Copenhague : Entretien avec Mgr Migliore, chef de la délégation du Saint-Siège

Le rapport création-développement, un rapport indissoluble

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ROME, Jeudi 10 décembre 2009 (ZENIT.org) - Les attentes sont grandes à Copenhague, et les espérances nombreuses. L'objectif est d'obtenir un accord contraignant, mais aussi celui d'attiser les sensibilités face aux questions touchant notre environnement.  

Le sommet de Copenhague, qui a ouvert ses portes lundi en présence de délégations du monde entier, est un rendez-vous important et une étape significative pour que les problèmes liés au climat, au réchauffement excessif de la planète, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, à la protection de l'environnement, occupent enfin une place de choix dans l'agenda politique de tous les pays du monde. 

Une délégation du Saint-Siège est présente elle aussi au sommet, conduite par Mgr Celestino Migliore, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies, qui, dans cet entretien à ZENIT, explique quelles sont les attentes sur ce sommet de Copenhague.  

Mgr Migliore sera dans la capitale danoise à partir de lundi prochain, 14 décembre. Actuellement, les négociations, plutôt techniques, sont suivies par don Hugo Cabrera Aramayo, Paolo Conversi, Luke Swanepoe, Markus Wandinger et Mariano Cardielli, qui font partie de la délégation du Saint-Siège.  

ZENIT - Mgr Migliore, qu'attendez-vous de ce sommet sur le climat? Quelles sont vos espérances?

Mgr Migliore - Que l'on œuvre au moins à faire grandir une entente politique qui aplanisse le chemin vers un accord contraignant, à atteindre en un temps raisonnable et doté de mesures concrètes concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le transfert de technologies, le calendrier et le financement de l'atténuation et de l'adaptation au changement climatique. On espère aussi que l'évènement en soi et la couverture médiatique éveilleront chez les peuples un intérêt commun, une sensibilité et un engagement pour cette cause.  

Dans certaines régions du monde, gouvernements et institutions publiques locales ont derrière eux une longue expérience dans la façon de gérer leur territoire, le climat, le rapport homme-nature. C'est à ce niveau, surtout, qu'il faut réactiver et diffuser ce sens du projet, de l'organisation, de l'action immédiate, afin de pouvoir garantir développement et sécurité même dans des situations climatiques qui changent. 

ZENIT - Le pape a appelé les pays et la communauté internationale à des actions concrètes, pensant surtout aux futures générations et aux pauvres. Comment pensez-vous que les 192 pays réagiront à cet appel? 

Mgr Migliore - Le pessimisme diffus auquel on assiste depuis deux ou trois semaines semble s'atténuer. Après le débat des deux premiers jours, à l'approche des négociations, on a vu s'entrebâiller quelques portes, par exemple sur les engagements financiers, sur le calendrier de l'arrêt à la déforestation, sur les ressources hydriques et la désertification. 

L'invitation du pape va bien au-delà des travaux de Copenhague : elle s'adresse aussi bien aux gouvernants qu'à la société civile, aux pouvoirs et aux administrations locales, à tous ceux qui ont une responsabilité active, éducative ou formative. Le défi des changements climatiques doit être affronté sereinement mais rapidement aussi, en commençant justement au niveau local.  

ZENIT - Pensez-vous qu'il y aura un accord sur l'adoption d'un nouveau Traité sur le climat? 

Mgr Migliore - La conférence travaille à cet objectif, qui pourrait être déplacé dans le temps. Toutefois, il est tout aussi urgent et indispensable de susciter une culture adaptée à l'implémentation des mesures fixées. Les limites des émissions de gaz à effet de serre produiront des résultats si l'on est convaincu que la pose de quelque jalon sert à resituer l'homme par rapport à la nature ; que les fonds alloués sont employés dans des projets utiles, à l'abri de toute corruption ; que les habitations résistent aux intempéries et constituent pour nous des lieux sûrs quand les travaux en bâtiments ne visent pas le seul profit  ; que prendre soin de l'environnement est un devoir qui ne revient pas uniquement à l'administration publique mais où chacun a sa part à jouer  

ZENIT - Certains organismes comme l'UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) se sont servis des prévisions catastrophiques sur les changements climatiques pour demander une nouvelle réduction de la fertilité par le biais de politiques pro-avortement et pro-contraception. Quel est votre avis sur ce sujet? 

Mgr Migliore - Le réchauffement mondial dépend plus du caractère indiscriminé et du haut niveau des consommations que du nombre des habitants de la terre. Il se trouve, en effet, que le degré de pollution est particulièrement intense et dévastateur dans les régions à grand essor et où le taux de natalité est généralement très bas. Si nous voulons trouver des solutions efficaces à la dilapidation du patrimoine écologique, il faut que notre attention reste focalisée sur les vraies causes.  

ZENIT - Un scandale scientifique appelé « climagate » vient d'éclater : des chercheurs du Climatic Research Unit de l'université britannique d'East Anglia auraient manipulé les données pour faire croire que les températures n'arrêtent pas de monter et que la cause serait d'origine anthropique. De nombreux autres scientifiques avaient déjà émis des hypothèses scientifiques selon lesquelles le climat change pour des raisons naturelles et que l'influence anthropique est limitée et relative. Qu'en pensez-vous? 

Mgr Migliore - La question du rapport entre vérité et politique est vieille comme l'homme. D'une certaine façon, nous assistons de nos jours à un éloignement inquiétant entre ces deux ordres du savoir et de l'action humaine et c'est peut-être pour cela qu'il est plus difficile de se mettre d'accord en temps raisonnables et de prendre des décisions communes et efficaces pour résoudre les problèmes de l'humanité.  

ZENIT - Beaucoup de pays émergents, comme le Brésil, l'Inde, l'Afrique du Sud, refusent d'accepter une législation contraignante sur les émissions de gaz, car ils pensent que cela limiterait leur développement, augmentant les coûts de l'énergie et des transports. Comment répondre à cette nécessité de développement? 

Mgr Migliore - Les principes guides d'une responsabilité commune mais différenciée et ceux de l'équité devraient prévaloir. Mais surtout il ne faut pas perdre de vue ce rapport indissoluble et à double sens entre la sauvegarde de la création et le développement. On n'atteint pas l'un sans l'autre, et donc l'on ne saurait sacrifier ni l'un ni l'autre.  
 

Silvia Gattas