Cuba : Rencontre historique entre les évêques et Raúl Castro

L’Eglise espère en un processus pour la libération des prisonniers politiques

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ROME, Lundi 24 mai 2010 (ZENIT.org) - Au cours d'une conférence de presse, le cardinal Jaime Ortega, archevêque de La Havane (Cuba) a présenté l'issue de la rencontre, qui avait eu lieu la veille, entre les représentants de l'Eglise et le président Raoul Castro. Une première du genre depuis que ce dernier remplace son frère Fidel à la tête du pays. Les résultats sont positifs et permettent d'espérer dans un processus « à petits pas » vers une éventuelle libération de prisonniers politiques.

La conférence de presse du cardinal Ortega a eu lieu à l'archevêché de La Havane, rapporte sa page web, en présence de représentants de la presse nationale et internationale accréditée à Cuba. 

Au cœur de la rencontre avec les journalistes : la rencontre, mercredi 19 mai, du cardinal Ortega et de l'archevêque de Santiago de Cuba et président de la conférence épiscopale, Mgr Dionisio García, avec le président Raúl Castro Ruz et Caridad Diego Bello, responsable du bureau chargé des questions religieuses au Comité central du parti communiste de Cuba.

Répondant aux questions des journalistes, informe l'archevêché, le cardinal Ortega a précisé que cette rencontre doit être comme un processus de « conversations ayant très bien commencé », portant sur des sujets d'ordre national, comme les Damas de Blanco (mères, filles ou épouses de prisonniers politiques), les prisonniers politiques ou de conscience (ou contre-révolutionnaires, comme les appelle le gouvernement cubain), vus dans leur ensemble, et « pas uniquement les malades », et qui doivent se poursuivre. 

« Il ne s'agit pas de conclusions débouchant sur des dates concrètes (...) mais le sujet est traité de façon sérieuse », a-t-il indiqué.  

Au plan historique, a commenté l'archevêque de La Havane, l'Eglise catholique à Cuba a eu une attitude de distance due à des heurts et des difficultés historiques que tous connaissent, mais à cette occasion le premier souci de la rencontre de mercredi était de « soutenir l'action médiatrice de l'Eglise » et d'« affermir » son rôle d'interlocuteur, dépassant les vieilles rancœurs pour marcher sur de nouvelles voies ». 

Le cardinal a précisé, par la même occasion, que l'entretien ne s'insérait en aucune façon dans une relation Eglise-Etat vue comme une « alliance stratégique », ce style de phrase étant militaire ou politique : l'Eglise doit agir dans la société à partir de la liberté religieuse garantie par la Constitution en vigueur, mais jamais « sous le profil d'une alliance ». D'où l'importance de cette rencontre, qui dépasse les veilles conceptions pour entrer dans celle qui relève de la nature propre de l'Eglise et de sa mission dans la société.

Par ailleurs, le cardinal Ortega a rappelé que deux prêtres, faisant partie de l'action médiatrice de l'Eglise, Mgr Ramón Suárez Polcari et Mgr José Félix Pérez, ont à deux reprises rendu visite à Guillermo Fariñas (comme d'autres prêtres et l'évêque local) et qu'ils sont allés lui demander de mettre un terme à sa grève de la faim, de manière humaine et religieuse, et d'avoir plus confiance en l'action de l'Eglise, car certaines de ses revendications pourraient être obtenues. 

Le cardinal Ortega a ensuite réaffirmé le caractère inédit et diffèrent du dialogue entrepris avec les autorités cubaines, dans le sens où celui-ci « ouvre une nouvelle période », surtout si l'on tient compte du fait que la rencontre a eu lieu non pour parler des problèmes de l'Eglise, mais pour parler de Cuba, de la situation actuelle et de l'avenir. « Et il en a été ainsi pendant plus de quatre heures », a-t-il souligné.

Ces conversations, affirme l'archevêché, entrent donc « dans le cadre de la position commune de conciliation et de médiation de l'Eglise catholique, indépendamment des époques et des pays, consciente, comme l'a rappelé récemment le cardinal Jaime Ortega en citant le pape Paul VI, que le 'dialogue est le nouveau nom de la paix' ». 

Concernant le sujet principal de la réunion, les prisonniers politiques, Mgr Dionisio García a déclaré à l'AFP : « Nous avons discuté de ce sujet et je crois que de la part des deux parties il y a une disponibilité, un souhait de déboucher sur une solution et nous espérons qu'il en soit ainsi. Je crois qu'il en sera ainsi ». Interrogé sur une éventuelle libération de prisonniers politiques, l'archevêque de Santiago de Cuba a affirmé « croire que cela sera le fruit d'un processus et qu'un processus doit commencer par des petits pas et ces pas se feront ».

Selon les divers commentaires de la presse, la rencontre entre l'Eglise cubaine et Raoul Castro renforce non seulement le rôle de l'Eglise comme éventuelle médiatrice dans la recherche de solutions au problème des prisonniers politiques et autres conflits, mais suscite aussi l'espoir d'une éventuelle libération de prisonniers politiques malades parmi certains groupes de la dissidence à l'intérieur de l'île, comme les Damas de Blanco, proches parents d'opposants arrêtés lors du « Printemps noir » de 2003.

La rencontre précède la visite que le secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les Etats, Mgr Dominique Mamberti, doit effectuer du 16 au 20 juin, à l'occasion de la Xème Semaine sociale de l'Église catholique. Durant son séjour à Cuba, Mgr Mamberti rencontrera les autorités du gouvernement Castro et présidera les célébrations du 75ème anniversaire des relations entre le Saint-Siège et cette nation des Caraïbes. 

Les relations entre le Saint-Siège et le régime castriste se sont améliorées après la visite de Jean Paul II à Cuba en 1998, marquée par une rencontre historique avec le chef de l'Etat, Fidel Castro.  

Nieves San Martín