Convertir les dépenses militaires en investissement pour le développement

Appel de Benoît XVI à une « autocritique courageuse »

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ROME, Jeudi 11 décembre 2008 (ZENIT.org) - Convertir les dépenses militaires en investissement pour le développement : c'est une des directions de l'appel lancé par Benoît XVI dans son message 2009 pour la paix, à une « autocritique courageuse » pour les Nations.

« Combattre la pauvreté, construire la paix » : c'est le titre de ce message, en date du 8 décembre 2008, présenté ce matin au Vatican par le président du Conseil pontifical justice et paix, Renato Raffaele Martino, et par le secrétaire de ce dicastère, Mgr Giampaolo Crepaldi.

Le pape aborde cinq questions dans son analyse de la pauvreté, dans la première partie du message : (1) la démographie (positive pour le développement), (2) la lutte contre les maladies pandémiques (comme, par exemple, la malaria, la tuberculose et le sida), (3) la pauvreté des enfants (et donc la promotion de la famille, et spécialement de la dignité de la femme), (4) la relation entre le désarmement et le développement, et (5) la crise alimentaire actuelle.

Pour ce qui concerne la relation qui existe entre le désarmement et le développement le pape souligne que « le niveau global actuel des dépenses militaires des États est préoccupant ».

Il fait observer que ces dépenses vont « à l'encontre de ce que la Charte des Nations Unies elle-même affirme, quand elle engage la communauté internationale et les États en particulier, "à favoriser l'établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationale en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde" (art. 26) ».

Ce fait « constitue un obstacle sérieux à la poursuite des grands objectifs de développement de la communauté internationale », affirme le pape.

Il fait aussi observer qu'une « croissance excessive des dépenses militaires risque d'accélérer une course aux armements qui provoque des poches de sous-développement et de désespoir, se transformant ainsi paradoxalement en facteurs d'instabilité, de tension et de conflit ».

Il cite le fameux aphorisme de Paul VI dans « Populorum Progressio » : « Le développement est le nouveau nom de la paix » (n. 87).

« Les États sont donc appelés à réfléchir sérieusement sur les raisons les plus profondes des conflits, souvent allumés par l'injustice, et à y remédier par une autocritique courageuse », déclare Benoît XVI.

« Si l'on parvient à une amélioration des relations, cela devrait permettre une réduction des dépenses d'armements. Les ressources économisées pourront être destinées à des projets de développement des personnes et des peuples plus pauvres et nécessiteux: l'engagement consenti en ce sens est un engagement pour la paix au sein de la famille humaine », ajoute Benoît XVI.

Le cardinal Martino a souligné que Benoît XVI s'inscrit dans le sillage de l'appel de Paul VI lors de son voyage en Inde, pendant lequel il avait déjà suggéré de convertir certaines dépenses militaires dans les investissements pour les plus pauvres.

Rappelons que le 4 décembre 1964, lors de son voyage à Bombay, dans une rencontre avec les journalistes, Paul VI avait suggéré, en anglais, la mise en place d'un fonds international pour le développement alimenté par la renonciation à une partie du budget militaire des Nations, en disant : « Nous vous confions ce message spécial pour le monde. Puissent les Nations cesser la course aux armements, et destiner plutôt leurs ressources et leurs énergies à l'assistance fraternelle aux pays en développement ! Puisse chaque nation avoir « des pensées de paix et non d'affliction » et de guerre, et consacrer, même seulement une partie de ses dépenses en armes à un grand fond mondial pour le soulagement des nombreux problèmes en nourriture, vêtements, logement, et soins médicaux qui affectent de si nombreux peuples ».

Le pape Paul VI concluait par une prière demandant que « Dieu inspire » aux nations « d'entreprendre cette bataille pacifique contre les souffrances de leurs frères moins fortunés ».

Anita S. Bourdin