs responsabilités et d’agir en leur âme et conscience. Nous insistons également sur la responsabilité du pouvoir politique en matière de protection adéquate des consommateurs et ce, à l’échelle européenne. Dans ce contexte, nous saluons l´intention des chefs d’Etat et de gouvernements de créer une agence alimentaire européenne capable de mieux garantir l’innocuité de toutes les denrées alimentaires présentes sur le marché européen.

c) Enfin, la crise actuelle est également l’expression d’une certaine perception de l´agriculture selon laquelle le traitement respectueux, conforme au caractère divin de la Création, que nous devons réserver aux animaux ainsi qu’à la faune et la flore a trop souvent été sacrifié au profit de la seule productivité et des bénéfices. En fin de compte, les excès d‘une politique agricole erronée ont également contribué à la récente crise : le traitement thermique insuffisant des carcasses animales pour leur transformation en farines et leur administration aux autres animaux a probablement contribué à l’extension de la maladie de la vache folle. La pratique du transport d’animaux vivants (souvent dans des conditions indicibles) à travers toute l’Europe, favorisée par de mauvais prétextes économiques, a contribué au risque d’une propagation de la fièvre aphteuse à toute l’Europe.


2) La réforme de la politique agricole européenne doit être poursuivie.

a) La politique agricole commune est un des fondements de l’Union européenne. Cependant, les critiques envers cette politique ne datent pas d’hier. Certes, elle a entraîné, au cours des dernières décennies, la suppression presque complète de la faim et de la sous-alimentation dans l’UE. En outre, elle a également permis à un nombre non négligeable d’exploitants agricoles et à leurs familles de bénéficier d’un revenu décent et elle a permis d’organiser d’une manière socialement acceptable un changement structurel considérable au cours des quarante dernières années. Toutefois, l’intensification de ses méthodes de culture et d’élevage a engendré une série de conséquences non désirables. Les objectifs du Traité CE visant à offrir aux consommateurs européens des denrées alimentaires aux prix les plus avantageux et à assurer, par la même occasion, le revenu le plus élevé possible aux agriculteurs, ont pu être réalisés uniquement grâce à des subventions structurelles.

b) Les organisations communes de marché de la PAC avec leurs garanties pour les prix et les quantités ont provoqué une augmentation de la production et de la productivité qui est co-responsable des dégâts environnementaux en Europe. En outre, elle nécessite des subventions à l’exportation pour la suppression des surplus de production qui perturbent, de cette façon, les marchés mondiaux et entravent sérieusement le développement agricole déjà très fragile des pays pauvres. C’est pourquoi nous soutenons les idées principales des réformes de la politique agricole européenne de 1992 et 1999 qui visent à réduire les subventions par des prix garantis et à compenser cette réduction par des soutiens directs aux agriculteurs , régimes pouvant, en outre, être liés à des normes environnementales. En même temps, la Commission a commencé en œuvre une réorientation de la politique agricole destinée à introduire une politique de l’espace rural qui prend mieux en compte la multifonctionalité de l’agriculture et profite aussi bien aux habitants des villes en quête de repos et de détente qu’à la population rurale.

c) Cette nouvelle orientation de la politique agricole répondrait également aux besoins de nombreux exploitants des pays candidats à l’adhésion qui, aujourd’hui, faute d’alternative, exploitent de petites et de très petites fermes. Enfin, cette nouvelle orientation s’alignerait plus facilement sur les conventions du GATT et pourrait mieux être défendue lors des négociations en cours à l´OMC . L’accélération de ces réformes s’impose aujourd’hui . D´un point de vue éthique, il n´est pas acceptable de maintenir une politique agricole dans laquelle l´abattage massif des animaux, avec le seul objectif d´une destruction des aliments sains, reste apparemment la seule "solution de crise". L´agriculture de l´avenir doit être conforme aux exigences de l´environnement et orientée vers la qualité. Le principe du développement durable doit être impérativement respecté pour intégrer les aspects sociaux, économiques et écologiques.

d) Les agriculteurs et leurs familles eux-mêmes devraient reconnaître et utiliser les diverses fonctions de l’agriculture et poursuivre l’évolution d’une priorité donnée à des produits de base vers une production des biens et services à haute valeur ajoutée. Des subventions liées à la surface et en particulier la préférence relative pour le secteur céréalier dans les dépenses agricoles devraient faire l’objet d’un examen approfondi. Celui-ci pourrait d’ailleurs s’inscrire dans le cadre de l’évaluation à mi-parcours prévue dans l’Agenda 2000 pour toute une série d’organisations de marché communes pour 2002 et 2003. Nous invitons la Commission européenne à faire des propositions de réformes courageuses. Cependant, une meilleure qualité des aliments et une préférence pour les produits régionaux ont un coût que non seulement les contribuables mais également les consommateurs devraient payer. C’est pourquoi, dans notre orientation vers un nouveau style de vie respectueux de l’environnement, nous devrions également déterminer si nous sommes disposés, à long terme, à dépenser plus pour notre alimentation et à réduire nos autres dépenses. Lors d’une audience générale le 17 janvier dernier, le Saint Père Jean Paul II a salué la "conversion écologique" de l’humanité. Dans son encyclique Evangelium Vitae de 1995, il avait déjà déclaré : « Il faut saluer aussi positivement l’attention grandissante à la qualité de la vie, à l’écologie, que l’on rencontre surtout dans les sociétés au développement avancé, où les attentes des personnes sont à présent moins centrées sur les problèmes de la survie que sur la recherche d’une amélioration d’ensemble des conditions de vie. » (N°27)


3) L’Église se sent également responsable du développement du monde rural.

a) On ne peut concevoir l’Europe sans ses belles campagnes où se dressent de nombreux clochers. L’Eglise tire beaucoup de ses forces des hommes et des femmes qui témoignent de leur foi dans le monde rural. L´Eglise aussi a une responsabilité pour faire vivre le monde rural en Europe. Cette responsabilité n´est pas du seul domaine des pouvoirs publics.

b) C’est pourquoi nous avons prévu, dans le cadre d’une réflexion profonde sur le développement durable, de décrire en détail la contribution que l’Eglise peut apporter pour un style de vie responsable en zone rurale.

c) A court terme, les agriculteurs et leurs familles touchés par des épidémies et par l’abattage du cheptel, ont besoin d’aide. Pour comprendre le drame qu’ils sont en train de vivre, il faut connaître le monde qui est le leur. La ferme, les animaux et les plantes continuent d’être considérés comme source de leur existence matérielle et de leur identité personnelle. Il importe de tenir compte de la situation psychologique des agriculteurs dans la politique. En même temps, nous encourageons aussi nos paroisses, nos prêtres et religieux et tous ceux, qui ont une activité pastorale, à persévérer dans leur engagement pour maintenir vivant le monde rural et dans leur action en faveur des agriculteurs. Il va de soi que l’aide qu’ils apportent n’est pas d’abord de nature matérielle mais qu´ils témoignent de l’espérance et de la solidarité dans une situation très difficile. Ce facteur a également son importance car « L’homme ne vit pas seulement de pain ! » (Luc 4,4).

Mgr Josef Homeyer, évêque de Hildesheim (Allemagne), Président de la COMECE; Mgr Teodoro De Faria, évêque de Funchal (Portugal); Mgr Luk De Hovre, évêque auxiliaire de Bruxelles (Belgique); Mgr Joseph Duffy, évêque de Clogher (Irlande); Mgr Fernand Franck, archevêque de Luxembourg; Mgr Crispian Hollis, évêque de Portsmouth (Angleterre et Pays de Galles); Mgr Egon Kapellari, évêque de Graz-Seckau (Autriche); Mgr William Kenney, évêque auxiliaire de Stockholm (Suède); Mgr John Mone, évêque de Paisley (Ecosse); Mgr Attilio Nicora, conférence épiscopale italienne; Mgr Hippolyte Simon, évêque de Clermont (France); Mgr Adrianus van Luyn, évêque de Rotterdam (Pays-Bas); Mgr Antonios Varthalitis, évêque de Corfou (Grèce); Mgr Elias Yanes Alvarez, archevêque de Zaragoza (Espagne).