Crise économique : priorité au travail, par Mgr Tomasi

Pas de redressement économique sans emplois

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Anne Kurian

ROME, vendredi 8 juin 2012 (ZENIT.org) – Le Saint-Siège plaide pour donner la priorité au travail, dans les efforts pour sortir de la crise économique, au cours de la 101e session de la Conférence internationale du Travail, à Genève.

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations-Unies à Genève, est intervenu hier, 7 juin 2012, dans le cadre de cette Conférence (30 mai - 14 juin 2012), à laquelle participent quelque 5.000 délégués des 185 Etats membres de l'Organisation internationale du travail.

La crise économique et financière a généré un « sentiment de frustration généralisé », constate Mgr Tomasi, car l’aspiration à un « travail décent » apparaît « inatteignable » pour de nombreuses personnes : la moitié des travailleurs du monde, rappelle-t-il, c’est-à-dire plus d’un milliard et demi de personnes, a un emploi précaire, et plus de 200 millions de personnes sont officiellement au chômage, parmi lesquelles 80 millions de jeunes.

Pour un redressement économique, il invite donc à une « nouvelle vision » et des « investissements stratégiques » pour « fournir de l’emploi » et « soutenir les entreprises », renouvelant l’appel à « mettre la personne au centre » pour mettre en œuvre un « véritable développement, qui soit intégral et durable ».

Orienter le développement vers l’emploi

Pour l’archevêque, le développement doit « être orienté vers l’emploi » : « durant la dernière décennie, dénonce-t-il, le monde de l’économie n’a pas été capable de créer assez d’opportunités d’emploi. »

Le chômage aujourd’hui, explique-t-il, provoque de « nouvelles formes de marginalisation économique » : « Etre sans travail ou dépendant de l’assistance privée ou publique, durant une période prolongée, est destructeur pour la liberté et la créativité de la personne, ainsi que pour ses relations familiales et sociales, causant de grandes souffrances psychologiques et spirituelles. »

La priorité donnée au travail, poursuit Mgr Tomasi, « montre que l’économie reste au service de l’homme et de la société à l’intérieur d’un horizon éthique qui garantit son propre rôle ».

Le travail, souligne-t-il, « est plus qu’un emploi » : il implique, en plus de se dépenser pour « atteindre de bon résultats », la capacité « d’accomplir une vocation personnelle ». En ce sens, « le travail exprime et renforce la dignité de l’homme ».

L’archevêque fait remarquer également que la « mobilité du travail », même si elle peut « stimuler la production de richesses et l’échange culturel », tend à « créer de nouvelles formes d’instabilité psychologique », soulevant des « difficultés à former des plans de vie cohérents, y compris par le mariage ».

Attention particulière aux jeunes

Dans cet effort pour donner la priorité à l’emploi, Mgr Tomasi invite à une attention particulière pour les jeunes : « le fait que le taux mondial de chômage des jeunes ait augmenté davantage que celui des adultes confirme que la jeunesse est plus vulnérable aux chocs économiques », déclare-t-il.

Le chômage des jeunes engage des « coûts sociaux et économiques lourds », à cause de la « perte d’opportunité de croissance économique », de « l’augmentation des coûts de l’aide sociale », de « l’inutilité des investissements dans la formation et l’éducation », et de la « possibilité d’instabilité et de conflits sociaux, avec criminalité et toxicomanie ».

Trop de jeunes, dénonce-t-il, sont « employés dans du travail au noir » tandis que ceux qui ont du travail officiel sont « employés dans des conditions incertaines et sous la pression constante de la sous-traitance », qui fait baisser les salaires, les empêchant de vivre une vie décente.

Protection sociale pour tous

Mgr Tomasi insiste par ailleurs sur la nécessité de « la protection sociale », notamment par « l’aide sociale » qui est « un droit pour tous », et par un « niveau de vie adéquat pour la santé et le bien-être » de chacun : il cite « des conditions de travail saines, la protection du salaire, des horaires de travail décents ».

Le marché mondial, poursuit-il, a poussé les pays riches à « rechercher des régions où externaliser la production à bas prix », pour « réduire le prix de nombreuses marchandises », « augmenter le pouvoir d’achat » et ainsi « accélérer le niveau de développement en termes de disponibilité des bien de consommation sur le marché domestique ».

Ces processus, constate l’archevêque, ont conduit au « dégraissage du système d’aide sociale comme prix à payer pour de meilleurs avantages compétitifs sur le marché mondial », avec pour conséquence « de graves dangers pour les droits des travailleurs, les droits humains fondamentaux et la solidarité ».

Pour Mgr Tomasi, les systèmes d’aide sociale peuvent ainsi « perdre leur capacité d’accomplir leur tâche, autant dans les pays émergents et les premiers développés, que dans les pays pauvres », et les polices budgétaires, qui « limitent les dépenses sociales, souvent sous la pression d’institutions financière institutionnelles », peuvent laisser les citoyens « sans défense ».

Cette impuissance est accrue par le « manque de protection efficace de la part d’associations de travailleurs », en partie parce que les gouvernements, pour des raisons « d’utilité économique », « limitent parfois la liberté ou la capacité de négociation des syndicats de travailleurs ».

Ainsi, « les syndicats « expérimentent une plus grande difficulté à représenter les intérêts des travailleurs », et « les traditionnels réseaux de solidarité ont de plus en plus d’obstacles à surmonter ».

Pour « reformer le système de sécurité sociale », l’archevêque invite à être attentif à la famille, en particulier pour soutenir la « responsabilité de ceux qui sont la source première de revenus pour leurs proches parents ».