Comment essuyer les larmes...

Lectures du dimanche 9 juin 2013

Rome, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 929 clics

Rite Romain

Xème dimanche du temps ordinaire - Année C - 9 juin 2013

1 R 17,17-24; Ps 29; Ga 1,11-19; Lc 7,11-17

Jésus ressuscite le fils de la veuve de Naïm

Rite Ambrosien

III Dimanche de Pentecôte

Gn 3,1-20; Ps 129; Rm 5,18-21; Mt 1,20b-24b

Un Dieu présent et compatissant

Non seulement Dieu est, mais il est présent, c'est le Dieu avec nous qui se fait rencontre et qui s'émeut de la douleur d'une mère, la veuve de Naïm. Il lui rend son fils en le ressuscitant. Dieu est "le Très-Haut" (Ps 112/113,4) qui siège "en haut" (ibid.,5) et qui doit se pencher  parce que "sa gloire est plus haute que les cieux" (ibid.,4), mais qui se baisse avec compassion vers nous et "relève de la fragilité de la poussière" (ibid.,6).

Aujourd'hui aussi, l'Evangile nous montre que l'Emmanuel, le Dieu avec nous, se penche sur la souffrance d'une veuve, humiliée par la société antique, parce que, sans mari et sans enfant, elle était considérée comme une branche inutile et sèche.

Avec ce miracle de compassion, Jésus a manifesté encore une fois être venu apporter dans le monde Dieu, la joie et la paix. En outre, il fait un geste qui est un "signe" qui permet de reconnaître en lui le "vrai envoyé" de Dieu. Seul Dieu, patron de la vie et de la mort, peut rappeler les morts à la vie, et, si Jésus le fait de sa propre autorité, il démontre être de "nature divine" : Lui, le Fils, agit en pleine communion avec le Père.

Dans ce geste de Jésus, nous pouvons aussi voir la prophétie du moment pendant lequel la Vierge Marie, veuve de Joseph, pleurera la mort de Jésus, son Fils unique, que la compassion du Père  le lui rendra, en le ressuscitant le jour de Pâques.

Même l'Eglise est une mère affligée qui pleure souvent à cause des fautes de ses enfants morts par le péché. C'est pour cela qu'il est nécessaire que les fidèles prient continuellement afin que les pécheurs se repentent, se convertissent et ressuscitent à une vie nouvelle.

Dieu, riche en miséricorde, a compassion de tous et ne méprise pas ses créatures pécheresses. L'important est que notre être de poussière se laisse mouiller par les larmes du Christ. Dans les mains du Christ, nous serons des créatures neuves : des enfants. La compassion de Dieu est la nôtre aussi. Elle n'est pas réductible à une émotion: c’est un jugement, c’est une participation au destin de la personne qui souffre pour soulager au moins sa souffrance. L’amour de Dieu bouge par la logique de la compassion.

Que signifie dire que l’amour de Dieu est un amour de compassion? Que Dieu nous voit dans une condition pour laquelle il ne nous avait pas créés, mais dans laquelle nous sommes tombés par notre péché : celles de personnes condamnées à mort.

Fort heureusement, en se penchant dans son propre cœur, Dieu a une profonde compassion pour nous, une profonde participation à notre destin. Cette compassion de Dieu se nomme Miséricorde. Mais comment Dieu peut-il compatir (du latin cum patere : souffrir avec) ? Il compatit en prenant notre nature humaine, dans notre  condition de mort et de misère. Il compatit en consolant, en guérissant, et aujourd'hui, en ressuscitant le fils unique d’une mère veuve. De cette façon, le cortège douloureux de Naïm s'unit au cortège festif de Jésus.

C'est un fait très étonnant que Dieu assume notre nature humaine, pauvre et mortelle. L'impressionnant texte de Celsius (philosophe païen du IIIème siècle après JC) est humainement compréhensible. Ce penseur avait entendu parler de la participation de Dieu à notre destin, et commente ainsi cette nouvelle incroyable pour lui : 

«Si quelqu’un (les chrétiens) soutient qu’un Dieu ou un fils de Dieu est descendu sur la terre, cette affirmation est parmi toutes les affirmations la plus honteuse et il n’y a pas besoin d’un long discours pour la rejeter. Quel est le sens d’un voyage de Dieu parmi les hommes? Lui serai-il utile de savoir ce qui se passe parmi les hommes ? Mais Dieu sait tout. En présupposant sa puissance divine, est-il incapable de faire connaître les hommes sans envoyer quelqu’un corporellement, sans qu’il vienne parmi nous ? si, comme les chrétiens l’affirment, il est venu pour aider les hommes et les femmes à entrer dans la vie, alors, ils disent des choses soutenues par des personnes folles. Je ne dis rien de nouveau, mais des choses très connues depuis longtemps. Dieu est bon, beau et heureux. Il se trouve dans une situation optimale et très belle, mais s’il descend vers les hommes, comme les chrétiens le disent, cela signifie qu’il se soumet à un changement et ce changement pour lui sera du bon au mauvais, du beau au laid, du bonheur au malheur. Mais qui voudrait un changement pareil ? Il est impossible que ce soit arrivé ! » 

Humainement parlant, cet amour de Dieu qui vient partager notre destin "il m'a aimé et s’est donné lui-même pour moi" est un scandale. C'est humainement inconcevable qu'une vierge conçoive le fils de Dieu qui doit s’appeler Jésus (= Dieu sauve) par les œuvres de l’Esprit Saint : "en effet, il sauvera son peuple de ses péchés" (cfr Evangile ambrosien d'aujourd'hui). C'est également humainement inconcevable que l'Apôtre Paul écrive : "Dieu démontre son amour envers nous, parce que le Christ est mort pour nous". 

Mais l'incarnation, la passion, la mort et la résurrection du Christ ne sont pas une pensée, ce sont des faits qui ont eu réellement lieu. La vie du Christ est un évènement dans notre histoire, un évènement extraordinaire : la compassion de Dieu pour chacun de nous et pour toute l’humanité. La compassion divine signifie profonde mise en mouvement pour notre destin, participation à notre destin, partage de notre destin à travers l’acceptation de notre nature humaine et donc, de notre mort.

2) Le Chrétien ne choisit pas la souffrance, il choisit l’amour.

Par l’intercession de la Vierge Marie, Jésus nous donne la force de pouvoir le suivre sur le chemin de la croix, qui est la loi de chaque vie, de chaque véritable amour, et qui est -maintenant- avant tout, la loi de la vraie amitié avec Jésus.

Jésus qui a consolé la Veuve de Naïm en lui disant tendrement "ne pleure pas" nous donne la force de souffrir en paix; de pleurer en paix; de se sentir opprimé en paix; de mourir en paix.

Dans sa vision de l’Apocalypse, Saint-Jean vit, devant le trône de l’Agneau, c’est à dire du Christ, une multitude de personnes de "blanc vêtues», avec une palme dans les mains. Il demanda qui elles  étaient : "Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation, ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau (c'est à dire dans la croix et la douleur). C’est pour cela qu’ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son sanctuaire. Et celui qui est assis sur le trône les abritera sous sa tente; ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif. L’ardeur du soleil ne les accablera plus, ni aucune chaleur brûlante ; car l’Agneau qui est au milieu du trône sera le pasteur  et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux." (cfr Ap 7, 14-17).

Quand nous sommes dans la douleur, nous faisons mémoire de cette vision de St Jean et nous nous réconfortons à la pensée que "Dieu essuiera chaque larme de nos yeux" (Ap 21,4).

Une façon non sanglante de vivre le martyr est la virginité. Selon St Ambroise de Milan, la virginité consacrée naît du Christ vierge et de Marie vierge, qui se donnèrent complètement au Père avec, pour l’un, le martyr de la croix et, pour l’autre l’âme transpercée par la douleur. La virginité consacrée est une réponse libre au Christ qui appelle des femmes au don complet d’elles-mêmes. Et comme récompense, il donne à ces femmes qui ne reçoivent pas tellement d’estime sociale, surtout l'expérience d'une vraie intimité avec Lui dans la foi.

Leur consécration est un immense acte d'amour en réponse à l'immense Amour de Dieu (cfr n.36 du rite de consécration des vierges, autre formule de bénédiction finale: «Dieu a fait naître et grandir en vos cœurs le dessein de lui consacrer votre vie. Que sa grâce vous aide à répondre jour après jour aux exigences de votre vocation. Qu’il vous établisse comme signe et témoin de son amour. Qu’il vous donne de vivre en plénitude dans le ciel cette alliance inaugurée sur la terre avec le Christ »).

Lecture patrisitique :

Homélie 32 de Saint-Grégoire le Grand

Prononcée devant le peuple dans la basilique des saints Processus et Martinien, le jour de leur fête

2 juillet 591

Le renoncement et la croix. La compassion

Jésus donne dans l’évangile du jour deux commandements nouveaux : se renoncer et porter sa croix.

I- (1-2) "C’est peu, remarque saint Grégoire, de renoncer à ce qu’on a, mais c’est considérable de renoncer à ce qu’on est." Prenant soin de distinguer en l’homme la nature créée par Dieu et l’état où le péché l’a mise, le pape précise que l’homme doit renoncer au mal qu’il a fait, mais non à l’être que Dieu lui a donné.

II- (3-6) La suite de l’Homélie apprend aux auditeurs les deux manières dont ils peuvent porter leur croix : en leur chair par l’abstinence, en leur âme par la compassion. Un écueil, cependant, menace chacune des deux vertus, et le prédicateur l’expose : la vaine gloire chez l’ascète abstinent, l’indulgence pour le péché chez l’homme compatissant. Poursuivant son commentaire de l’évangile, Grégoire explique comment on peut, hors des temps de persécution, perdre sa vie pour la gagner. L’ancien moine revient ici à l’idée du martyre non sanglant, si chère aux Pères du monachisme. Rester fidèle aux exigences du christianisme, quoi qu’il puisse en coûter, est une bonne manière de ne pas rougir du Christ devant les hommes.

III- (7-9) La dernière phrase de l’évangile, où Jésus promet à ses disciples qu’ils ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu, est bien énigmatique, et elle exige quelques explications de notre orateur. Le Seigneur, sachant combien il nous serait difficile de croire en la vie future, est venu au secours de notre espérance. Il nous montre, par celles de ses promesses qu’il réalise dès ici-bas, que celles de l’au-delà seront également honorées. Nous sommes aidés dans le même sens par l’exemple des saints martyrs fêtés en ce jour : certains de l’existence d’une vie éternelle, ils n’ont pas craint de tout lui sacrifier. Et leurs âmes ont si bien trouvé la vie désirée que même leurs os morts rendent aujourd’hui la santé et la vie. Le pape raconte ici une histoire capable de stimuler la ferveur des fidèles. On y entend les martyrs du lieu promettre à une pieuse femme, venue les prier, de se faire ses défenseurs au jour du jugement dernier. Selon son habitude, le prédicateur achève ainsi son Homélie sur la perspective des comptes à rendre au dernier jour : la plus apte à faire sentir combien est sérieux l’enjeu de la vie, et à quel point il faut désirer la miséricorde divine.