Corée du Sud: un évêque catholique sur un pylône électrique

Il réclame le règlement d'un conflit social

Rome, (Zenit.org) | 838 clics

Un évêque sud-coréen fait un coup de force médiatique et un exploit pour tenter de résoudre un conflit social, rapporte "Eglises d'Asie" (EDA), l'agence des missions étrangères de Paris.

Mgr Lee Yong-hun (Ri Iong-hoon), évêque catholique du diocèse de Suwon et président du Comité ‘Justice et Paix’ de l’épiscopat sud-coréen, est monté, en compagnie d’un de ses prêtres, sur la plateforme située à mi-hauteur d’un pylône supportant une ligne électrique à haute tension.

L’évêque ne montait pas pour un coup d’éclat, mais par sollicitude envers deux anciens employés – Han Sang-gyun, 52 ans, et Bok Gi-seong, 37 ans – du constructeur automobile Ssangyong Motors retranchés là depuis 126 jours. Mgr Lee avait pour but de les convaincre de descendre, les assurant que seule une issue négociée pouvait mettre fin au conflit social dans lequel ils sont impliqués et qui dure depuis quatre déjà.

A sa descente du pylône, Mgr Lee a déclaré être très inquiet pour la santé des deux hommes : « Après trois mois passés là-haut [au cœur du glacial hiver coréen], ils ne sont pas en bon état. Si un dialogue s’engage, ils ont promis de descendre. L’Eglise fera tout son possible pour y contribuer. »

Évoquant le conflit social de l’usine Ssangyong, l’évêque a ajouté : « Le moral des salariés, de leurs familles, des ex-employés est au plus bas. A ce jour, ce conflit social a causé la mort de 24 personnes et on ne peut accepter qu’il y ait de nouvelles victimes. La société doit s’impliquer pour lui trouver une issue. »

L’affaire de Ssangyong dure depuis avril 2009, lorsque le principal actionnaire chinois du constructeur automobile a refusé de réinvestir dans l’entreprise. La direction de l’usine de Pyongtaek avait alors annoncé le licenciement de 2 645 personnes, soit 37 % des effectifs, mesure qui a provoqué de lourds affrontements entre syndicats et police durant plusieurs mois.

Rachetée plus tard par le groupe indien Mahindra, l’usine a recommencé à tourner, mais, à l’exception de 455 anciens salariés placés en congé sans solde, les promesses de réintégration des employés licenciés – et notamment des syndicalistes – n’ont pas été tenues. Pour les ouvriers licenciés, le fait d’avoir été mis à la porte de Ssangyong a suffi à les placer, aux yeux de futurs éventuels employeurs, dans la catégorie des éléments perturbateurs et l’impossibilité de retrouver un travail a poussé 24 d’entre eux et de leurs proches au suicide.

Les religions ont déjà lancé des appels pour résoudre cette situation (cf. Zenit du 22 mai 2012).

Ce 25 mars, après la visite de Mgr Lee aux deux syndicalistes sur leur plateforme, l’évêque auxiliaire de Suwon, Mgr Lee Seong-hyo, a célébré une messe en plein air au pied du pylône, entouré de quelque 700 personnes. Les intentions de prière ont évoqué la nécessité de réintégrer les employés licenciés, de créer une réponse gouvernementale aux licenciements massifs, d’empêcher la judiciarisation des conflits sociaux et de mettre fin aux saisies frappant les biens des ex-salariés réduits à la pauvreté.

Le 31 mars prochain, pour le dimanche de Pâques, le pasteur Son Dal-ik, de l’Assemblée générale de l’Eglise presbytérienne de Corée, célébrera un service religieux à Séoul, à Daehanmun, devant le mémorial improvisé en mémoire des victimes du conflit Ssangyong.