Cuba : L’urgence de « former la conscience chrétienne »

Etre curé à Cuba aujourd’hui

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ROME, Vendredi 12 janvier 2007 (ZENIT.org) – L’urgence de « former la conscience chrétienne » à Cuba : c’est l’analyse du P. Josef Bocktenk, curé à Cuba, dans les colonnes de l’Aide à l’Eglise en Détresse (www.aed-france.org).



Une seule pensée a toujours conduit Josef Bocktenk : aller partout où on avait besoin de lui comme prêtre. À l’âge de 22 ans, il est parti au Chili, « parce que là-bas, il n’y avait pas assez de prêtres » comme il le souligne. C’était en 1969. Auparavant, il avait suivi une formation de boulanger dans sa Westphalie natale, en Allemagne, et passé le baccalauréat. Six ans après, Bocktenk était ordonné prêtre. En 1989, son évêque le fait muter de Santiago du Chili à Cuba, où il y a aussi une carence en prêtres. De façon inattendue, la République marxiste cubaine autorisait à nouveau l’entrée de prêtres dans le pays.

Aujourd’hui, le Père Josef Bocktenk a 59 ans. Depuis un an, il est curé de la paroisse Saint Ildefonse à Guane, une petite ville située au sud-ouest de la capitale de la province, Pinar del Rio, dans l’ouest de Cuba. Cette région est encore un territoire de mission, comme l’écrit le Père Josef dans une lettre adressée à l’Aide à l’Église en Détresse qui soutient son travail pastoral. « Jusqu’à il y a un an, la population rurale ignorait presque tout de l’Église, la plupart ne sachant même pas réciter le 'Notre Père' ».

Le prêtre est très reconnaissant pour le soutien qui lui est accordé. Il utilise l’argent entre autres pour la formation de ses catéchistes, l’organisation de rassemblements diocésains pour les jeunes, pour l’entretien de sa voiture qui est indispensable dans son travail, pour assurer une couverture médicale à tout le monde et pour distribuer de la nourriture aux pauvres et aux personnes âgées. Il écrit : « Ici, dans la mission, je ne peux pas demander de l’argent à la population, et encore moins à Cuba, un pays où la monnaie locale n’a pratiquement pas de valeur ».

Dans sa nouvelle paroisse, Josef Bocktenk a organisé des petites « communautés », ce sont de petits groupes au sein desquels les fidèles répartis dans cette grande paroisse se réunissent régulièrement pour prier ou pour célébrer la messe ensemble. A propos de ses catéchistes, le prêtre raconte l’anecdote suivante : « Ce matin j’ai rencontré par hasard l’un de mes futurs coopérateurs laïcs – j’espère du moins qu’il en fera bientôt partie. Très enthousiaste, il m’a dit que la petite salle où se tenait la réunion était pleine. J’espère que les autres connaîtront le même succès. »

Le Père Josef ne partage pas l’idée selon laquelle la sécurité matérielle et sociale de la population serait plus importante que le travail pastoral, et l’argent des bienfaiteurs devrait tout d’abord profiter aux activités sociales. Le Père rejette cette vision des choses, et témoigne de sa propre expérience : encore et toujours, les gens qu’il rencontre lui avouent leur joie et leur émotion de voir un prêtre, ce qui ne leur était alors qu’exceptionnellement, voire jamais arrivé. « Je demande alors à ces braves gens : où notre conscience sociale a-t-elle été formée ? Avons-nous oublié que c’est le Christ qui nous a incités à la développer ? Même si nous n’allons plus à l’Église, n’avons-nous pas appris, de nos parents ou de nos grands-parents, à compatir aux souffrances de notre prochain ? Et que faisons-nous ici, dans la mission ? Proclamer le Christ et former la conscience chrétienne - un travail qui demandera peut-être des générations - ou seulement nous contenter de faire des dons ?