"Dans le sacerdoce, il n'y a pas de place pour la médiocrité"

Le séminaire pontifical d'Anagni au Vatican

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1013 clics

Dans le sacerdoce, « il n’y a pas de place pour la médiocrité, cette médiocrité qui pousse toujours à utiliser le saint peuple de Dieu pour son propre intérêt », met en garde le pape François, qui invite au contraire les séminaristes à être « des hommes de prière, pour devenir la voix du Christ qui loue le Père et intercède continuellement pour les frères ».

Le pape François a reçu la communauté du séminaire pontifical léonien d’Anagni, ce matin, 14 avril 2014, dans la Salle Clémentine du palais apostolique du Vatican.

« Chers séminaristes, leur a-t-il rappelé, vous ne vous préparez pas à exercer un métier, à devenir des fonctionnaires d’une entreprise ou d’un organisme bureaucratique... Je vous en prie, faites attention à ne pas tomber là-dedans ! Vous êtes en train de devenir des pasteurs à l’image de Jésus, Bon pasteur, pour être comme lui et pour paître ses brebis. »

« Si vous certains d’entre vous n’êtes pas disposés à suivre cette route, il vaut mieux que vous ayez le courage de chercher une autre voie », a-t-il ajouté.

Discours du pape François

Chers frères évêques, prêtres et séminaristes,

Je vous salue tous, vous qui formez la communauté du Collège pontifical léonien d’Anagni. Je remercie le recteur pour les paroles qu’il m’a adressée en votre nom à tous. Une salutation toute particulière à vous, chers séminaristes, qui avez voulu venir à Rome à pied ! Courageux ! Ce pèlerinage est un très beau symbole de votre chemin de formation, qu’il faut parcourir avec enthousiasme et persévérance, dans l’amour du Christ et dans la communion fraternelle.

Le Léonien, en tant que séminaire régional, offre son service à plusieurs diocèses du Latium. Dans le sillage de sa tradition de formation, il est appelé, dans l’aujourd’hui de l’Église, à proposer aux candidats au sacerdoce une expérience en mesure de transformer leurs projets vocationnels en une réalité apostolique féconde. Comme tous les séminaires, le vôtre aussi a pour but de préparer les futurs ministres ordonnés dans un climat de prière, d’étude et de fraternité. C’est cette atmosphère évangélique, cette vie remplie d’Esprit-Saint et d’humanité, qui permet à ceux qui s’y immergent d’assimiler jour après jour les sentiments de Jésus-Christ, son amour pour le Père et pour l’Église, son attachement sans réserve au Peuple de Dieu. Prière, étude, fraternité et aussi vie apostolique : ce sont les quatre piliers de la formation qui interagissent entre eux. La vie spirituelle : forte ; la vie intellectuelle : sérieuse ; la vie communautaire et enfin la vie apostolique mais ce n’est pas un ordre d’importance. Ces quatre points sont importants, s’il en manque un, la formation n’est pas bonne. Et tous les quatre interagissent entre eux. Quatre piliers, quatre dimensions sur lesquelles un séminaire doit fonder sa vie.

Vous autres, chers séminaristes, vous ne vous préparez pas à exercer un métier, à devenir des fonctionnaires d’une entreprise ou d’un organisme bureaucratique. Nous avons tellement, tellement de prêtres à mi-chemin. C’est douloureux qu’ils n’aient pas réussi à parvenir à la plénitude : ils ont quelque chose des fonctionnaires, une dimension bureaucratique et cela ne fait pas de bien à l’Église. Je vous en prie, faites attention à ne pas tomber là-dedans ! Vous êtes en train de devenir des pasteurs à l’image de Jésus, Bon pasteur, pour être comme lui et « dans sa personne même » (in persona) au milieu de son peuple, pour paître ses brebis.

Face à cette vocation, nous pouvons répondre comme Marie à l’ange : « Comment cela se fera-t-il ? » (cf. Lc 1,34). Devenir « de bons pasteurs » à l’image de Jésus est quelque chose de trop grand, et nous sommes si petits… C’est vrai ! Je pensais ces jours-ci à la messe chrismale du Jeudi saint et je me suis dit que, avec ce don si grand que nous recevons, notre petitesse est forte : nous sommes parmi les plus petits des hommes. C’est vrai, c’est trop grand ; mais ce n’est pas notre œuvre ! C’est l’œuvre de l’Esprit-Saint, avec notre collaboration. Il s’agit de s’offrir humblement soi-même, comme de l’argile à modeler, pour que le potier, qui est Dieu, la travaille avec l’eau et le feu, avec la Parole et l’Esprit. Il s’agit d’entrer dans ce que dit saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). C’est uniquement comme cela que l’on peut être diacres et prêtres dans l’Église, uniquement comme cela que l’on peut paître le peuple de Dieu et le guider non pas sur nos voies, mais sur la voie de Jésus, ou plutôt, sur la Voie qu’est Jésus.

Il est vrai qu’au début, il n’y a pas toujours une totale droiture d’intention. Mais j’ose dire : c’est difficile qu’il en soit autrement. Nous tous, nous avons toujours eu de ces petites choses qui n’étaient pas toujours dans une droiture d’intention, mais avec le temps cela se résout, avec la conversion quotidienne. Mais pensons aux apôtres ! Pensez à Jacques et Jean, qui voulaient devenir l’un premier ministre et l’autre ministre de l’économie, parce que c’était plus important. Les apôtres n’avaient pas encore cette droiture, ils pensaient à autre chose et le Seigneur, avec beaucoup de patience, a corrigé leur intention et, à la fin, leur droiture d’intention était telle qu’ils ont donné leur vie dans la prédication et dans le martyre. Ne vous effrayez pas ! « – Mais je ne sais pas très bien si je veux être prêtre pour la promotion… – Mais est-ce que tu aimes Jésus ? – Oui. – Parle avec ton père spirituel, parle avec tes formateurs, prie, prie, prie et tu verras que la droiture d’intention viendra. »

Et ce chemin signifie méditer tous les jours l’Évangile, pour le transmettre avec la vie et la prédication ; cela signifie expérimenter la miséricorde de Dieu dans le sacrement de la réconciliation. Et cela, il ne faut jamais l’abandonner ! Se confesser, toujours ! Et ainsi, vous deviendrez des ministres généreux et miséricordieux parce que vous sentirez la miséricorde de Dieu sur vous. Cela signifie se nourrir avec foi et amour de l’Eucharistie, pour en nourrir le peuple chrétien ; cela signifie être des hommes de prière, pour devenir la voix du Christ qui loue le Père et intercède continuellement pour les frères (cf. Hb 7,25). La prière d’intercession, celle que faisaient ces grands hommes – Moïse, Abraham – qui luttaient avec Dieu pour leur peuple, cette prière courageuse devant Dieu. Si vous – mais je le dis avec mon cœur, sans vouloir offenser ! – si vous, si certains d’entre vous, n’êtes pas disposés à suivre cette route, avec ces attitudes et ces expériences, il vaut mieux que vous ayez le courage de chercher une autre voie. Il y a de nombreuses manières, dans l’Église, de donner un témoignage chrétien et de nombreuses routes qui mènent à la sainteté. Dans la sequela ministérielle de Jésus, il n’y a pas de place pour la médiocrité, cette médiocrité qui pousse toujours à utiliser le saint peuple de Dieu pour son propre intérêt. « Malheur aux mauvais pasteurs qui se font paître eux-mêmes au lieu de faire paître leur troupeau ! », s’exclamaient les prophètes (cf. Ez 34,1-6), avec tellement de force ! Et Augustin reprend cette phrase prophétique dans son De Pastoribus que je vous recommande de lire et de méditer. Mais malheur aux mauvais pasteurs, parce que le séminaire, disons la vérité, n’est pas un refuge pour toutes les limites que nous pouvons avoir, un refuge pour les fragilités psychologiques ou un refuge parce que je n’ai pas le courage d’aller de l’avant dans la vie et que je cherche un lieu pour me protéger. Non, ce n’est pas cela. Si votre séminaire était cela, il deviendra une hypothèque pour l’Église ! Non, le séminaire est vraiment pour avancer, avancer sur cette route. Et quand nous entendons les prophètes dire « malheur ! », que ce « malheur ! » vous fasse réfléchir sérieusement sur votre avenir. Autrefois, Pie XI, disait qu’il valait mieux perdre une vocation que de prendre un risque avec un candidat qui n’était pas sûr. Il était alpiniste, il s’y connaissait.

Très chers amis, je vous remercie pour votre visite. Je vous remercie d’être venus à pied. Je vous accompagne par ma prière et ma bénédiction et je vous confie à la Vierge, qui est Mère. Ne l’oubliez jamais ! Les mystiques russes disaient que dans les moments de turbulences spirituelles, il fallait se réfugier sous le manteau de la sainte Mère de Dieu. Ne jamais en sortir ! Couverts de son manteau. Et s’il vous plaît, priez pour moi !

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat