Communiqué du Conseil des évêques maronites sur la situation au Liban

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ROME, Dimanche 15 mai 2005 (ZENIT.org) – Nous reprenons ci-dessous le communiqué publié le 11 mai dernier par le Conseil des évêques maronites sur la situation au Liban et en particulier la loi électorale de l’an 2000.


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Mercredi 11 mai 2005, Leurs Excellences les Evêques maronites ont tenu une réunion urgente à Bkerké, présidée par Sa Béatitude Éminentissime, le Cardinal Nasrallah Boutros Sfeir. Ils ont discuté de la situation actuelle, notamment de l’adoption de la loi électorale de l’an 2000, que de nombreux Libanais – Les Chrétiens en particulier – envisagent comme une loi injuste, qui ne pourrait pas exprimer leur opinion, et qui ne leur permet pas d’amener au pouvoir les députés qui les représentent le mieux, et ce, pour les raisons suivantes :

Premièrement, cette loi a été promulguée dans des circonstances bien connues, sur lesquelles nous ne souhaitons pas revenir. Les Libanais l’avaient acceptée à contrecœur, tout en étant sûrs qu’elle ne reflète ni leur avis ni leur choix. Mais ils n’avaient pas les moyens de la rejeter. On sait d’ailleurs que la falsification, la fraude et l’achat des consciences, qui ont accompagné les tours des scrutins au Liban, ont rejailli sur la bonne représentativité, et il n’y a pas lieu d’y revenir aujourd’hui.

Deuxièmement, cette loi aboutit à un résultat qui contredit l’accord de Taëf, devenu la Constitution libanaise. Constitution qui prône le partage moitié-moitié de la représentation parlementaire entre Chrétiens et Musulmans, toutes communautés religieuses confondues. Chacun des deux groupes aura droit à 64 députés.
Sous la loi précitée, les Chrétiens ne pourront porter au pouvoir que 15 parlementaires sur les 64 susmentionnés. Les autres, une cinquantaine, seront amenés par les Musulmans. Il s’agit là d’une entorse flagrante à l’esprit de l’accord de Taëf, qui veut qu’«il ne saurait y avoir de légitimité à un pouvoir allant à l’encontre de la coexistence».

Troisièmement, en réalité, les députés chrétiens qui seront amenés au pouvoir par un bloc musulman ne pourront pas représenter leurs électeurs chrétiens, mais les chefs de leurs listes. Ils sont obligés de souscrire à leurs positions plutôt que de reprendre celles de leurs électeurs chrétiens dans la grande circonscription. C’est la raison pour laquelle nous avons prôné la petite circonscription, qui permet aux Chrétiens et aux Musulmans de voter en toute liberté, et en connaissance de cause, en faveur de celui qui, selon eux, les représente le mieux.

Quatrièmement, l’insistance, après maintes tergiversations, à organiser les élections législatives sur base de cette loi est une insistance inique. On sait que le Parlement a pris l’habitude dernièrement de promulguer une nouvelle loi à chaque échéance électorale, soit tous les quatre ans, sauf cette fois-ci, où il reprend une loi précédente, rejetée par la plupart des Libanais.

Cinquièmement, la déception qu’on décèle chez les Libanais, les Chrétiens notamment, après la manifestation massive à laquelle ont pris part tous les Libanais le 14 mars, n’est pas de bon augure pour le Liban. Nous avons besoin, en toute urgence, de l’entente et de la coopération pour aider notre pays à se relever après sa chute, qui n’a été que trop négligée et passée sous silence.

Sixièmement, l’insistance à organiser les élections législatives sur base de cette loi inique aura des retombées redoutables, que nous ne souhaitons pas et n’appelons pas de nos vœux. Leurs prémices ont d’ailleurs commencé à se manifester avec le retrait de certaines personnalités qui ont décidé de ne pas mener la bataille électorale. Vous voilà prévenus, et celui qui prévient aura fait tout son devoir.

Septièmement, nous appelons tous les responsables, chrétiens et musulmans, à regarder de près, et avec perspicacité, cette situation critique, à faire primer l’intérêt du pays sur tout autre intérêt, et à rester attachés à la coexistence qui lie Musulmans et Chrétiens sur un pied d’égalité. (VN).