Dans quel esprit débat-on dans l’Eglise ? Ou les règles du dialogue

Le P. Lombardi rencontre la presse à propos de la lettre de Benoît XVI

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ROME, Jeudi 12 mars 2009 (ZENIT.org) - La lettre du pape Benoît XVI sur la levée des excommunications aux 4 évêques lefebvristes pose la question : dans quel esprit débat-on dans l'Eglise ? Une remise à plat des règles du dialogue.

C'est ce qu'a souligné le P. Federico Lombardi, lors d'un échange avec la presse ce matin au Vatican, après la publication de la Lettre de Benoît XVI aux évêques catholiques sur la levée des excommunications du 21 janvier dernier.

En effet, le pape cite l'épître de saint Paul aux Galates : l'apôtre reproche aux chrétiens de Galatie de se « mordre » et de se « dévorer » entre eux. Pour le P. Lombardi, ce que demande Benoît XVI c'est un débat fait de « correction, respect, intention constructive » où l'on « met en relief ce que dit l'autre ». Il ne s'agit pas de débattre pour « créer des oppositions après lesquelles tout mouvement ou une entente pour inviter à la discussion deviennent impossibles ». Il pose la question : dans quel esprit débat-on ? En effet, fait remarquer le directeur des trois principaux media du Vatican, le pape souligne ce « paradoxe » : avec cette levée de l'excommunication, « son intention était la réconciliation » et cela a été transformé en « rupture insurmontable ». Il s'interroge : un tel processus ne vient-il pas d'un manque de disponibilité à chercher ce qui est positif dans l'autre ? » Et de conclure : « ce n'est pas la négation du débat, mais un appel à adopter l'attitude nécessaire » au débat, au dialogue.

Mais la presse internationale s'interroge aussi : est-il jamais arrivé qu'un pape explique un geste à ses évêques après le fait ? N'est-ce pas un acte sans précédent ? Le P. Lombardi proteste de son incompétence dans le domaine de l'histoire de l'Eglise, mais il souligne en même temps que cette lettre « est certainement un document expressif de la personnalité du pape, qui s'expose, avec sa subjectivité, assume ses responsabilités, avec franchise, courage spirituel dans l'affrontement d'un point débattu, s'exposant, en première personne, sans employer un pas langage « curial », mais très personnel : il doit être lu en lien avec la personnalité du pape, et dans sa force évangélique ».

« Lorsque j'ai lu cette lettre, a confié le P. Lombardi,  m'est venue à l'esprit la façon dont Jean-Paul II s'expose dans ses poésies, exprimant ses expériences spirituelles, en lien avec sa mission de pasteur universel.

J'admire ce courage de manifester aussi sa subjectivité dans l'exercice d'un ministère d'une grande responsabilité. On découvre un homme dans sa personnalité concrète, sa sincérité. C'est aussi très intéressant de découvrir ces traits personnels : le pape est d'un abord facile, fait de simplicité, d'humilité, de grande écoute ».

Mais le pape s'adresse aux catholiques qui ne lui ont pas épargné leurs critiques. Il parle d'« hostilité » d'une attitude « prête à l'attaque ». N'est-ce pas trop « dur » ? Le père Lombardi n'hésite pas un instant à taxer cette lecture « d'irénique » et fait observer : « Nous ne sommes pas toujours gentils et éduqués dans la façon d'exprimer nos opinions. Reconnaissons que les discussions ont été fortes, les tons enflammés. Ce n'est pas rien que d'accuser le pape de vouloir ‘revenir en arrière' ! Le pape répond en manifestant de l'objectivité, ne se dit pas offensé parce qu'ils se sont exprimés. Mais il affirme de façon forte que ce qui est en question, c'est la façon dont les priorités du pontificat sont mises en œuvre, et la signification de cet acte. Honnêtement, il ne se situe pas au niveau d'une « offense » et il n'est pas question d'interdire le débat dans l'Eglise. Il doit y avoir un débat, mais avec respect et en prêtant à l'autre des intentions bonnes ».

Enfin, à une question sur la « collégialité » dans l'Eglise, le P. Lombardi a renvoyé aux commentaires des évêques lors des « visites ad limina » qui font état d'une grande « écoute » de la part du pape, de son « attention » aux personnes : ils expriment tous une « très grande satisfaction ». Cette attention « extrême » est souvent perçue comme « inattendue », a insisté le P. Lombardi.