Comment juifs et catholiques peuvent-ils travailler ensemble ?

Initiative de la Conférence des évêques d’Italie

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ROME, Vendredi 2 février 2007 (ZENIT.org) – Pour favoriser le dialogue entre la communauté catholique de Rome et la communauté juive, la Conférence épiscopale italienne a fixé, en 1990, une journée annuelle de rencontre entre les deux communautés dans la perspective d’une éducation interconfessionnelle. La date est fixée au 17 janvier.



La Communauté Sant’Egidio a cette année offert sa contribution en organisant une rencontre sur « la contribution de l’hébraïsme au monde contemporain ». Parmi les orateurs, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, et celle de l’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, Oded Ben-Hur.

Le Centre cardinal Bea pour les Etudes Juives a pour sa part présenté une conférence à l’Université pontificale Grégorienne qui avait pour titre « Idolâtrie sans images, le culte des nouvelles idoles », qui a affronté le thème du deuxième commandement.

Le directeur du Département pour l’Education et la Culture pour la communauté juive à Rome, le rabbin Roberto Della Rocca, s’est joint aux discussions avec le père Michael Maia, de l’Académie pontificale de Théologie.

Le rabbin Della Rocca a évoqué de manière spécifique l’épisode du veau d’or et la destruction des tables de la loi, soulignant que l’utilisation d’images comme les peintures et les statues dans la Bible n’est pas interdit.

« Au contraire », a-t-il dit, « l’utilisation d’objets, ornements et figures pour orner les temples ne devrait pas poser problème ». Le problème de l’idolâtrie réside plutôt dans le fait que l’on adore une image, a déclaré le rabbin. Un geste qui vient trahir le divin, le remplaçant par une image.

Le père Maia, pour sa part, a situé le commandement contre l’idolâtrie à l’origine même du christianisme. Le professeur d’études de l’Ancien Testament à la Grégorienne a cité pour exemple le fait que la répétition de cette directive, observée dans l’épisode des tentations de Jésus dans le Nouveau testament, institue Son ministère publique.

En substance, les deux académiciens ont principalement insisté sur les répercussions morales de l’idolâtrie, affirmant qu’il s’agit surtout d’un péché contre la liberté.

Joseph Sievers, directeur du Centre cardinal Béa, a souligné l’importance de ces occasions qui reconnaissent le patrimoine spirituel commun aux chrétiens et juifs.

Sa collaboratrice, sœur Lucy Thorson, des sœurs de Notre-Dame de Sion à Rome, a passé toute son existence à promouvoir cette communion et cette compréhension qui sont partie intégrante du charisme de son ordre.

« Bâtir des liens fraternels avec nos frères et sœurs d’autres communautés de foi n’est plus un luxe mais une nécessité pour nous », a observé la religieuse.

« Aujourd’hui nous vivons réellement dans un contexte mondial multireligieux, multiculturel … et, plus nous connaîtrons les autres credo et les autres convictions religieuses, mieux nous parviendrons à vivre ensemble et à contribuer à la justice et la paix ».

Interaction interconfessionnelle

Certains affirment qu’il ne suffit pas d’échanger des réflexions sur des concepts théologiques communs pour être sur la voie de la compréhension entre hébraïsme et christianisme.

Nombreux sont ceux qui, dans les deux religions, ont fait appel à leurs coreligionnaires pour apporter une dimension supplémentaire au dialogue – qui consiste à travailler activement et ensemble sur des projets communs.

Joseph Ratzinger, alors qu’il était cardinal, affirmait que les religions ne pouvaient se rencontrer qu’en creusant plus profondément dans la vérité, mais sans pour cela devoir y renoncer.

Ce conseil a été accueilli par l’Union Nord-américaine des rabbins orthodoxes, comme l’a affirmé leur représentant, le rabbin Yehdu Levin, lors de sa première visite à Rome il y a deux semaines.

Le rabbin a ensuite fait remarquer qu’il était possible, malgré les différences entre les deux religions, de traduire les similitudes des Ecritures dans la vie quotidienne pour le bien de la société tout entière.

« Parler est essentiel », a observé le rabbin, « mais nous sommes prêts à une nouvelle approche vers l’unité, une approche sans nuances. Nous avons besoin de voir ce que nous pouvons faire pour soutenir ensemble les vérités morales ».

Le rabbin a mis l’accent sur le chemin que l’Eglise a parcouru depuis le Concile Vatican II : « visites aux camps de concentration, visites aux synagogues, visites du pape au Mur de Berlin, les déclarations, les demandes de pardon. Tant de choses qui méritent qu’on leur accorde du crédit et de la reconnaissance ».

A son avis, il y a matière à aller encore au-delà.

Le rabbin Levin est venu à Rome notamment pour remercier formellement Benoît XVI d’avoir pris position contre la marche des homosexuels, programmée dans les rues de Jérusalem, en novembre 2006.

« J’ai suivi la carrière du cardinal Ratzinger pendant 25 ans. J’ai lu ses déclarations et ses ouvrages, et j’ai remarqué sa manière de se battre » en faveur de la famille, a-t-il affirmé.

Et le rabbin a ajouté : « s’il est permis à un juif de prier pour un pape, et bien nous avons prié pour que ce soit le cardinal Ratzinger, en raison de sa détermination et de sa franchise en faveur des valeurs familiales ».

Le rabbin orthodoxe Yehdu Levin pense que s’il existait des moratoires uniformes sur des questions comme les unions civiles, l’avortement ou la pornographie sur Internet, cela leur permettrait « de découvrir toutes ces choses qu’ils ont en commun et d’œuvrer pour la paix et la compréhension ».