Congélation, implantation, adoption d’embryons : réflexions du P. Mattheeuws (4)

Dernier volet de l’entretien

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ROME, Mardi 28 mars 2006 (ZENIT.org) – « Congélation, implantation, adoption d’embryons » : autant de thèmes qui recouvrent une réalité bouleversante et à propos desquels le Père Alain Mattheeuws, jésuite, docteur en théologie morale et sacramentaire de l’Institut Catholique de Toulouse offre cette contribution à la réflexion, que nous présenterons en quatre volets.



Le P. Mattheeuws est actuellement professeur à l’Institut d’Etudes Théologiques de Bruxelles. Il donne également des cours au « Studium » du diocèse de Paris et dans d’autres facultés. Il aborde un thème délicat de la recherche bioéthique en théologie morale. Il a été appelé à participer au dernier synode des évêques.

Il répond entre autres à la question : « Condamner l’adoption des embryons, n’est-ce pas incohérent avec le message de l’Eglise concernant le respect de la vie et son caractère sacré ? ». Voici le dernier des quatre volets de cet entretien (cf. Zenit 23, 24 et 27 mars).

Q : Vous semblez condamner l’adoption des embryons : n’est-ce pas incohérent avec le message de l’Eglise concernant le respect de la vie et son caractère sacré ?

P. Mattheeuws :Je ne condamne personne. J’essaie d’évaluer en raison la signification morale d’un tel acte et d’en préciser la valeur, sans juger les personnes. Il ne s’agit pas de condamner les personnes, mais pourquoi faut-il promouvoir une pratique qui ne soit pas juste ? Pourquoi faut-il chercher des mères de suppléance sur les sites internet et entrer dans un militantisme peu opportun ? Aux Etats-Unis, ces programmes sont très développés : l’adoption d’enfants embryonnaires y est promue dans des sites chrétiens. Elle n’a rien d’anonyme ni de gratuit. Quel est le sens de cette promotion ?

Notre vie – toute vie humaine – est dans les mains de Dieu. Le caractère sacré de la vie surgit de la relation immédiate que toute créature a, de fait et en acte, avec son Créateur. Prendre conscience de ce « sacré » là reste un impératif moral en toutes circonstances. Mais aucun homme n’est appelé à se mettre à la place de Dieu et à devenir le sauveur des autres. L’aveu d’une impuissance humaine n’est pas toujours une « faiblesse » ou un « péché » ou un « manque de générosité » : il peut être le signe d’une humilité vraie. Celle qui cherche à trouver la vérité de toute vie et à respecter le plan de Dieu dans l’histoire. Nous ne sauverons jamais tous les enfants qui meurent dans le sein de leur mère, ni tous les enfants embryonnaires congelés. Manifester leur destinée éternelle, c’est montrer le vrai « sacré » de toute vie personnelle.

Q : Ne faudrait-il pas les laisser dans le froid comme « témoins » d’options criminelles et absurdes de nos sociétés ?

P. Mattheeuws :J’ai entendu certaines personnalités réfléchir et prôner cette attitude. Pour ceux et celles qui sont opposés aux méthodes de procréation assistée, l’accumulation de ces embryons congelés est un signe de l’absurdité de ces techniques et de ces options éthiques. Garder les embryons dans le froid, puisque nous sommes dans l’impasse, c’est au moins « faire mémoire et garder en mémoire » ce qui a été un « non-sens ». Gardons-les comme témoins, nous implorant de ne plus poser les actes qui sont à l’origine de tels bouleversements et de tels maux. Cette position a une certaine noblesse. Elle représente, pour certains humanistes ou religieux, un « appel éthique » adressé à tout homme de bonne volonté et à nos sociétés. Elle ne me semble pas respecter jusqu’au bout les embryons congelés ni leur offrir la paix qui leur est due.

Q : Si la porte de l’adoption ne semble ni « bonne » ni à promouvoir, que peut-on proposer actuellement comme autre solution ?

P. Mattheeuws :Il nous reste à faire le bien possible en assumant la condition absurde dans laquelle se trouvent ces embryons congelés. Je conseille de les retirer du « froid » où ils sont emprisonnés, de les rendre aux conditions temporelles qui sont les leurs, de ne pas utiliser de moyens disproportionnés pour les sauver (l’enseignement du Magistère au sujet du refus de l’acharnement thérapeutique acquiert ici une nouvelle actualité), ou des moyens qui ne respectent ni leur dignité ni la dignité des personnes désireuses de les aider. Faire cela, ce n’est pas les tuer : il ne s’agit pas d’une euthanasie, mais du refus de prendre un moyen disproportionné et inadapté pour tenter de les faire survivre. Ils mourront ! Bien sûr, comme croyants, nous pensons qu’ils passeront à la vraie vie. La mort leur permettra de rejoindre leur Créateur et leur Sauveur. Laissons ces enfants rejoindre le cœur de Celui qui est leur Créateur et leur Père.