Concurrence déloyale et justice sociale, congrès au Vatican

Intervention de Mgr Toso pour les 50 ans de Mater et Magistra

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ROME, Jeudi 19 mai 2011 (ZENIT.org) –Dans un monde globalisé, il faut mondialiser aussi la justice sociale. Si l’on veut répondre aux défis actuels, il faut respecter de nouvelles règles pour éviter la concurrence déloyale entre pays et créer des systèmes de prévention et d'aides sociales dans les nations où les entreprises délocalisent.

Telles sont quelques unes des réflexions du congrès international organisé par le Conseil pontifical justice et paix, du 16 au 18 mai, pour les 50 ans de l’encyclique Mater et Magistra.

Le congrès a analysé la situation de chaque continent (Afrique, Amérique, Asie et Europe), abordant des thèmes sensibles comme : la société du travail et le bien commun, les modes de vie, le développement, la pluralité des entreprises et la dignité et les droits des travailleurs.

Mais il a aussi été question d’emploi, de valorisation et de rémunération, de politique sociale, de subsidiarité et de justice sociale. Et, tout aussi important, d’environnement, de climat comme cadre de vie, de ressources matérielles, de développement intégral, de démographie et de bioéthique.

Le deuxième jour, avant la messe de clôture, Mgr Mario Toso, secrétaire du Conseil pontifical a mis l’accent sur les problèmes de déséquilibre dits « traditionnels », qui se représentent aujourd’hui. Ils viennent s’ajouter à d’autres, nouveaux, et qui, pour être résolus, devraient être affrontés à l’échelle mondiale, en laissant à « la justice sociale » sa place centrale.

« Une justice mondiale doit avoir comme point de référence le bien commun, car la justice sociale est la justice du bien commun », a-t-il rappelé.

Renvoyant à la lecture de l’encyclique Mater et Magistra qui appelait, il y a 50 ans, à « une saine conception du bien commun », Mgr Toso a invité à « créer un équilibre entre le développement économique et le progrès social ».

Il a mis l’accent sur l’apparition de ces nouveaux déséquilibres, face auxquels Benoît XVI, propose aujourd’hui, « une renaissance de l’esprit moral ».

Ceci suppose, « une sérieuse réflexion sur le caractère unitaire de l’économie mondiale et sur la mondialisation de l’économie sociale » et donc « une démocratie substantielle, sociale et participative », où les concurrences déloyales n’auraient pas leur place.

Car, si aujourd’hui, comme au temps de Mater et Magistra, « l’exigence du bien commun à l’échelle mondial » demeure, a poursuivi Mgr Toso, il faut néanmoins tenir compte de nouveaux paramètres qui appellent à se poser des questions telles que : « Comment éviter les concurrences déloyales entre les économies des divers pays ? Comment favoriser la collaboration entre les économies nationales et nouer des ententes fécondes et coopérer au développement des communautés politiquement et économiquement moins avancées ? »

« Face à la libéralisation des marchés et la délocalisation de nombreuses entreprises, on ne saurait considérer comme superflus ‘les droits sociaux’ si l’on veut réaliser un développement vraiment intégral et harmonieux », a-t-il insisté soulignant que de tels droits doivent aller de pair avec les autres droits : civils et politiques.

D’où l’importance, a expliqué Mgr Toso, d’une « démocratie à l’échelle mondiale », soutenue par « un ethos ouvert à la transcendance », et fondée sur le « sens fraternel et la logique du don ».

Et, à ce sujet, « la doctrine sociale de l'Église ne diffère pas d’un pays à l’autre », a souligné pour sa part le cardinal Oscar Rodríguez Maradiaga, au premier jour des travaux du congrès. « Que l’on vive en Amérique latine, en Afrique ou en Europe, les principes de la doctrine sociale qui s’appliquent à nos réalités sont toujours les mêmes ».

Ce qui change, a précisé le cardinal Maradiaga, c’est « la réalité locale » du pays, « la situation sociale, culturelle, économique et politique que vit chaque communauté ecclésiale », sur laquelle doivent être appliqués ces principes, de manière « continue et dynamique ».

En conclusion, le cardinal Mariadaga a rappelé qu’une des dimensions constructives de la prédication de l'Évangile est « l’action qui favorise la justice et la participation à la transformation du monde ». Pour comprendre les causes structurelles des problèmes, en plus des outils des sciences sociales et humaines, il faut « une spiritualité comme guide », bien que « le message du magistère social, ne soit pas en soi une spiritualité ».