« Dan Brown, les coulisses d’une fiction », un livre publié par les Editions CLD

« Ou » Da Vinci Code, une fiction qui rechigne à se reconnaître comme telle

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ROME, Mercredi 10 mai 2006 (ZENIT.org) – A la veille de la sortie mondiale du film tiré du thriller du romancier américain Dan Brown, les Editions CLD publient « Da Vinci Code, les coulisses d’une fiction » (sortie en librairie le jeudi 11 mai). Enquête sur un phénomène mondial et sur une fiction qui refuse de s’avouer telle ! Entretien avec l’éditeur, Jean-Yves Riou (« Da Vinci Code, les coulisses d’une fiction », Editions CLD, 200 pages, 17 euros en librairie le 11 mai).



Zenit : Encore un livre sur Dan Brown ?

Jean-Yves Riou (CLD) : C’est la question que tout le monde nous pose et mais qui ne nous inquiète pas. Oui, encore un livre sur Dan Brown parce que bien des choses restent encore à écrire et à dire sur le phénomène éditorial Dan Brown et parce qu’une mise en perspective décontractée intéresse aujourd’hui beaucoup de monde. Il est temps de s’intéresser au phénomène dans son ensemble et de chercher à en prendre la vraie mesure. Nous offrons un travail d’analyse et de synthèse historique et littéraire, très facile à lire et qui comble une lacune de l’offre éditoriale. De plus, à la fin de l’ouvrage nous avons regroupé les questions que posent souvent les lecteurs désemparés ou inquiets de ce qu’ils lisent ou entendent. Par exemple : « L’Église catholique a-t-elle pu « trafiquer » les évangiles ? », « Les évangiles apocryphes bouleversent-ils la vision traditionnelle de l’Église ? », « Les manuscrits trouvés à Qûmran ou à Nag Hammadi remettent-ils en cause ce que savons du christianisme ? », « Etait-il indispensable que Jésus, en bon juif, soit marié ? », « L’évangile apocryphe de Philippe affirme que Jésus et Marie-Madeleine s’embrassaient sur la bouche. Cela prouve-t-il qu’ils avaient des rapports sexuels ? » etc. Nous offrons ainsi les principaux éléments de réponse disponibles aujourd’hui sur ces questions après tout légitimes.
Cet ouvrage est destiné à tous les publics, adultes mais aussi grands adolescents, ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas Da Vinci Code ou Anges & Démons. Ils y trouveront matière à prolonger éventuellement leur plaisir mais surtout leur… réflexion.

Zenit : Comment avez-vous procédé ?

Jean-Yves Riou : Nous sommes partis de l’idée, qui se vérifie un peu plus chaque jour, que le phénomène n’était pas près de s’arrêter, et même, qu’il allait encore prendre de l’ampleur avec la sortie du film le 17 mai. Nous pensons, aussi, que la grande majorité des livres qui ont accompagné la sortie du Da Vinci Code ont largement contribué à conforter le phénomène et, sous prétexte de décoder Da Vinci Code ou Anges & Démons, ils ont surtout contribué à encoder une vision du monde : pour ou contre l’Eglise catholique ? Nous consacrons un chapitre du livre à ces publications.

Zenit : Pour ou contre l’Eglise catholique ?

Jean-Yves Riou : Contrairement à ce que l’on dit souvent, les livres de Dan Brown ne sont pas une charge en règle contre l’Église catholique. Par contre, les critiques se durcissent avec les livres périphériques et les échanges sur Internet. L’Église catholique c’est la collusion avec le pouvoir : le christianisme avait déjà mal démarré avec l’intervention de saint Paul. Il prend son pire tournant avec l’autocrate Constantin, empereur romain en mal de légitimité, en qui il faut voir le véritable « inventeur » du christianisme. Depuis lors, l’Église s’est compromise jusqu’à la prostitution avec le pouvoir et encore aujourd’hui le Vatican exerce un pouvoir temporel absolu sur ses « sujets ». Vous remarquerez, c’est une boutade, que cette ecclésiologie est très ante-conciliaire…
A l’inverse dans les livres de Dan Brown, l’Eglise catholique sort toujours blanchie du roman : un nouveau pape, tolérant et humaniste, succède au pape défunt (assassiné) dans Anges & Démons, et si la Curie du Da Vinci Code trempe dans les manœuvres destinées à retrouver le Graal, elle pèche par ignorance, à l’instar, finalement, du prélat de l’Opus Dei, manipulé par un historien fou. C’est la médiocrité et l’individualisme qui expliquent in fine les meurtres et l’implication de certains ecclésiastiques ne remet pas en cause l’existence de l’Église catholique. L’opposition entre ces deux images de l’Église catholique n’est qu’apparente pour ceux qui sont familiers des œuvres de fiction produites outre-Atlantique. Nous expliquons cela aussi dans les premiers chapitres du livre en replaçant Dan Brown dans son contexte américain.
En fait, le romancier utilise le christianisme comme un immense réservoir de symboles, de noms et d’histoires. Il surfe aussi sur l’air du temps par exemple sur les théories féministes américaines autour du féminin sacré (que nous abordons), sur des courants critiques et marginaux du christianisme à l’exégèse farfelue. Son cocktail est très « tendance » et surtout sans légitimité scientifique. Quant à ses sources, elles tournent en rond et puisent toutes à un même livre (« L’Enigme sacrée », ndlr) qui est lui-même une fiction sans aucune référence ou légitimité historique.

Zenit : Mais que reprochez-vous à Dan Brown ?

Jean-Yves Riou : En premier lieu son ambiguïté. Si l’on désire produire un roman historique, par exemple ceux d’Umberto Eco, on s’appuie sur des recherches sérieuses pas sur des sources de secondes mains complètement biaisées.
Brown ne le fait pas. C’est son choix et son droit, mais il devrait convenir alors que ses romans ne sont pas des romans historiques mais de simples fictions.
Il ne le fait pas non plus, bien au contraire. Et c’est là toute l’ambiguïté de ses livres – surtout le Da Vinci Code – car ce mélange permanent de fausses informations appuyées sur des faits authentiques finit par tromper les lecteurs. C’est aussi la preuve d’un grand mépris pour le monde des chercheurs, voire pour ses lecteurs. En résumé : les livres de Dan Brown sont des fictions qui rechignent à se reconnaître comme telles. Nous consacrons tout un chapitre sur les enjeux de l’écriture romanesque et sur l’écriture de l’histoire .
On peut lui reprocher aussi le caractère nauséabond de certaines de ses sources et d’apporter de l’eau au moulin d’une vision du monde simpliste et antidémocratique à base de complots. Enfin et surtout, de donner une vision assez nulle du christianisme et, il ne faut pas s’y tromper, une vision tout aussi nulle de l’ésotérisme qui ne méritait peut-être pas ça non plus, même si c’est moins grave.

Zenit : Mais comment expliquer alors le crédit apporté par tant de lecteurs aux thèses du livre ?

Jean-Yves Riou : Des explications, on peut en trouver beaucoup et je vous renvoie à notre livre qui développe de très bons passages là-dessus, notamment sur le séduisant et le véridique dans une société médiatique. Mais, spontanément, deux remarques me viennent à l’esprit. La première : ceux qui croient que les thèses avancées par Dan Brown sont fondées, croient simplement parce qu’ils ont envie de croire. Exemple : le traducteur du Da Vinci Code en français, dans une interview donnée à Radio Canada explique : « Dans un tel manuscrit, on se rend vite compte des recherches à faire. Il a fallu par exemple faire un travail de recherche sur Paris, les choses n'étaient pas toujours exactes, et aussi en ce qui concerne tout l'aspect des sociétés secrètes. » Bref, le traducteur a été obligé de corriger les erreurs de l’auteur qui risquaient de sauter aux yeux des lecteurs français.
Mais le traducteur ajoute cependant qu’il a trouvé passionnantes certaines des thèses avancées par Dan Brown comme « l'histoire de Jésus et Marie-Madeleine. Il est clair que dans l'Église il y a eu une tentative de passer sous silence certains événements de la religion. »
Pas un seul instant, « notre » traducteur imagine que les faits historiques et religieux abordés dans le roman puissent connaître la même mésaventure que celle survenue aux faits concrets qu’il a lui-même traités et corrigés.
Pas un seul instant, il imagine que ceux qui ont passé leur vie à étudier l’histoire en général et l’histoire du christianisme en particulier (l’origine des évangiles, la naissance du christianisme, les croisades, les Templiers, etc.) pourraient prendre Dan Brown en flagrant délit d’imprécision, d’erreur ou, plus simplement, d’affabulation.
En sens inverse, il nous semble que Dan Brown pose au moins indirectement de bonnes questions qui peuvent intéresser un large public. Ainsi, par exemple, la place de la femme et le rôle de la sexualité dans nos sociétés occidentales modelées par le christianisme ou l’intérêt, à mon avis crucial, pour l’histoire de l’art. Si c’est le cas, je veux dire, si Da Vinci Code contribue à la redécouverte des fondements de notre culture, son succès deviendra une bonne nouvelle.

Zenit : Si on vous dit, pour ou contre le Da Vinci Code ?

Jean-Yves Riou : Je réponds que c’est un faux débat encouragé par l’auteur lui-même. On peut apprécier le thriller et on pourra aimer le film, mais sans jamais perdre du vue que Da Vinci Code ou Anges & Démons sont de pures fictions reposant sur du vent…
Inversement, l’engouement actuel est aussi une formidable occasion d’échanger sur des sujets extrêmement sérieux, cela m’arrive presque tous les jours, dans le train, avec la levée du courrier, au travail, etc.
La grande majorité des personnes rencontrées sont poussées par le désir de comprendre et de connaître. Ne sommes-nous pas devant une formidable occasion pour essayer de faire mieux comprendre et aimer le christianisme ? Aux chrétiens de se mobiliser. C’est d’ailleurs ce qu’ils font et c’est assez formidable de voir toutes les initiatives qui sont en train de naître généralement dans un esprit de dialogue car une opposition frontale n’aurait aucun sens et serait vouée à l’échec.

Zenit : Pouvez-vous nous présenter vos auteurs ?

Jean-Yves Riou : Avec plaisir. Paul Airiau et Régis Burnet, ont le même âge, trente-trois ans. Ils sont pleinement de leur temps, ne détestent pas la lecture d’un bon thriller, aiment bien Audrey Tautou, Jean Reno et l’excellent Tom Hanks.
Paul Airiau est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, agrégé et docteur en histoire. Régis Burnet est ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé de lettres et docteur de l'Ecole pratique des hautes études. Un historien et un spécialiste de littérature et d’exégèse ne forment-ils pas un binôme complémentaire pour décortiquer des romans qui s’appuient sur l’histoire ?
A tous les deux, ils ont déjà publié plus d’une dizaine de livres, sans compter « Da Vinci Code, les coulisses d’une fiction », et ils savent se mettre à la portée du grand public.