Conférence de Mgr Tony Anatrella sur éducation sexuelle et sida

| 4160 clics

 ROME, Lundi 20 juin 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous une synthèse de la conférence donnée le samedi 28 mai au Vatican par Mgr Tony Anatrella sur l'éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles. Cette conférence a été donnée dans le cadre d'un colloque international organisé par le Conseil pontifical des services de la santé qui avait pour thème : « La personne au centre de la prévention, des soins et des traitements concernant la transmission du VIH (HIV) et la maladie du Sida (Aids) ».

Conseil Pontifical des Services de la Santé

COLLOQUE INTERNATIONAL

Sur le thème :

« La personne au centre de la prévention, des soins et des traitements concernant la transmission du VIH (HIV) et la maladie du Sida (Aids) »

Cité du Vatican les 27 et 28 mai 2011

L’Éducation aux valeurs dans la prévention du hiv/aids

Ou

L’éducation sexuelle au temps du sida, de la théorie du genre et des orientations sexuelles

Monseigneur Tony Anatrella1

Conférence le samedi 28 mai 2011

(Résumé Synthèse)

La prévention contre les Infections sexuellement transmises (IST) et en particulier la transmission du VIH (HIV) pouvant développer le sida (Aids), a surtout privilégié, jusqu’à présent, les aspects sanitaires et prophylactiques à travers des techniques de protection comme le préservatif. Cette perspective proposée à des jeunes apparaît largement insuffisante quand on sait que le sida est, entre autres, une maladie qui est la conséquence d’un comportement sexuel problématique.

Malgré les campagnes de prévention uniquement centrées sur le préservatif, la plupart des infections sexuelles ont progressé : elles n’ont pas réduit la pandémie. Il est bien connu qu’avec la banalisation de l’usage des préservatifs, les sujets concernés prennent davantage de risques en multipliant les partenaires. Il en va ainsi dans tous les domaines. Là où l’on impose des mesures sécuritaires, les sujets ne considérant plus le danger ou le sens des limites adoptent des conduites opposées à celles qui sont recommandées. La question est de savoir s’il faut réduire l’éducation à de la prévention en ayant une vision pragmatique et utilitaire de la sexualité ou s’il faut apprendre à être en relation avec autrui, à savoir identifier la nature de ses sentiments et comprendre que l’acte sexuel engage ? Le changement de comportement se joue au cœur de la conscience et non pas dans l’usage d’une technique de protection qui masque les véritables enjeux.

Évidemment, comme le rappelait le Pape Benoît XVI dans son livre d’entretien, Lumière du monde, p. 160, si certains sont dans des situations extrêmes de pratiques sexuelles problématiques et immorales, ils ne doivent pas prendre le risque de transmettre le VIH. Il est recommandé de ne pas ajouter le mal à une conduite désordonnée. Il s’agit d’un principe constant de la théologie morale auquel les prêtres savent recourir. Les personnes concernées ont la responsabilité sanitaire de se protéger et de protéger autrui. Nous sommes là face à une question de discernement dans le cas de situations individuelles. Il convient donc de faire une distinction entre un principe général qui uniformise la prévention à un simple aspect technique au lieu d’en appeler à la conscience de chacun pour changer son comportement, et des cas particuliers qui sont éclairés par la loi morale. C’est en ce sens que Benoît XVI s’exprimait et que ses propos ont été précisés par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : la personne qui « infectée par le VIH s’emploie à réduire le risque de contamination, y compris par l’utilisation du préservatif, peut accomplir un premier pas vers le respect de la vie des autres, même si le mal de la prostitution demeure dans toute sa gravité »2.

Le problème posé par une prévention uniquement sanitaire est celui de la banalisation des pratiques sexuelles. La fin ne justifie en aucun cas les moyens. La transmission du VIH est la plupart du temps la résultante d’un comportement qui en est le facteur. Il est indispensable de soigner toutes les personnes et d’en appeler à la solidarité pour l’accès aux soins. Mais il est tout aussi nécessaire de soigner le comportement sexuel de la personne qui grâce à une attitude moralement responsable, s’abstient de pratiques sexuelles psychologiquement dissonantes et moralement contestables, évite de transmettre le VIH. La vision simpliste et précaire de la sexualité favorise la diffusion des maladies sexuellement transmissibles. Elle est souvent présentée comme une réalité qui relève du domaine de la vie privée. Éliminer la dimension sociale de la sexualité humaine concourt à ne se référer ni à ses processus psychiques ni aux normes morales. Dès lors nous assistons à une grave altération du sens des valeurs à partir desquelles se régule le comportement sexuel. Nous devons en tenir compte afin d’évaluer et orienter la prévention dans une perspective qui consiste à humaniser l’acte sexuel dans la symbolique d’une parole donnée qui engage.

En réalité, ce sont surtout les progrès réalisés par les avancées pharmaceutiques grâce aux antirétroviraux qui ont fait diminuer la mortalité et la transmission du VIH. Ce constat n’invalide pas le concept de la prévention. Encore faut-il savoir en quels termes il convient de la penser et de la réaliser.

Autrement dit en voulant se restreindre à une représentation utilitaire et sanitaire de la sexualité, nous faisons l’impasse sur de nombreux enjeux psychologiques, sociaux et moraux. Nous avons donc à nous interroger sur le sens de la sexualité humaine (chapitre 1), sur le sens de l’éducation sexuelle (chapitre 2) et sur le sens des valeurs que nous avons à transmettre (chapitre 3).

Chapitre 1

Le sens de la sexualité humaine

La sexualité humaine a besoin d’être comprise pour elle-même. Elle risque aujourd’hui d’être redéfinie à partir d’aspects circonstanciés et contextuels qui sont plus ou moins en décalage avec sa structure.

Elle sera ainsi définie au nom du concept de la santé reproductive réduite à la contraception et à l’avortement qui nie le sens de la génération et donc de l’altérité. Elle est également présentée en termes de protection sanitaire pour éviter les infections sexuellement transmissibles (IST). La tentative idéologique de la théorie du genre, conçue sur l’égalitarisme des orientations sexuelles, participe de la même idée en fondant sur une base culturelle l’identité de l’homme et de la femme. Elle nie ainsi l’identité personnelle de chacun qui ne serait qu’un produit social. L’égalité entre l’homme et la femme est une idée fondamentale à accepter. Mais cette vision culturelle de l’identité masculine et féminine, remet en question la différence sexuelle au bénéfice de l’indistinction sexuelle au nom des identités de genre et des orientations sexuelles. Une conception idéaliste et sexuellement désincarnée de la condition humaine.

Nous nous méprenons également lorsque des particularités sexuelles sont présentées comme des qualités quasi ontologiques de la personne. La réflexion est inhibée et faussée par la contrainte sociologique de la « non-discrimination » qui, au nom de l’égalitarisme, considère que les orientations sexuelles présentées comme des identités sont d’égales valeurs alors qu’elles relèvent de la catégorie des désirs. Elles sont plutôt le symptôme de conflits intrapsychiques dans l’histoire subjective d’un sujet. Un problème épistémologique se pose ici que l’on se refuse, pour l’instant, à prendre en compte en confondant l’identité (un donné à intégrer) avec une orientation sexuelle (une inclination psychique).

Il semble donc difficile de vouloir définir la sexualité à partir des maladies sexuellement transmissibles, des moyens prophylactiques, de la séparation de la génération, mais aussi selon les orientations sexuelles et les différentes pratiques sexuelles recherchées pour elles-mêmes sans tenir compte de la structure de la sexualité humaine et de sa finalité.

1 – Les comportements actuels

1.Un long parcours affectif, plus ou moins chaotique, est vécu chez les jeunes de 15 à plus de 30 ans. Certains s’impliquent dans une vie affective restreinte à des élections sentimentales plus ou moins passagères. Ils sont en attente et espèrent faire l’expérience de l’amour. La plupart du temps, il s’agit surtout de relations d’attachement marquées émotionnellement. Ils sont déçus et finissent par ne plus croire que l’amour soit possible entre un homme et une femme alors qu’ils ont vécu des épisodes sentimentaux sans avoir encore fait l’expérience de l’amour. La démultiplication d’expériences sentimentales ou sexuelles n’est pas source de maturation. Elle est acquise lorsque les tâches psychiques qui permettent la relation amoureuse, ont réalisé leur travail intérieur à travers le processus de la subjectivation.

2 Des études le confirment, les représentations sexuelles qui organisent parfois la psychologie des jeunes sont souvent d’origine pornographiqueet la plupart du temps ils découvrent la sexualité à partir de sites érotiques sur Internet largement fréquentés (25% des consultants du net, et 74% des jeunes. Entre 10 et 17 ans 40% ont déjà vu de la pornographie). Il n’est pas étonnant de constater que les images sexuelles, et des pratiques plus ou moins violentes, qui reviennent le plus souvent chez des jeunes, sont relatives aux pulsions partielles, à une sexualité orale et anale, cruelle, voyeuriste et exhibitionniste.

3. Il est important de prévenir les jeunes contre les infections sexuellement transmissibles. Mais la prévention contre le Sida s’est surtout inspirée de la valorisation des pratiques sexuelles et de la confusion des identités sexuelles pour présenter des moyens prophylactiquesqui, ce faisant, confortent et banalisent les modèles d’une sexualité anti-relationnelle puisqu’elle est dissociée de l’affectivité et de la dualité des sexes.

4.Fort heureusement de nombreux jeunes veulent se dégager des images d’une sexualité réduite à des pratiquespendant que d’autres aspirent à découvrir le sens de ce qu’elle représente dans l’amour. Tout un type de prévention passe à côté de cette aspiration légitime des jeunes sans oser leur dire qu’il y a des conditions pour s’exprimer sexuellement afin de les aider à grandir et à s’inscrire dans un développement affectif de leur désir.

2 – Le statut de la sexualité humaine

1.La sexualité humaine n’est pas comparable à la sexualité animale qui est uniquement centrée sur la reproduction. Elle est la conséquence d’une maturation affective de la relation humaine et s’élabore à travers un système de représentations mentales qui sont la résultante des opérations psychiques qui permettent de passer de la sexualité infantile des pulsions partielles à la sexualité objectale. La psychologie masculine ou féminine se développe toujours en extension à l’intériorisation du corps sexué ; un processus actuellement remis en question au bénéfice d’une vision imaginaire et déréelle du corps.

2. Nous sommes passés depuis les années 1950-1970 de la recherche d’une qualité relationnelle entre les hommes et les femmes à celle des pratiques sexuelles issues des pulsions partielles avec lesquelles le sujet s’affirme. Elles sont voulues pour elles-mêmes et dissociées d’un engagement affectif durable. L’idée se propage que l’expression sexuelle serait neutre et que, répétée à loisir, elle serait sans aucune conséquence sur les personnalités et le lien social. Elle serait un geste insignifiant alors que beaucoup de personnes en sortent psychiquement abîmées et deviennent cyniques à ce sujet. On a même laissé entendre que la relation entre deux personnes de même sexe était équivalente au couple formé par un homme et une femme alors qu’il y a une différence de nature entre l’un et l’autre et que le mariage n’a de sens que dans l’altérité sexuelle. Ainsi la Révolution sexuelle a davantage libéré la sexualité infantile, celle des pulsions partielles et des identifications primaires, qu’elle n’a favorisé une meilleure communication entre les hommes et les femmes dans le lien sexuel.

3. Dans trois essais sur la théorie de la sexualité Freud a décrit la structuration de la sexualité humaine autour de trois idées :

a) Il dit que « la fin de la pulsion est la relation à l’objet », c’est-à-dire à la personne.Or dans le contexte actuel, la pulsion est souvent recherchée pour elle-même indépendamment d’une qualité relationnelle et d’un engagement.

b) Si dans la sexualité infantile, le sujet recherche le plaisir pour lui-même car il croit qu’il est l’objet de son désir et que la source du plaisir est en lui, arrivé à maturité il découvrira que le plaisir est une conséquence de la relation à l’autre.

c) L’acheminement vers la maturation dépend de l’intériorisation de l’altérité sexuelle puisque l’autre c’est toujours l’autre sexe ; et de l’acceptation, dans sa sexualité, de la présence d’une autre génération pour lui donner la vie.

C’est pourquoi, la relation sexuelle n’existe pas. Elle implique une relation globale et préalable à l’expression génitale dans laquelle les époux se rejoignent intimement.

4. Le Bienheureux Jean-Paul II l’a rappelé dans ses catéchèses sur le corps, que la relation engagée entre un homme et une femme s’exprimera sexuellement dans le désir de se rejoindre intimement pour unifier les époux dans leur vie conjugale. Ils se donnent ainsi vie l’un à l’autre dans la jouissance à être ensemble. Et c’est parce qu’ils sont dans cette unité qu’ils pourront devenir procréatifs et appeler à la vie les enfants dont ils peuvent assumer l’éducation. L’asexualité humaine est ainsi unitive et procréative. Le Pape Benoît XVI a également signifié dans son encyclique « Deus caritas est » que l’éros est au cœur de l’expression intime de la vie conjugale (n. 5). En créant le mariage fondé sur la liberté et l’amour, le christianisme a libéré la sexualité dans l’amour conjugal en associant éros et agapè.

Chapitre 2

Le sens de l’éducation sexuelle

1. Lorsque nous parlons d’éducation sexuelle, nous avons à nous interroger afin de savoir ce que l’on veut dire en parlant de cette façon, ce que l’on veut faire et ce que nous voulons éduquer ?

Devons-nous simplement inviter les jeunes à se protéger, leur décrire des pratiques sexuelles et la façon de les vivre sans danger pour les conforter dans une sexualité pulsionnelle ? Certains adultes affirment que « les rapports sexuels sont normaux dès 14 ans avec le consentement de l’autre », les provoquant ainsi à agir sans autre forme de réflexion au nom de la fausse valeur du « consentement ». Ou bien devons-nous les aider à réfléchir et à penser leur sexualité dans tous ses aspects significatifs afin qu’ils en intègrent les diverses caractéristiques, qu’ils apprennent à aimer, à savoir s’engager et à être fidèles dans une dimension relationnelle ?

La sexualité prend tout son sens dans l’éducation de la vie affective afin de faciliter chez les jeunes l’association de leur génitalité à leur affectivité en apprenant à aimer.C’est en réfléchissant de cette façon que nous favorisons un comportement responsable pour humaniser leur sexualité.

2. La pratique de la réflexion sur la sexualité avec des jeunes nous a appris que ce qui compte le plus dans le message, ce n’est pas d’abord le contenu du message mais la qualité de celui qui l’émet. De plus ce qui se transmet à travers tous les discours sur la sexualité c'est d'abord la structure même du sens qui se cache derrière la démonstration. Or reconnaissons-le,le seul matériau donné à des jeunes reste uniquement du domaine sanitaire et relève de techniques qui entretiennent le pragmatisme ambiant d’une sexualité ludique. Il est donc important de réfléchir sur des questions de sens dont dépend la sexualité plutôt que de favoriser sa mise en acte avec des moyens de protection.

3. Actuellement, le discours central de l’éducation sexuelle consiste à présenter et à exhiber à des jeunes la sexualité des adultes. Les pratiques de ces derniers sont évoquées, au lieu de tenir compte de ce que vivent les jeunes à leur âge, de leurs interrogations et des nécessités éducatives : nous les mettons en position de voyeur. Il y a ainsiune forme d’éducation sexuelle vécue comme une tentative de séduction qui les maintient dans cette économieet provoque une excitation et un débordement chez certains. Ils vont mettre en acte de façon réactionnelle ce qu’ils ont ressenti sans pouvoir encore le situer et l’assumer. Ils ne peuvent assimiler des informations sexuelles qu’à la mesure de l’image qu’ils ont de leur corps. Sinon ces informations sont ignorées. Ils ont besoin de se découvrir à partir de leur éveil progressif sans que celui-ci ne soit précipité de façon anxieuse par les adultes. Il y a ainsi un type d’éducation sexuelle qui est psychologiquement inutile et parfois dangereux quand il altère la représentation sexuée du sujet.

4. Le processus de subjectivation permet à la sexualité d’entrer progressivement dans l’ordre du langage pour la parler, la penser et l’élaborer avant de l’agir. Elle accède ainsi à la dimension symbolique. Le sujet va chercher à identifier ses sentiments et ses émotions et la nature de sa relation, à se situer vis-à-vis de la différence sexuelle et de la complémentarité des sexes, et il réunira les conditions psychiques pour s’acheminer vers l’ordre de l’amour. Celui-ci n’est possible que dans une relation partagée entre un homme et une femme. Parvenu à ce stade, il comprendra son corolaire essentiel : un engagement irrévocable. Dire à l’autre : « je t’aime » signifie : « je ne veux pas que tu meures ». L’amour implique donc la durée, la promesse d’être donné l’un à l’autre, d’être fidèle et de faire histoire ensemble. Ce sont autant de valeurs que les jeunes et les adultes attendent mais qui ne sont pas valorisées dans le monde actuel.

5. L’éducation sexuelle est devenue un enjeu idéologique et politique. Les Organisations internationales et les États ont tendance à se substituer aux parents et aux éducateurs en imposant un modèle inspiré par des exigences sanitaires et par la théorie du genre au nom des identités de genre et des orientations sexuelles. La responsabilité parentale est essentielle dans ce domaine et aucun éducateur, aucune institution éducative et scolaire ne doivent intervenir sans l'accord des parents. Des programmes sont mis en place actuellement au point dedéposséder des parents de leur rôle en les déclarant incompétents. Il n’est pas admissible que la loi se donne ainsi le droit de démissionner les parents de leur responsabilité éducative et de les punir de peines de prison quand ils refusent que leurs enfants participent à des cours d’éducation sexuelle obligatoire à l’école (cf. en Allemagne une mère de famille a été condamnée à 45 jours de prison). Les dernières directives en matière d’éducation sexuelle de l’UNESCO sont sujettes à caution quant à l’application de ce type de programme qui inaugure une autre anthropologie au nom de nouvelles valeurs.

L’éducation sexuelle est ainsi réduite à la volonté de créer de nouvelles valeurs comme, par exemple, celle du « consentement » entre les personnes. Cettemorale du « consentement » est problématique car elle fait entièrement l’impasse sur l’objectivité d’un acte humain qui relève du registre de la signification du bien ou du mal. Ce n’est pas l’intention et les exigences subjectives du sujet, même si elles ont leur importance, qui font la valeur d’un acte, mais plutôt son adéquation avec le sens objectif de l’amour.

6. Le message que nous donnons aux jeunes va à l’encontre de ce qu’ils ont besoin d’entendre au moment de la maturation de leur sexualité. Les avertissements sur les risques d’infections sexuelles sur lesquellesils doivent être évidemment prévenusfont naître un doute sur la confiance à l’égard de l’autre. Et la prescription en matière de contraception et d’avortement qui met l’accent sur le danger que représente la fertilitéest une négation de leur sexualité qui se développe. Au moment oùils s’éveillent, ils entendent une parole castratrice qui suscite des conduites réactionnellescomme on l’observe à traversl’augmentation de l’avortementchez les moins de 19 ans. En réalité plus ils sont conditionnés par l’idéologie de la protection et plus ils adoptent des conduites risquées et irresponsables de façon réactionnelle pour se libérer de lacastrationambiante. Nous devons oser leur dire avec intelligence qu’ils ne sont pas en âge de s’exprimer génitalement. Leur tenir ce discours les rassure et les libère la plupart du temps. L’expérience pédagogique en ce domaine confirme que c’est parce qu’ils intègrentcette dimension procréative en comprenant qu’ils peuvent devenir père ou mère qu’ils deviennent responsables de leur sexualitéet de leurs sentiments car ils découvrent que leurs gestes sexuels les engagent plus qu’eux-mêmes.

7. Enfin, la sexualité doit toujours être présentée aux jeunes dans sa double finalité : unitive pour nourrir et renforcer l’acte conjugal et procréative afin d’appeler à la vie des enfants que l’on peut éduquer. En dissociant la sexualité unitive de sa dimension procréative, nous risquons de favoriser des personnalités irresponsables. Elles finissent par considérer l’acte sexuel comme le simple usage d’un plaisir sans lendemain alors qu’il est une modalité de la relation amoureuse.

Chapitre 3

Les valeurs à promouvoir

Nous devons nous interroger afin de savoir si nous avons une conception commune de l’humanité, et donc de la sexualité, qui traverse toutes les cultures puisque nous participons à une égale humanité ?

La sexualité est-elle simplementune activité d’assouvissement, utile et ludique pour faire baisser la tension émotionnelle en chacun ou bien est-elleune modalité de la relation amoureusedans un lien engagé entre un homme et une femme ?

La ligne de fracture se situe entre ces deux conceptions : la première participe du mouvement des identités de genre et des orientations sexuelles, pendant que la seconde s’articule sur la différence sexuelle et la symbolique qu’elle implique dans la relation conjugale et familiale.

Un autre enjeu, souvent oublié, est celui de l’accès à la symbolisation de la sexualité. Du point de vue psychologique, il est important de tenir compte des tâches psychiques de la subjectivation de la sexualité et de privilégier l’éducation morale qui favorise l’intériorisation significative de la vie pulsionnelle. Cette perspective nous éloigne du modèle d’une sexualité pragmatique fondée sur les orientations sexuelles et qui est source de violences. La subjectivation de la sexualité permet au sujet de hiérarchiser la réalisation de ses désirs et, de ce fait, de savoir assumer et orienter son vécu interne dans le sens de l’amour. Il s’achemine ainsi progressivement dans la symbolique sexuelle qui inscrit sa vie pulsionnelle dans une dimension relationnelle.

Il nous faut réfléchir sur la signification de l’amour et ses modes de régulationque sont ; la chasteté, l’abstinence et la fidélité sous un angle psychologique et philosophique, et selon les principes de la raison afin de disposer au départ d’une base commune à notre étude. Cela ne nous empêchera pas de souligner certains aspects théologiques propres à l’intelligence chrétienne.

1 – Éduquer au sens de l’amour

Les jeunes sont parfois dans la confusion des sentiments et certains se laissent facilement déborder par leurs émois. Il leur manque un code du sens de l’amour et de sa morale pour se développer. La question préliminaire à se poser est de savoir qu’est-ce que l’amour puisqu’il ne se confond pas avec un sentiment ? Il est un ordre relationnel dans lequel s’intègrent les émotions, les sentiments et les attraits sexuels dans un engagement à l’égard de l’autre.

Aimer c’est se donner et établir une communion dans la vérité du sens des relations, dans le respect et l’estime de l’autre et dans le désir d’appeler à la vie des enfants afin de transmettre ce que l’on a reçu. L’amour est fondé sur le sens de l’altérité des sexes et donc de l’intériorisation de la personne de l’autre sexe, et en étant capable de s’engager dans une relation qui implique la conjugaison des sexes ; ce qui exclut l’unisexualité.

L’amour implique plusieurs exigences structurant le désir :

Avoir le sens de lalibertéqui s’accompagne toujours du sens de laresponsabilité. Une liberté qui se déploie grâce à un discernement rationnel qui signifie la nature de la relation dans laquelle l’acte sexuel sera possible.

Vivre le sens del’engagementqui inscrit dans le temps et la durée en apprenant dès l’enfance et l’adolescence à savoir tenir sa parole, ses promesses, ses serments et ses responsabilités.

Vivre le sens de lafidélitéet de la générosité qui sont des valeurs de la vie et participent à la morale relationnelle qui fonde la morale sexuelle.

Dans la mentalité individualiste et pragmatique actuelle, être responsable c’est faire ce que l’on veut et être responsable uniquement par rapport à soi-même. Or la vraie responsabilité se joue toujours par rapport à une autre dimension que soi et non pas en se prenant soi-même comme référence.

La personne arrivée à la maturité sexuelle va qualifier affectivement sa sexualité sans se maintenir dans le besoin d'exprimer le sexe pour le sexe. Nous l'avons souligné, la finalité de la pulsion est dans le lien à la personne et le plaisir est la conséquence d'une relation située et réussie. Ainsi l'autre sera aimé pour sa valeur personnelle et originale et non plus pour la fonction de soutien, de sécurité, de valorisation qu'il peut remplir.

2 – Éduquer au sens de la chasteté

La vie pulsionnelle ne s’éduque pas puisqu’elle est un mouvement inconscient qui a sa propre autonomie. En revanche, ce sont les chemins empruntés par la pulsion qui seront à la source des conduites de la personnalité et qui pourront être éduqués.

Si les tâches psychiques consistent à associer génitalité et affectivité, la chasteté est l’attitude morale et spirituelle qui permet d’unifier la sexualité à partir du sens de l’amour.

Dans une perspective chrétienne, elle est aussi un don de Dieu, une grâce et le fruit d’une vie spirituelle active. Elle comporte l’apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine pour ne pas être soumis aux pulsions ni aux influences extérieures.Les fruits de la chasteté sont la joie, la générosité et la fidélité pour vivre de l’amour qui inspire sa vie.

La chasteté qui ne se confond pas avec la continence, est justement la vertu du respect de soi et de l’autre, de l’engagement et du don de soi irréversible, malgré la complexité des désirs et leur réalisation.

Benoît XVI l’a dit : « La vertu de la chasteté [...] n'est pas un 'non' aux plaisirs et à la joie de la vie, mais un grand 'oui' à l'amour comme communication profonde entre les personnes, qui demande du temps et du respect comme un cheminement ensemble vers la plénitude et comme un amour qui devient capable de générer la vie et d'accueillir généreusement la vie nouvelle qui naît »(Discours du 13 mai 2011 aux participants du Colloque organisé par l’Institut Jean-Paul II à Rome).

3 – Éduquer au sens de l’abstinence sexuelle

L’acte sexuel n’est pas une obligation ni une nécessité quand la sexualité est vécue et assumée dans une vie affective située dans un engagement.

L’abstinence sexuelle ne se présente pas tant comme une privation mais comme la condition même du murissement des désirslà où l’environnement actuel, d’une société érotisée avec un déploiement suggestif de visuels, incite à vivre des passages à l’acte séparés de toute dimension affective, à l’impulsivité et à des conduites addictives.

L’abstinence sexuelle est l’occasion d’œuvrer sur soi et de se préparer au don de soi-même dans l’altérité sexuelle. L’abstinence sexuelle est ainsi un temps d’apprentissage et de murissement, un espace de préparation pour l’amour de l’être aimé.

4 – Éduquer au sens de la fidélité

La fidélité est une des conséquences pratiques exigées par l’amour. La personnalité qui intègre la pulsion sexuelle dans son affectivité, prépare les conditions psychologiques de l’accès à la symbolique de l’amour.

Mais les problèmes posés par divers comportements sexuels activent des pathologies virales, favorisent des désarticulations idéologiques au nom des orientations sexuelles et entraînent des déchirures relationnelles du fait de l’infidélité et des séparations qui posent de plus en plus des problèmes de société et de santé psychologique et morale.

Dans ce contexte, il apparaît important d’éduquer au sens de la fidélité. Rien de durable, d’authentique et de fort ne peut se constituer en dehors de la fidélité.

L’infidélité est une insulte faite à l’autre, une mésestime à son égard et un désaveu de la parole donnée. Le conjoint lésé en est profondément blessé et meurtri.

Il y a du divin dans une relation amoureuse. Il ne s’agit ni d’une relation de charme, ni de dépendance, ni d’assouvissement, mais d’une relation d’alliance qui porte du fruit. Elle implique la fidélité.L’amour authentique est allianceet dure de façon irréversible dans le pacte conjugal.La fidélité est une des qualités à honorer dans l’alliance fondée entre les conjoints au nom de l’amour. C’est pourquoi il semble contradictoire de poser les signes sexuels de l’alliance avant qu’elle ne soit engagée dans le mariage et il est pour le moins injuste de s’exprimer sexuellement en dehors de cette fidélité.

Les hommes connaissent leurs faiblesses et leurs fragilités, voire leurs péchés. Ils ne sont pas condamnés à rester dans leurs errements et dans leur désarroi stérile après avoir vécu des illusions sentimentales. Le Christ nous a appris à pardonner et à recevoir le pardon à la suite des offenses faites aux lois de l’amour. Pour celui qui se repent devant Dieu, il est ainsi renouvelé et s’offre à lui une rédemption avec de nouvelles motivations qui l’invitent à changer de comportement et à vivre autrement. Dans cette relation au Christ, il pourra demander pardon au conjoint offensé et repartir, si possible, dans une relation réconciliée.

La fidélité se joue au cœur de l’intériorité de la vie psychique et de la conscience morale. Elle s’éduque dans l’apprentissage du sens de l’autre et de la qualité de ses sentiments personnels. La fidélité est la preuve donnée à l’autre de son amour. Elle en signifie l’engagement dans la durée, et se scelle dans l’alliance conjugale au sein de l’institution matrimoniale.

***

L’expérience de la préparation au mariage montre bien que l’idée de se marier fait travailler sur soi-même et participe ainsi à son développement personnel dans l’altérité sexuelle. Ceux qui sont mariés savent bien aussi, malgré l’ambivalence et l’inconstance des sentiments, que le fait d’être marié provoque, dans le meilleur des cas, à chercher à affiner sa relation à l’autre. La réflexion sur la sexualité unitive et procréative, tout en comprenant le sens de la limitation des naissances, en utilisant des moyens moralement licites et encore davantage dans une époque où nous devons veiller aux équilibres écologiques, permet de devenir responsable de sa vie affective et sexuelle. Les jeunes réalisent ainsi que leurs gestes les engagent au-delà d’eux-mêmes. Dans ces conditions, ils acquièrent de la maturité et se maîtrisent de façon responsable quand ils savent qu’un jour, ils pourront être père et mère grâce à l’union conjugale scellée dans l’alliance conjugale. L’amour n’est pas un sentiment ni l’usage possessif de l’autre, mais une alliance qui fait mûrir en humanité la vie affective.

Conclusion

Nous l’aurons compris, le discours sanitaire en matière sexuelle, si utile par ailleurs quand il se situe dans ses limites, n’est pas la mesure du bien. Il est toujours relatif au sens et à la finalité de la sexualité humaine.

La contribution de l’Église est déterminante en matière de prévention face au grave problème de santé publique et de la conscience morale que représente la transmission du VIH. Elle soutient les valeurs de l’abstinence, de la chasteté et de la fidélité qui sont les conditions de l’amour et permettent de le comprendre et de l’intérioriser, et ainsi de devenir responsable de ses actes. Elles sont les critères éducatifs à mettre en œuvre dans les campagnes de prévention contre le sida. Il est nécessaire d’en appeler ainsi à la conscience psychologique et morale car elle est le lieu des remaniements internes et des décisions éthiques que des prescriptions sanitaires ne peuvent pas, à elles seules, mobiliser et ennoblir.

Le Bienheureux Jean-Paul II, lors de son discours aux jeunes de Kampala (Ouganda 1993), rappelait combien le sens authentique de l'amour libère de la possession d'autrui et engage au-delà de soi-même. « Les gestes, dit le Saint Père, sont comme des "paroles" qui révèlent ce que nous sommes. Les actes sexuels sont comme des "paroles" qui révèlent notre cœur (...) Le "langage" sexuel honnête exige un engagement à la fidélité qui dure toute la vie. Donner votre corps à une personne, c'est vous donner tout entier à cette personne. » Le Pape d’heureuse mémoire fut largement entendu par les jeunes, même s’ils savent que les chemins de l’amour ne coïncident pas avec la facilité. C’est pourquoi, ils étaient attentifs à ses réflexions pour orienter leur existence.

Les principes éducatifs à mettre en œuvre se résument de la façon suivante :

1 Il nous faut favoriser l’intériorisation de la sexualité en tenant compte des processus psychiques de la maturation du stade génital et de sa symbolisation, et des exigences morales de l’amour.

2 La prévention doit-être centrée sur la découverte de la richesse à s’engager au nom de l’amour afin d’en comprendre ses modes de régulation à travers le sens de l’abstinence comme préparation du don de soi, le sens de la chasteté comme respect de soi et de l’autre et le sens de la fidélité comme preuve de l’amour donné qui sont à la base du développement de la relation amoureuse.

3 L’éducation au sens de la responsabilité personnelle dans la recherche du bien moral de l’amour, se réalise toujours en présentant l’expression sexuelle unissant davantage les époux et sa dimension procréative révélant que les actes humains personnels engagent plus que soi-même. Les jeunes et les adultes pourront ainsi apprendre à situer leurs sentiments, leurs émotions et leurs attraits dans la perspective de l’amour.

« Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors le corps et l’esprit perdent leur dignité. Et si, d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme étant la réalité exclusive, il perd également sa grandeur. … Mais ce n’est pas seulement l’esprit ou le corps qui aime : c’est l’homme, la personne, qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l’âme. C’est seulement lorsque les deux se fondent véritablement en une unité, que l’homme devient pleinement lui-même » (Benoît XVI, lettre encyclique Deus caritas est, n.5).

Monseigneur Tony ANATRELLA

Cité du Vatican le samedi 28 mai 2011

1 Monseigneur Tony Anatrella est Psychanalyste, Spécialiste en psychiatrie sociale. Enseignant aux Facultés libres de Philosophie et de Psychologie (IPC) et au Collège des Bernardins (Paris). Il est Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille et du Conseil Pontifical pour la Santé. Membre de la Commission internationale d’enquête sur Medjugorje de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Pour en savoir plus sur le thème de cette conférence voir : Tony Anatrella : « Le sexe oublié », Paris, Flammarion. « L’amour et l’Église » reprise du livre « L’amour et le préservatif », Paris, Flammarion. « La différence interdite », Paris, Flammarion, « Le règne de Narcisse », Paris, Les Presses de la Renaissance. « La tentation de Capoue », Paris, Cujas. Dernier livre de l’auteur traduit en italien : Felici e sposati, - Coppia, convivenza, matrimonio -, Bologne, ESD.

2 Note sur la banalisation de la sexualité à propos de certaines interprétations de « Lumière du monde », de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 21 décembre 2010.