Curie romaine: de vrais saints y travaillent

Propos prêtés au pape par un site chilien

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 1251 clics

Le  P. Lombardi ne commente pas les propos privés du pape François rapportés par des religieux d'Amérique latine, selon lesquels il affirmerait la sainteté de ses collaborateurs, le mal que constitue l'avortement, mais surtout les "intérêts" qui se cachent derrière. Le pape y dirait aussi sa préoccupation devant l'existence de deux courants: un courant pélagien et un courant gnostique panthéiste dans l'Eglise. Et puis l'existence d'un "lobby gay" aussi dans l'Eglise.

Le pape François a eu une rencontre d'ordre privé, d'environ une heure, avec des religieux d'Amérique latine, jeudi dernier, 6 juin, au Vatican: une audience avec des représentants de la Confédération latino-américaine et des Caraïbes de religieux et religieuses (CLAR). Des passages de la conversation avec le pape ont été publiés en ligne sur le site catholique chilien "Reflexion y Liberacion".

Mais le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, a, selon les termes de Radio Vatican, "refusé de commenter la rencontre la semaine dernière entre le pape François et les membres de la présidence de la CLAR, la Confédération des religieux et religieuses d’Amérique latine et des Caraïbes. Cette rencontre a eu un vaste écho particulièrement dans la presse chilienne. Le père Federico Lombardi a indiqué aux journalistes qu’il s’était agi d’une rencontre à caractère privé dont la teneur n’est donc pas publique".

La sainteté à la curie

Un seul passage a retenu l'attention de la toile: l'existence d'un "lobby gay". Mais, les religieux font tenir au pape des propos bien plus éclatants. Le pape, selon les propos rapportés, affirme qu'il y a des saints parmi ses collaborateurs… en forçant les choses, le pape les "canonise" en quelque sorte de leur vivant. Le pape émérite Benoît XVI a lui-même fait l'éloge de ses collaborateurs de la curie, leur exprimant sa gratitude, par exemple, le 24 février dernier (cf. http://www.zenit.org/fr/articles/gratitude-de-benoit-xvi-envers-ses-collaborateurs-de-la-curie). Mais, de mémoire de vaticaniste, on n'a jamais entendu, ces dernières années, une affirmation aussi forte que celle du pape François, jésuite, expert en discernement des esprits: "A la curie, il y a des saints ("gente santa"), vraiment ("de verdad"), il y a des saints". On ne peut que s'émerveiller d'une telle affirmation, répétée, et s'étonner aussi qu'elle ne frappe pas les opinions.

La plupart des sites qui font allusion à ce compte-rendu citent le passage suivant, où le pape ajoute qu'il y a aussi de la "corruption" dans l'Eglise: et ce n'est pas un "scoop", le pape a plusieurs fois dénoncé cette corruption, notamment lors de la messe du matin à Sainte-Marthe (cf. par exemple, lors de la messe du 3 juin, http://www.zenit.org/fr/articles/la-corruption-dans-l-eglise). On a peut-être déjà oublié ce que disait le pape Benoît XVI, alors encore cardinal Joseph Ratzinger, dans les méditations du Chemin de croix, pour le Vendredi Saint 2005 au Colisée: il dénonçait la "saleté" dans l'Eglise. Et il s'est employé pendant huit ans à la purifier...

Le site chilien explique le climat fraternel de la rencontre et l'invitation que le pape François leur a faite à "courir des risques" pour l'Evangile, comme il le disait, samedi dernier, 8 juin, aux jeunes de spiritualité ignatienne. Il disent en introduction: "Dans un climat de confiance et de simplicité, François a invité les responsables de la CLAR à ne pas avoir peur de continuer à accomplir leur mission aux limites et aux frontières: 'Courage, avancez vers de nouveaux horizons! N'ayez pas peur de courir des risques pour les pauvres et les nouveaux sujets émergents sur le continent'. " Il a remercié les religieux, ajoute la même source, pour la vie religieuse comme "signe et témoin de l'Evangile". Le site annonce ensuite la publication de sa "brève synthèse" de cette "rencontre historique".

Ce qui se cache derrière l'avortement

A propos de son élection, le site affirme que le pape a déclaré : "A aucun moment je n'ai perdu la paix". Et pour ce qui est de son choix de vivre à Sainte-Marthe: "Je n'avais pas de plan. Je l'ai fait parce que je sentais que le Seigneur le voulait."  Sur le conclave: "Je n'avais aucune possibilité. Dans les paris de Londres, j'étais 44e : imaginez-vous! Celui qui a parié sur moi a gagné beaucoup! Cela ne vient pas de moi".

Pour ce qui est de l'action de l'Eglise, il a repris cet exemple d'une personne âgée qui meurt de froid une nuit à Rome à la station de métro Ottaviano ou celui des enfants sans éducation, qui ont faim, citant aussi l'Argentine, alors que les bourses du monde baissent de quelques points: voilà "l'événement mondial". Le pape invite à "renverser" les valeurs, a prendre un "virage": "Les ordinateurs ne sont pas faits à l'image et à la ressemblance de Dieu! Ce sont des instruments, mais rien de plus. L'argent n'est pas image et ressemblance de Dieu. Seule la personne est image et ressemblance de Dieu. Il faut prendre un tournant. Voilà l'Evangile".

Le site transcrit aussi un passage où le pape dénonce l'avortement comme un "mal", mais aussi les intérêts en jeu dans une loi sur l'avortement: "Il faut aller aux causes, aux racines. L'avortement est un mal. Cela, c'est clair. Mais quels intérêts y a-t-il derrière l'approbation de cette loi, qu'est-ce qu'il y a derrière ? Parfois ce sont des conditions que les grands groupes imposent pour l'apport d'un soutien financier, vous le savez n'est-ce pas? Il faut aller aux causes, on ne peut pas en rester aux symptômes. N'ayez pas peur de dénoncer: ça va aller mal pour vous, vous allez avoir des problèmes; mais n'ayez pas peur de dénoncer, c'est la prophétie de la vie religieuse", dit le pape jésuite, toujours selon cette source en ligne.

La plaie du pélagianisme

Plusieurs fois, le pape a parlé de la plaie du pélagianisme aujourd'hui: une hérésie du moine Pélage (v. 350-v. 420) que le pape a déjà diagnostiquée lors de la messe chrismale du Jeudi Saint, le 28 mars (cf. Zenit , http://www.zenit.org/fr/articles/messe-chrismale-homelie-du-pape-francois): une forme de volontarisme qui croit que le salut est au bout des efforts humains, au lieu de comprendre que le salut est un don obtenu par le sacrifice du Christ et donné par Dieu, dans lequel l'homme est invité à entrer, librement. Le pape disait alors que cette conception hérétique fait perdre le sens de "l'onction", du primat de la grâce, puisque l'on s'appuie sur ses propres forces.

En effet, le pape leur aurait fait part, toujours selon les religieux, de deux "préoccupations": "L'une, c'est le courant pélagien dans l'Eglise. Il y a certains groupes "restaurateurs". J'en connais certains, je les ai reçus à Buenos Aires. On sent que c'est comme revenir soixante ans en arrière! Avant le Concile… On se sent en 1940…"

La seconde préoccupation c'est le "courant gnostique", "panthéiste": "Les deux courants sont des courants d'élites, mais d'une élite mal formée. J'ai su qu'une supérieure générale invitait les soeurs de sa congrégation à ne pas prier le matin, mais à prendre un bain spirituel dans le cosmos, des choses de ce genre… Ils me préoccupent parce qu'ils enjambent l'incarnation. Or, le Fils de Dieu a pris notre chair, le Verbe s'est fait chair! Qu'est-ce qu'on fait avec les pauvres, les souffrants? Voilà notre chair! (…) L'Evangile n'est ni une règle ancienne ni ce panthéisme. Si vous regardez les banlieues, les indigents, les drogués, la traite des personnes… là est l'Evangile, les pauvres sont l'Evangile".

Pour ce qui est de la curie romaine, le pape aurait aussi évoqué la réforme en soulignant tout d'abord la sainteté de ses collaborateurs: "A la curie, il y a des saints ("gente santa"), vraiment ("de verdad"), il y a des saints". Puis il a reconnu, comme il le dénonce dans ses homélies, l'existence d'un "courant de corruption". Puis il ajoute, toujours selon les propos privés rapportés: "On parle d'un "lobby gay", c'est vrai. Il faut voir ce que l'on peut faire". Un "lobby" dont il a été question uniquement dans la presse au moment du passage de témoin entre le pape émérite et le pape François.

"La réforme de la curie, continue le pape selon le site chilien, est quelque chose que quasi tous les cardinaux ont demandé lors des congrégations préparatoires au conclave. Moi aussi je l'ai demandée. Mais ce n'est pas moi qui peux la faire, ce sont des questions de gestion… Je suis très désorganisé. Je n'ai jamais été bon là-dedans. Mais les cardinaux de la commission vont la faire avancer". Il cite les dons d'organisateurs de cardinaux comme Oscar Rodríguez Maradiaga (Honduras), coordinateur du groupe de 8 cardinaux choisis en avril dernier par le pape, mais aussi Francisco Errázuriz Ossa (Chili) et Reinhard Marx (Allemagne).

La communion avec les évêques 

Pour ce qui est du mouvement de la nouvelle évangélisation lancée à Aparecida par les évêques d'Amérique latine, le pape a souligné qu' "Aparecida n'est pas fini. Aparecida n'est pas un document. C'est un événement (…). Aparecida a lancé la mission continentale. C'est là que s'achève Aparecida, par l'élan pour la mission".

Aparecida est un sanctuaire marial et chaque jour 250 personnes venaient participer à la messe en dépit de leur travail et en fin de semaine le sanctuaire était comble: "le peuple de Dieu accompagnait les évêques en demandant l'Esprit Saint", rapporte la même source. 

Enfin, le pape aurait confié aux religieux sa préoccupation pour les communautés religieuses âgées et qui n'ont plus de vocations, et il aurait demandé à la CLAR de s'occuper d'elles et de réfléchir aussi au rapport à l'argent, aux édifices. Il les a invités à "profiter" de ce moment de "soleil" avec le préfet actuel de la Congrégation romaine pour la vie consacrée - le card. João Bráz de Aviz (Brésil) - et le secrétaire - Mgr José Rodríguez Carballo (Franciscain espagnol) -. Et aussi à s'engager dans le dialogue avec les évêques, avec le CELAM, les conférences épiscopales nationales. Et à "parler" avec qui aurait une idée différente de la communion…