Comment aider les anglicans à se sentir chez eux dans l’Eglise catholique

Entretien avec un expert du dialogue avec la communion anglicane traditionnelle 

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ROME, Mardi 3 novembre 2009 (ZENIT.org) - Il y a près de deux semaines, le Vatican a créé la surprise en annonçant que, par le biais d'ordinariats personnels, Benoît XVI permettra à des fidèles anglicans d'entrer en pleine communion avec l'Eglise catholique tout en conservant des éléments de leur patrimoine spirituel et liturgique.

Ces ordinariats personnels sont une réponse du Saint-Siège aux anglicans qui ont manifesté le désir de devenir catholiques. On estime qu'entre 20 et 30 évêques anglicans ont présenté une demande dans ce sens. 

Jusqu'à présent il existait des dispositions pastorales approuvées par Jean-Paul II en 1980, mais qui ne considéraient que les cas individuels de prêtres épiscopaliens (membres de la communion anglicane aux Etats-Unis et en Ecosse) souhaitant adhérer au catholicisme.  

Pour comprendre comment fonctionneront ces ordinariats personnels et l'importance de cette décision, ZENIT a interrogé Mgr William Stetson, prêtre de l'Opus Dei et secrétaire du délégué ecclésiastique de la Congrégation pour la doctrine de la foi chargé des dispositions pastorales à l'encontre d'anciens prêtres épiscopaliens.

Mgr Stetson est à la tête d'un bureau chargé de ces questions à la paroisse Notre-Dame de Walsingham, une congrégation de tradition anglicane dans l'archidiocèse de Galveston-Houston. 

ZENIT - Qu'est-ce qu'un ordinariat personnel ? En trouve-t-on ailleurs dans l'Eglise ? 

Mgr Stetson - Un ordinariat est une structure juridictionnelle constituée d'un prélat soumis à une juridiction ordinaire, du clergé qui l'assiste dans ses activités pastorales et des fidèles laïcs dont il a la charge.

Dans de nombreux pays il existe un ordinariat militaire, qui a la responsabilité pastorale de tous ceux qui servent dans l'armée et de leurs familles. Aux Etats-Unis on l'appelle ‘l'archidiocèse aux armées' (Archdiocese for the Military Services). Que je sache, il n'existe pas d'autres ordinariats. 

ZENIT - Quelle est la différence fondamentale entre la disposition pastorale de 1980 et la nouvelle constitution apostolique ?  

Mgr Stetson - La disposition pastorale n'avait pas de contenu canonique et ne touchait pas l'exercice du pouvoir, du gouvernement. La nouvelle constitution apostolique établira des normes canoniques au plus haut niveau qui permettront, dans chaque nation, de créer de nouvelles structures canoniques appelées « ordinariats ». Conformément aux normes générales, chaque ordinariat aura le pouvoir d'intervenir directement (juridiction) sur des personnes et des questions précises. 

ZENIT - Qu'arrivera-t-il aux paroisses catholiques de tradition anglicane qui existent depuis plusieurs années ?

Mgr Stetson - Jusqu' à présent, aux Etats-Unis, les paroisses dites de tradition anglicane sont des paroisses personnelles du diocèse où elles se trouvent, qui conservent des éléments de la tradition anglicane, surtout la liturgie. 

Il n'y a pas de relation canonique entre elles ou avec le délégué ecclésiastique chargé des dispositions pastorales. On peut penser que si l'on institue un ordinariat aux Etats-Unis, les paroisses entreront sous la juridiction du nouvel ordinariat et passeront sous la juridiction du prélat de l'ordinariat. 

Les paroisses et communautés à venir, pourraient être instituées par l'ordinaire de l'ordinariat à la demande de groupes de laïcs anglicans avec un prêtre après consultation avec l'évêque diocésain du lieu. 

ZENIT - Pourquoi vouloir instituer des ordinariats personnels ? La disposition pastorale ne suffisait-elle pas ?  

Mgr Stetson - La disposition pastorale est un simple processus administratif pour préparer les anciens prêtres épiscopaliens mariés à être ordonnés comme prêtres catholiques à la demande d'évêques diocésains. Le nouvel ordinariat fournira une structure canonique semblable à un diocèse, pour prendre soin des fidèles laïcs issus de l'Eglise épiscopalienne. 

ZENIT - Cette structure canonique semble répondre directement à une demande présentée il y a deux ans par la Communion anglicane traditionnelle, qui compte près de 400.000 membres dans le monde. Pensez-vous que beaucoup ou la plupart de ces membres entreront en communion avec l'Eglise catholique par le biais de l'ordinariat personnel?

Mgr Stetson - La Communion anglicane traditionnelle est en réalité une confédération de « diocèses » présents dans beaucoup de pays ; elle est formée de prêtres, de fidèles laïcs et d'évêques. La Communion anglicane traditionnelle en tant que telle n'a jamais fait partie de la Communion anglicane sous l'autorité de l'archevêque de Canterbury. 

Ce qui arrivera aux diocèses de chaque pays dépendra des décisions que prendra la hiérarchie catholique avec la Congrégation pour la doctrine de la foi. Leur nombre est plus élevé en Afrique et en Asie.

ZENIT - Quel processus suivront les anglicans, surtout les prêtres et les évêques, qui entreront dans l'Eglise à travers l'ordinariat ? 

Mgr Stetson - La constitution apostolique qui permettra la création d'ordinariats dans chaque pays n'a pas encore été présentée. C'est pourquoi nous ne connaissons pas encore la nature de ce processus. Je présume qu'elle ressemblera à celle utilisée ces 27 dernières années par la disposition pastorale ici aux Etats-Unis, et par son équivalent en Angleterre (qui toutefois ne s'occupait pas de paroisses et de liturgie, comme aux Etats-Unis).

ZENIT - Le Saint-Siège prévoit qu'un ordinariat catholique puisse avoir des séminaristes se préparant avec les séminaristes catholiques, même si l'ordinariat pourrait établir une maison de formation pour répondre aux besoins particuliers de formation relevant du patrimoine anglican. Ceci inclurait-il la possibilité de se marier pour ces séminaristes anglicans? 

Mgr Stetson - Les points spécifiques concernant cette question n'ont pas encore été rendus publics. Je présume que les séminaristes devraient être mariés et étudier dans un séminaire anglican au moment où ils cherchent à entrer en pleine communion, pour ensuite poursuivre leurs études dans un séminaire catholique. Ils devraient recevoir la dispense du célibat, au cas par cas, par le Saint-Siège. Les futurs séminaristes devraient être célibataires.

ZENIT - Quelles autres traditions les anglicans conserveraient-ils en entrant dans l'Eglise catholique à travers l'ordinariat personnel ? 

Mgr Stetson - Les petites paroisses, qui permettent une plus grande cohésion ; une riche tradition d'expression liturgique (langage, musique, parements, espaces, etc.) en anglais, qui remonte au XVIème siècle. Ceci inclurait aussi la grande tradition de l'utilisation des Saintes Ecritures dans la prédication, l'amour pour les Pères de l'Eglise et une expression théologique qui va au-delà de l'expression scolastique catholique romaine.  

ZENIT - Pourquoi le Saint-Siège peut-il faire cette concession uniquement aux anglicans et non aux luthériens, presbytériens, etc., qui voudraient entrer dans l'Eglise ? 

Mgr Stetson - Dans leur attitude face à la rupture de l'unité des chrétiens en occident après le XVIème siècle, les catholiques ont toujours considéré les anglicans de manière spéciale. L'Eglise d'Angleterre a tenté de conserver de nombreux éléments de l'Eglise catholique tout en étant protestante. Elle a conservé une plus grande unité en son sein, on pouvait donc traiter avec elle comme une entité unique dans les colloques avec Rome.  

ZENIT - Certains craignent que cette mesure nuise au dialogue entre anglicans et catholiques, c'est-à-dire à la Commission internationale anglicane catholique (ARCIC). Est-ce exact ? 

Mgr Stetson - Apparemment pas, vu les réactions des autorités catholiques et anglicanes en Angleterre et dans d'autres pays engagés dans le dialogue œcuménique. Seul le temps pourra le dire.  

ZENIT - En quoi est-ce une bonne nouvelle pour les anglicans qui recherchent la pleine communion avec l'Eglise catholique ? 

Mgr Stetson - Les anglicans qui entreront en pleine communion trouveront, dans l'Eglise catholique, un climat spirituel familier à travers les paroisses personnelles que le prélat de l'ordinariat sera en mesure d'instituer avec les prêtres préparés à cet effet, eux aussi issus de la tradition anglicane. 

Propos recueillis par Karna Swanson 

Traduction française : Isabelle Cousturié