Dans l'Eglise, tout homme doit se sentir accueilli

Catéchèse du 12 juin 2013

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1283 clics

Le pape a souhaité « que l’Église soit le lieu de la miséricorde et de l’espérance de Dieu », où chacun puisse « se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la vie bonne de l’Évangile », ce 12 juin 2013, lors de l’audience générale place Saint-Pierre, en présence de plus de 70.000 personnes.

« Et pour que l’autre se sente accueilli, aimé, pardonné, encouragé, a-t-il ajouté, l’Église doit laisser les portes ouvertes pour que tous puissent entrer ».

Le pape s’est aussi arrêté sur la signification du « Peuple de Dieu », un peuple dont la loi est celle « de l’amour, l’amour de Dieu et l’amour du prochain ».

« Je voudrais dire à celui qui se sent loin de Dieu et de l’Église, à celui qui a peur ou qui est indifférent, à celui qui pense qu’il ne peut plus changer : le Seigneur t’appelle toi aussi à faire partie de son peuple et il le fait avec beaucoup de respect et d’amour », a-t-il déclaré, rappelant que la bonne nouvelle s’adresse à tous : « Jésus ne dit pas aux apôtres et à nous de former un groupe exclusif, un groupe d’élite ».

Catéchèse du pape François en italien

Chers frères et sœurs, bonjour. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter brièvement sur un autre des termes par lesquels le concile Vatican II a défini l’Église, celui de « Peuple de Dieu » (cf. Const. dogm. Lumen gentium, 9 ; Catéchisme de l’Église catholique, 782). Et je le fais avec quelques questions sur lesquelles chacun pourra réfléchir.

1 Que veut dire être le « Peuple de Dieu » ? Cela veut dire, avant tout, que Dieu n’appartient à aucun peuple de manière propre ; parce que c’est lui qui nous appelle, nous convoque, nous invite à faire partie de son peuple, et cette invitation s’adresse à tous, sans distinction, parce que la miséricorde de Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2,4). Jésus ne dit pas aux apôtres et à nous de former un groupe exclusif, un groupe d’élite. Jésus dit : allez et de tous les peuples faites des disciples (cf. Mt 28,19). Saint Paul affirme que dans le peuple de Dieu, dans l’Église, « il n’y a plus ni juif ni grec… car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). Je voudrais dire aussi à celui qui se sent loin de Dieu et de l’Église, à celui qui a peur ou qui est indifférent, à celui qui pense qu’il ne peut plus changer : le Seigneur t’appelle toi aussi à faire partie de son peuple et il le fait avec beaucoup de respect et d’amour ! Il nous invite à faire partie de ce peuple, le peuple de Dieu.

2 Comment devient-on membre de ce peuple ? Pas à travers la naissance physique, mais à travers une nouvelle naissance. Dans l’Évangile, Jésus dit à Nicodème qu’il faut naître d’en-haut, de l’eau et de l’Esprit pour entrer dans le Royaume de Dieu (cf. Jn 3,3-5). C’est à travers le baptême que nous sommes introduits dans ce peuple, à travers la foi dans le Christ, don de Dieu que nous devons nourrir et faire grandir tout au long de notre vie. Demandons-nous ceci : comment est-ce que je fais grandir la foi que j’ai reçue au baptême ? Comment est-ce que je fais grandir cette foi que j’ai reçue et que le peuple de Dieu possède ?

3 Une autre question. Quelle est la loi du peuple de Dieu ? C’est la loi de l’amour, l’amour de Dieu et l’amour du prochain, selon le commandement nouveau que le Seigneur nous a donné (cf. Jn 13,34). Un amour, cependant, qui n’est pas un sentimentalisme stérile ou quelque chose de vague, mais qui consiste à reconnaître Dieu comme l’unique Seigneur de la vie et en même temps à accueillir l’autre comme un véritable frère, en dépassant les divisions, les rivalités, les incompréhensions, les égoïsmes ; les deux vont ensemble. Quel chemin nous reste-t-il encore à faire pour vivre concrètement cette loi nouvelle, celle de l’Esprit-Saint qui agit en nous, celle de la charité, de l’amour !

Lorsque nous regardons les journaux ou la télévision, il y a tant de guerres entre chrétiens ; mais comment est-ce possible ? Au sein du peuple de Dieu, que de guerres ! Dans les quartiers, sur les lieux de travail, que de guerres d’envie, de jalousie ! Même dans les familles, que de guerres internes ! Nous devons demander au Seigneur de nous faire bien comprendre cette loi de l’amour. Comme il est beau de nous aimer les uns les autres en véritables frères. Que c’est beau ! Faisons quelque chose aujourd’hui. Nous avons sans doute tous des sympathies et des antipathies ; peut-être que beaucoup d’entre nous sont un peu en colère contre quelqu’un ; alors disons au Seigneur : Seigneur, je suis en colère contre untel ou unetelle ; je te prie pour lui et pour elle. Prier pour ceux contre qui nous sommes en colère est un beau pas en avant dans cette loi de l’amour. Faisons-le aujourd’hui !

4 Quelle est la mission de ce peuple ? C’est de porter au monde l’espérance et le salut de Dieu, d’être le signe de l’amour de Dieu qui appelle tous les hommes à l’amitié avec lui ; être le ferment qui fait lever toute la pâte, le sel qui donne du goût et préserve de la corruption, la lumière qui éclaire. Autour de nous, il suffit d’ouvrir le journal - je l’ai déjà dit - et nous voyons que le mal est présent, que le diable agit. Mais je voudrais dire en élevant la voix: Dieu est plus fort ! Vous croyez cela, que Dieu est plus fort ? Mais disons-le ensemble, disons-le tous ensemble : Dieu est plus fort ! Et savez-vous pourquoi il est plus fort ? Parce qu’il est le Seigneur, l’unique Seigneur.

Et je voudrais ajouter que la réalité, parfois sombre et marquée par le mal, peut changer si nous, les premiers, nous y portons la lumière de l’Évangile surtout par notre vie. Si, dans un stade - nous pensons ici à l’Olympique de Rome, ou à celui de San Lorenzo à Buenos Aires -, par une nuit noire, une personne allume une lumière, on l’entrevoit à peine, mais si les soixante-dix-mille autres spectateurs allument chacun sa lumière, le stade s’illumine. Faisons en sorte que notre vie soit une lumière du Christ ; ensemble, nous porterons la lumière de l’Évangile à la réalité toute entière.

5 Quelle est la raison d’être de ce peuple ? La raison d’être est le Royaume de Dieu, initié sur la terre par Dieu lui-même et qui doit être étendu jusqu’à son achèvement, quand le Christ, notre vie, apparaîtra (cf. Lumen gentium, 9). La raison d’être est alors la pleine communion avec le Seigneur, la relation familière avec le Seigneur, c’est entrer dans sa vie divine, où nous vivrons la joie de son amour sans mesure, une joie pleine.

Chers frères et sœurs, être l’Église, être le peuple de Dieu, selon le grand dessein d’amour du Père, veut dire être le ferment de Dieu dans notre humanité, cela veut dire annoncer et apporter le salut de Dieu dans notre monde qui est souvent perdu, qui a besoin de réponses qui l’encouragent, qui lui donnent l’espérance, qui lui donnent une nouvelle vigueur sur son chemin. Que l’Église soit le lieu de la miséricorde et de l’espérance de Dieu, où chacun peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la vie bonne de l’Évangile. Et pour que l’autre se sente accueilli, aimé, pardonné, encouragé, l’Église doit laisser les portes ouvertes pour que tous puissent entrer. Et nous, nous devons sortir par ces portes et annoncer l’Évangile.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat