« Culture de Paix », intervention du card. Tauran à l’ONU

« Faisons de la fraternité plus qu’un idéal, une réalité ! »

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ROME, Jeudi 13 novembre  2008 (ZENIT.org) - « Faisons de la fraternité plus qu'un idéal, une réalité ! », demande le cardinal Tauran à l'ONU.

Le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, est intervenu sur le thème de la « Culture de paix » (Point 45), lors de la 63e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, à New York, mercredi 12 novembre 2008.

Monsieur le Président,

Je m'associe volontiers à tous ceux qui m'ont précédé à cette tribune, pour exprimer, au nom de ma Délégation, la plus vive gratitude pour la qualité de l'accueil qui nous est réservé.

J'ai le privilège de vous transmettre les encouragements cordiaux du pape Benoît XVI, pour qui « la culture de la paix » est une nécessité, comme en témoigne son magistère. Il a eu l'occasion de vous dire également, ici même, l'estime en laquelle il tient les activités de l'ONU.

Comment ne pas rappeler aujourd'hui, en effet, en raison même de l'occasion qui nous rassemble - « la culture de la paix » - que l'ONU, de par sa nature et sa mission, devrait être une école de la paix ! Ici, en effet, on devrait apprendre à toujours penser et à agir en tenant compte des aspirations et des intérêts légitimes de tous. Ici, tous les pays membres sont égaux en dignité et les échanges quotidiens comme les grandes décisions peuvent faire grandir le sentiment d'appartenir à une même famille. En vous efforçant de surmonter la simple logique des rapports de force pour laisser place à la force du droit et à la sagesse des peuples, vous devenez des « artisans de Paix » !

Dans cette tâche si exigeante, vous le savez, Mesdames et Messieurs, les croyants et leurs communautés ont leur place et un rôle à tenir. Les religions, en dépit des faiblesses et des contradictions de leurs adeptes, sont messagères de réconciliation et de paix.

Dans leurs familles, leurs écoles comme dans leurs lieux de culte respectifs, les croyants qui prient, pratiquent la solidarité et encouragent toutes les initiatives qui contribuent à la sauvegarde de la personne et de la terre, enseignent aussi le langage et les gestes de paix. Ils s'efforcent d'écouter, de comprendre, de respecter l'autre, de lui faire confiance avant de le juger. Autant d'attitudes qui éduquent et ouvrent un espace à la paix.

Nous, croyants, désirons offrir à tous ce patrimoine de valeurs et d'attitudes, parce que nous sommes convaincus que « la paix est mise en question par l'indifférence pour ce qui constitue la véritable nature de l'homme » (Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de prière pour la paix, 1er janvier 2007).

Chaque semaine, des millions de croyants se réunissent dans leurs synagogues, leurs églises, leurs mosquées et autres lieux de culte pour prier. Ils y font l'expérience de la fraternité. Ils y réalisent l'unité dans la diversité. Ils rappellent à tous que « l'homme ne vit pas seulement de pain » ! C'est ce « savoir-faire » que nous désirons mettre à la dispositions de tous. En invitant à l'intériorité, à l'harmonie entre soi-même, les autres et la création, les religions donnent sens à l'aventure humaine.

Pour cela, il faut en tout premier lieu, bien sûr, que les croyants soient cohérents et crédibles. Ils ne peuvent utiliser la religion pour brimer la liberté de conscience, pour justifier la violence, pour répandre la haine et le fanatisme ou pour saper l'autonomie du politique et du religieux.

D'autre part, participant au dialogue public dans les sociétés dont ils sont membres, les croyants se sentent appelés à coopérer à la promotion du bien commun qui repose sur un socle de valeurs communes à trous, croyants ou non : sacralité de la vie, dignité de la personne humaine, respect de la liberté de conscience et de religion, attachement à la liberté responsable, accueil des opinions dans leur diversité, juste usage de la raison, appréciation de la vie démocratique, attention aux ressources naturelles, pour n'en citer que quelques unes.

En juillet dernier, lors de la Conférence de Madrid, les participants, appartenant à diverses religions, ont affirmé, dans la Déclaration finale, que le « dialogue est une réalité essentielle de la vie. C'est un moyen important pour faire que les peuples parviennent à se rencontrer, pour renforcer leur coopération... pour rechercher la vérité, contribuant ainsi au bonheur de l'humanité ». C'est ce dialogue que nous pratiquons ici, ces jours-ci !

En terminant, Monsieur le Président, je voudrais parler maintenant au nom de l'Eglise catholique, pour assurer la communauté internationale de la volonté de ses pasteurs comme de ses fidèles de continuer à offrir à tous leurs frères et sœurs en humanité un esprit, celui de la fraternité, une force, celle de la prière, une espérance, celle qu'offre le Christ qui « a détruit le mur de la haine qui séparait les frères ennemis » (Ep 2,14). Telles sont les valeurs qui inspirent notre action sur le terrain, là où l'homme souffre et espère.

Puissions nous, tous ensemble, sans renoncer à nos spécificités culturelles et religieuses, tracer la voie à un monde plus sûr et plus solidaire ! Allons au-delà de la simple tolérance et des compromis incertains ! Faisons de la fraternité plus qu'un idéal, une réalité !