Coptes: pour une "Jounée de l'amour fraternel"

Visite du patriarche Tawadros II au Vatican

Rome, (Zenit.org) Patriarche Tawadros II | 933 clics

Le pape copte orthodoxe d'Egypte Tawadros II propose le 10 mai de chaque année comme Journée de "l’amour fraternel" avec l'Eglise catholique. Il a avancé cette proposition ce vendredi 10 mai, en rencontrant le pape François au Vatican, 40 ans après la rencontre de Paul VI et Chenouda III, le 10 mai 1973.

"Le Saint-Père François a reçu en audience ce matin, à 11 h, Sa Sainteté Tawardos II, Pape d'Alexandrie et patriarche du Siège de Saint Marc, Chef de l'Eglise copte orthodoxe d'Egypte", annonce le Vatican, 40 ans après la rencontre et la déclaration historique de Paul VI et Chenouda III.

"Puisse cette visite d’amour et de fraternité être la première d’une longue série entre nos deux grandes Églises. Je propose pour cela que le 10 mai de chaque année soit considéré comme la journée de la célébration de l’amour fraternel qui unit l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe" déclare le patriarche copte dans ce discours dont nous publions notre traduction de l'anglais. 

Il y souligne entre autres que c'est son premier voyage en dehors de son pays depuis son élection: c'est dire l'importance qu'il accorde à cette visite. Il salue le Vatican et son influence dans le monde, notamment "dans le domaine de l’éthique ainsi que ses efforts constants pour bâtir la paix sur la terre".

Il rappelle aussi sa participation à l'intronisation du patriarche de l’Église catholique en Égypte, le patriarche Ibrahim Isaac: c'est dire combien il tient à la promotion de l'unité des chrétiens.

Avec le pape, ils ont prié pour la paix, autre objectif du dialogue entre les chrétiens: "travailler ensemble pour promouvoir le dialogue œcuménique et la paix sur la terre".

Discours du pape Tawadros II

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, un seul Dieu. Amen.

« Le Christ est ressuscité, en vérité ressuscité »

« Grâces soient à Dieu qui, dans le Christ, nous emmène sans cesse dans son triomphe et qui, par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance. » (2 Co 2, 14)

Au nom de l’Église copte orthodoxe, du Saint Synode et de tous les coptes d’Égypte à travers le monde, je voudrais féliciter Votre Sainteté pour Votre divine élection comme pape et évêque de Rome. C’est l’une des plus hautes fonctions dans la communauté chrétienne, mais son importance est immense dans le monde, en particulier en cette période historique actuelle où le dialogue interreligieux est devenu si nécessaire.

Guidé par l’Esprit Saint, je voulais délibérément que cette visite d’hommages à Votre Sainteté coïncide avec le quarantième anniversaire de celle rendue à Paul VI, du 4 au 10 mai 1973, par Sa Sainteté, feu le pape Chenouda II, appelé aussi le pape des Arabes et le pionnier du Mouvement des lumières dans l’Église copte orthodoxe. C’était la première visite au Vatican du pape et patriarche de l’Église copte orthodoxe d’Alexandrie et la Déclaration commune fut signée le 10 mai par les deux papes. Cette année-là, j’étais encore étudiant à la faculté de pharmacie de l’université d’Alexandrie, en Égypte. Il faut aussi rappeler que, en réponse à cette visite, Sa Sainteté le pape Jean-Paul II s’est rendu en Égypte en l’an 2000.

C’est donc pour moi une occasion mémorable, tant par l’importance de cet événement en lui-même que parce qu’il marque l’anniversaire du geste historique et le plus significatif du pape Chenouda III.

Puisse cette visite d’amour et de fraternité être la première d’une longue série entre nos deux grandes Églises. Je propose pour cela que le 10 mai de chaque année soit considéré comme la journée de la célébration de l’amour fraternel qui unit l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe.

Mon premier voyage hors d’Égypte depuis mon intronisation en novembre dernier, est pour venir d’Égypte rendre visite à Votre Sainteté. « Le pays du Nil », une terre immense dans une situation géographique magnifique.

Mon pays est la terre où est née la plus ancienne culture du monde, la civilisation des Pharaons.Mais ce n’est pas tout. L’Égypte est le lieu de naissance, ou le cadre de nombreuses autres civilisations importantes de l’antiquité : les Grecs et les Romains, les Coptes et finalement l’Islam. L’Égypte a été, comme nul autre, le témoin de signes divins. Comme le dit le prophète: « D’Égypte j’ai appelé mon fils »; et : « Bénis mon peuple l'Egypte». Un certain nombre de prophètes et de saints sont nés et ont vécu en Égypte, pays réputé pour la coexistence des religions.

Pendant plus de trois ans, la Sainte Famille a visité les villages et les gouvernorats égyptiens, se déplaçant d’est en ouest, du nord au sud, marquant ainsi le pays tout entier du signe de la Croix. Et Jésus-Christ a sanctifié cette terre en la foulant de ses pieds. Plus tard, dans les premières années du christianisme, saint Marc l’évangéliste a diffusé la doctrine catholique à travers l’Égypte avant d’être martyr à Alexandrie, la ville d’Alexandre le Grand, connu aussi comme « l’époux méditerranéen ».

Mon Église copte est très ancienne, son histoire s’étend sur plus de dix-neuf siècles. Elle a été fondée par saint Marc l’évangéliste au Ier siècle et, dans le cours du temps, elle a été irriguée jusqu’à aujourd’hui par le sang de nombreux martyrs, se fortifiant ainsi de plus en plus.

Le monachisme chrétien a son origine en Égypte, avec le grand saint Antoine, nommé aussi Père de tous les moines, qui a établi la pratique de la vie monastique. Plus tard, la pratique de la vie commune établie par saint Pacôme, qui était né en Haute-Égypte au milieu du IIIe siècle, s’est répandue d’Égypte vers le reste du monde.

Le monachisme a contribué à la formation de l’Église copte orthodoxe.Les coptes se sont développés dans le monde comme une entité religieuse solide, avec un caractère chrétien clair. La contribution de l’Église copte orthodoxe a été très certainement considérable. Les patriarches et papes d’Alexandrie ont joué un rôle majeur dans la théologie chrétienne.

J’aimerais faire remarquer que les relations entre l’Italie et l’Egypte sont fermement établies de longue date, se déployant sur plus de deux millénaires. Les deux pays peuvent se vanter de leurs remarquables civilisations méditerranéennes et d’un patrimoine humain qui les rend uniques au monde.

C’est pourquoi l’Italie a une grande place et une grande valeur dans nos cœurs. C’est aussi mentionné dans la Sainte Bible, dans les Épitres de Paul de Tarse, l’apôtre qui, au Ie siècle du christianisme, a établi avec saint Pierre le siège de l’Église chrétienne à Rome, ville où tous deux furent martyrs.

C’est à peu près la même année que l’apôtre saint Marc a établi le siège de l’Église chrétienne copte orthodoxe dans la ville d’Alexandrie.

L’Église copte orthodoxe et l’Église catholique sont étroitement liées. Elles ont toujours travaillé ensemble depuis les premiers conciles œcuméniques (en remontant au premier concile de Nicée, en 325, lorsque le « Credo de Nicée » a été formulé au IVe siècle, avec la contribution du courageux diacre Athanase, le plus jeune pape de l’Église copte et surnommé le « Protecteur de la foi »).

Le plus beau témoignage des relations solides qui unissent les deux Églises est la fondation de nos deux diocèses en Italie : Mgr Barnaba, à Turin, et Mgr Kiroulos, à Milan, qui sont les représentants officiels de l’Église copte orthodoxe et qui sont chargés de tout ce qui concerne les coptes, dont le nombre ne cesse d’augmenter. Tout le monde ici s’accorde à louer l’amour, la coopération féconde et le grand soutien apportés par l’Église catholique à l’Église égyptienne fondée dans votre beau pays.

L’Église catholique et l’Église copte ont toujours travaillé ensemble, au Moyen-Orient comme en Occident, pour faire prévaloir la paix. Pour l’une et l’autre, l’objectif le plus important est la promotion du dialogue œcuménique afin d’attendre le but le plus désiré, l’unité.

C’est pourquoi, pour la première fois dans l’histoire, j’ai tenu à participer personnellement à la cérémonie d’intronisation du patriarche de l’Église catholique en Égypte, le patriarche Ibrahim Isaac.

En février dernier, nous avons formé le Conseil des Églises en Égypte auquel participent toutes les Églises égyptiennes, en signe de notre solidarité et de notre amour fraternel.

Je suis fier de mon pays bien-aimé, l’Égypte, « la patrie qui vit au fond de nous », comme aimait le dire Sa Sainteté le pape Chenouda III, et je suis honoré et très heureux d’être ici, au Vatican. Bien que ce soit le plus petit pays du monde, c’est le plus important en raison de sa grande influence et de la sainteté de son service. Les Musées et la bibliothèque du Vatican possèdent des trésors artistiques exceptionnels  qui témoignent de l’excellence du génie humain au cours des siècles. Il est important, enfin, de relever le rôle fondamental que joue ce pays dans le domaine de l’éthique ainsi que ses efforts constants pour bâtir la paix sur la terre.

Je voudrais conclure en formant le vœu que les excellentes relations qui existent entre les Églises copte orthodoxe et catholique puissent se renforcer et prospérer. Travailler ensemble pour promouvoir le dialogue œcuménique et la paix sur la terre sera notre objectif commun. Que le Seigneur aide et soutienne Votre Sainteté dans Votre sainte mission !

J'espère pouvoir avoir bientôt l'honneur d'une visite de Votre Sainteté dans mon pays bien-aimé, l'Egypte. Une fois encore, l’Église copte tout entière, les communautés religieuses et le peuple égyptien expriment toute leur allégresse et leur grande joie à Votre Sainteté.

Enfin, je voudrais remercier Votre Sainteté pour Votre chaleureux accueil. Que la paix du Seigneur soit avec vous tous !

Au revoir, en Égypte !

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat