Communication : la révolution copernicienne du pape François

Message pour la Journée mondiale des communications sociales

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 950 clics

Le pape François fait une « révolution copernicienne » dans la communication, qui pour lui « n’est pas avant tout transmettre des contenus », mais « se faire proche », c’est-à-dire « écarter ce qui divise, faire grandir ce qui est commun », déclare Chiara Giaccardi.

Mme Chiara Giaccardi, professeur à la Faculté de Lettres et de philosophie de l’Université catholique du Sacré-Cœur, à Milan, a présenté le message du pape François pour la 48e Journée mondiale des communications sociales, sur le thème "La communication au service d’une authentique culture de la rencontre", ce matin, 23 janvier, au Vatican.

Mgr Claudio Maria Celli, président du Conseil pontifical pour les communications sociales, est également intervenu (cf. Zenit du 23 janvier 2014).

La révolution copernicienne du pape

Chiara Giaccardi met en relief trois indications du pape pour « le chrétien communicateur », qui est appelé à « habiter le monde contemporain, où les media sont présents de façon envahissante ».

Tout d’abord, « la communication est une conquête humaine plus que technologique » : « La technologie peut faciliter ou entraver [cette communication], mais elle ne crée pas de communion et de proximité » si elle n’est pas accompagnée de « liberté » et « disponibilité pour entrer dans la réciprocité de la rencontre ».

En deuxième point, le pape invite à « comprendre la communication en terme de proximité » : Chiara Giaccardi souligne une « petite révolution copernicienne » où « la communication n’est pas avant tout transmission de contenus, mais réduction de distances ».

« Ce ne sont pas les stratégies, le marketing, les effets spéciaux qui font la communication. C’est écarter ce qui divise, faire grandir ce qui est commun; c’est se faire réciproquement don de soi », ajoute-t-elle.

Cependant, met-elle en garde, « il est trop facile de se satisfaire de la pitié à distance » : « il ne suffit pas de 'voir' pour se sentir proches mais il faut s’arrêter, prendre soin ».

Enfin, troisième indication : le « témoignage ». Si le cœur se laisse « toucher et transformer par la rencontre », alors « parole et vie sont en harmonie profonde », et « le communicateur fait autorité » car il donne un témoignage de vie, y compris « sur les routes numériques ».

Les caresses numériques du bon samaritain

« Le fait qu’il n’y ait pas de ‘corps’ sur les réseaux, ne conduit pas forcément à la désincarnation des relations », estime Chiara Giaccardi, qui évoque la « possibilité de caresses numériques », sur le modèle du Bon samaritain, évoqué par le pape.

Elle donne quelques réflexion sur cette parabole : le Bon samaritain, note-t-elle, « n’est pas un 'technique', un spécialiste », car « le savoir ne suffit pas à rendre capable de communiquer ».

Le samaritain, poursuit-elle, « c’est l’homme intégral » : « il voit et agit » dans le même temps, alors que ces deux actions sont « trop souvent séparées ». Seul cet « homme intégral » est « vraiment libre des classifications sociales (ami/ennemi), des stéréotypes ».

Il n’est pas question ici de « liberté du héros », mais de « liberté de la tendresse, une liberté pour l’autre et avec l’autre », précise Chiara Giaccardi : « Prendre soin de l’autre c’est pratiquer le ‘plus’ de la gratuité, être disposé à donner tout ce dont on dispose ».

« Les journalistes peuvent être des brigands qui malmènent la réalité, ou bien le samaritain qui regarde avec bienveillance le blessé, le caresse », ajoute-t-elle, faisant observer que « comme le prêtre et le lévite, on peut toujours avoir un alibi, une ‘bonne raison’… on peut être proche mais déconnecté ».  

Pour conclure, Chiara Giaccardi voit dans le plaidoyer du pape pour « la culture de la rencontre », une réponse au paradoxe de « la société de communication », où « les possibilités de communication augmentent, alors que sa réalité semble diminuer ».

Cette « rencontre », rappelle-t-elle, est expliquée dans l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile / Evangelii gaudium », qui invite « au dialogue avec la culture contemporaine, sur le modèle de l’ouverture, de la sortie de soi, du mouvement vers l’autre,… à la place de l’autosuffisance, de l'autoréférentialité, de l'individualisme ».