Concile Vatican II: regards croisés des historiens et des théologiens

Bilan d'un cycle de rencontres au Latran

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H. Sergio Mora

Traduction d'Océane Le Gall

ROME, jeudi 24 mai 2012 (ZENIT.org) – Comment interpréter le Concile Vatican II ? Marquerait-il une cassure dans l’histoire de l’Eglise ? Ou bien ne faudrait-il pas plutôt interpréter les textes  qu’il a produits à la lumière de la grande tradition de l’Eglise, comme nous y invite le magistère ?

Ces questions constituaient le cœur d’un cycle de six conférences internationales organisées du 1er mars au jeudi 17 mai dernier à l’université pontificale du Latran, sous l'égide de l'Institut de France-Centre culturel Saint-Louis de Rome (cf.http://www.saintlouisdefrance.it/Accueil/index.php?m=15&c=2007). Le professeur Philippe Chenaux, directeur du Centre d’études sur le Concile Vatican II de l’université pontificale du Latran dresse un bilan pour les lecteurs de Zenit.

Au cours de la dernière rencontre (cf.http://www.zenit.org/article-30831?l=french), historiens et théologiens, italiens et français, ont discuté de l’encyclique Gaudium et Spes. Dans le dépliant de présentation, il est écrit : « 50 ans après l’ouverture des travaux la question de l’herméneutique conciliaire suscite encore aujourd’hui de profonds débats parmi les historiens et les théologiens.

Alors que certains insistent sur le caractère inédit de l’événement et sur ses décisions par rapport au passé, d’autres tentent plutôt de faire entrer ses enseignements dans le domaine de la continuité de l’histoire de l’Eglise ».

Pour éclaircir les termes de ce débat le Comité pontifical des Sciences historiques, en collaboration avec le Centre d’Etudes et recherches sur le Concile Vatican II du Latran et l’Institut français – Centre Saint-Louis -  ont organisé une relecture  des grands textes du concile, avec le soutien d’un historien et d’un théologien. Les intervenants proviennent l’un d’une université française et l’autre d’une université italienne ou pontificale, avec traduction simultanées.

Zenit - Comment est née l’idée d’un congrès international sur le concile Vatican II?

Prof. Chenaux – Le magistère de l’Eglise nous invite à relire les documents du Concile. Le cardinal Ratzinger, avant de devenir pape, le disait déjà dans les années 80. Par ailleurs la commémoration des 50 ans de l’ouverture du Concile était l’occasion  pour relire les textes. Théologiens et historiens ont souvent des idées contraires sur ces documents du Concile, c’est pourquoi nous avons pensé les mettre face à face.

A quoi sont dues ces visions différentes ?

La vision du Concile pour les historiens est celle d’un événement de rupture alors que pour les théologiens il s’agit d’un processus de continuité. Les théologiens n’ont pas tous le même point de vue, mais la majorité, dans la ligne de l’enseignement du magistère, tend à faire entrer ces enseignements dans la longue tradition de l’Eglise. Il était donc intéressant de faire dialoguer historiens et théologiens, un italien et un français, sur les documents du Concile Vatican II les plus importants.

Quels documents aviez-vous choisi d’analyser ?

Sacrosanctum Concilium; Lumen Gentium; Unitatis Redintegratio; Dei Verbum; Dignitatis Humanae et Gaudium et spes. Il aurait pu y en avoir tant d’autres, comme Nostra Aetate. Nous pourrions penser à un autre cycle de conférence, pourquoi pas, car nous ne sommes qu’au début d’un cycle de célébrations.

Pourquoi les historiens penchent-ils  pour une rupture et les théologiens pour la continuité ?

Les historiens sont plus enclins à voir les éléments de rupture et de discontinuité. Ils insistent, et ils n’ont pas tort, que ce qui était perçu comme étant négatif dans les années cinquante est ensuite devenu positif.  Beaucoup de théologiens regardés de travers sont ensuite devenus de grands théologiens du Concile.

Les théologiens, par contre, tendent à voir les choses de manière plus idéale, pas comme dans leur concrétisation historique. Sur la liberté religieuse par exemple, les théologiens ont eu une vision plus restrictive très liée à la seule religion catholique, dans les faits il n’en a pas toujours été ainsi. On voit des différences entre l’idée et les faits.

Des points de vue différents qui seraient liés aussi à leurs sensibilités, différentes ?

Sur le Concile il y a eu un article important  d’un des grands théologiens du Concile, au lendemain de la première séance, qui parlait de deux tendances et orientations à l’intérieur de l’assemblée : une plus conservatrice qui voulait réaffirmer la doctrine catholique, très attachée au magistère et à la théologie des deux derniers siècles, une autre, au contraire plus ouverte qui voulait en quelque sorte ouvrir l’Eglise avec un langage plus ouvert, mieux adapté à notre ère. Il existe une tendance, heureusement minoritaire, qui refuse, mais la plupart accepte le Concile et accepte un grand événement qui reste une boussole – comme disait Jean Paul II – pour le XXIème siècle.

Et dans Gaudium et Spes?

Je dirais que c’est un document qui fait justement mieux voir les différences de sensibilité à l’intérieur de la majorité conciliaire.

Mais peut-on imaginer qu’il n’y ait pas eu de Concile Vatican II ?

C’est une bonne question, que beaucoup se sont posée au lendemain de la crise de l’Eglise qui coïncidait avec la révolution de 68', et il n’était pas rare de trouver quelqu’un  qui pense que cela était la faute du concile. D’autres disent, plus justement, que les choses auraient au contraire empirées parce qu’il y avait déjà des éléments de crises précédemment. C’est peut-être pour cela que Jean XXIII a eu cette inspiration divine, comme il disait, de convoquer le Concile.

Quand les textes de ces rencontres seront-ils disponibles ?

Espérons après septembre. Peut-être avant le 11 octobre, date de l’anniversaire du Concile.