De l'arche de Noé à la vision d'Isaïe: la paix et la liberté

Par le rabbin David Rosen

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ROME, vendredi 28 octobre 2011 (ZENIT.org) – Dans l’arche de Noé, les animaux vivaient en paix, mais ils n’avaient pas le choix. Le prophète Isaïe, lui, propose une vision de paix qui vient de la „connaissance“ intérieure de Dieu. Le rabbin Rosen a proposé, à Assise, une méditation sur la paix et la liberté humaine inspirée par le prophète et ses commentateurs.

A l’image de Dieu
Dans son intervention à Sainte-Marie-des-Anges, jeudi matin, le rabbin David Rosen, directeur international pour les Affaires interreligieuses du Comité juif américain (AJC), a aussi exprimé sa gratitude envers Jean Paul II et Benoît XVI pour leur initiative.

Il a fait observer que « ce que les hommes et les femmes recherchent est une idée de la paix qui est à la fois « l’expression sublime de la volonté divine » et de « l’image divine dans laquelle chaque être humain est créé. »

Le rabbin Rosen a offert une réflexion à partir de la notion biblique de pèlerinage : « Un pèlerinage est par définition beaucoup plus qu’un voyage. En hébreu, on traduit le pèlerinage par l’expression « aliyah la’regel », c’est-à-dire « montée à  pied ». Le concept biblique de montée avait une signification à la fois littérale et spirituelle. Littérale puisqu’on montait les monts de Judée jusqu’à Jérusalem, le Temple saint. Mais le symbolisme physique voulait inspirer à l’esprit du pèlerin la conscience intérieure d’une montée spirituelle, de s’approcher toujours davantage de Dieu, et donc un accord avec la volonté divine et avec les commandements. »

De Jérusalem, la parole de Dieu
Le rabbin a longuement cité la vision de paix du prophète Isaïe : « Ce concept de pèlerinage, de montée, est centrale, a-t-il fait remarquer, dans la vision prophétique de l’établissement du Royaume des cieux sur la terre : la vision messianique de la paix universelle. Dans les paroles du prophète Isaïe : « Des peuples nombreux viendront et ils diront : « Allons, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob, pour qu’il nous enseigne ses voies et que nous puissions marcher  sur ses sentiers, parce que de Sion sortira la loi et de Jérusalem la parole du Seigneur ». Il sera juge entre les nations et arbitre entre des peuples nombreux. Ils rompront leurs épées et en feront des charrues, et de leurs lances des faucilles. Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre et ils n’apprendront plus l’art de la guerre » (Is 2,3-4). »

Le rabbin Rosen a aussi lu la suite de la prophétie, cette étonnante vision de la paix universelle entre les créatures: « Et le prophète continue : « Le loup habitera avec l’agneau ; le léopard se couchera avec l’enfant ; le veau et le lion paîtront ensemble et un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse paîtront ensemble et leurs petits se coucheront ensemble ; le lion se nourrira de paille comme le bœuf. Un nourrisson jouera sur le trou du serpent et un enfant mettra sa main dans le repaire de la vipère. Ils ne feront pas de mal et ne détruiront pas ma montagne sainte, parce que la terre sera remplie de la connaissance du Seigneur comme les eaux recouvrent la mer » (11,6-9). »

Entre l’arche et Isaïe, la liberté
Et pour expliquer le sens de ce passage biblique, le rabbin a cité le passionnant commentaire du rabbin Meir Simcha de Dwinsk, qui a vécu il y a quelque cent ans : « Il remarque que cette vision de paix s’est déjà réalisée une fois dans l’histoire religieuse de l’humanité, à l’intérieur de l’arche de Noé. Là, les prédateurs ont dû vivre en végétariens, et leurs proies potentielles ont pu vivre en paix. Cependant, fait remarquer le rabbin Meir Simcha, la différence profonde entre la situation dans l’arche de Noé et la vision d’Isaïe c’est que dans l’arche ils n’avaient pas la possibilité de choisir. C’était la seule option possible pour les animaux, pour survivre au déluge. La vision d’Isaïe naît au contraire de la « connaissance du Seigneur » : c’est une vision qui jaillit de la compréhension spirituelle la plus intime et de la volonté libre. »

Puis le rabbin a proposé cette actualisation pour le monde d’aujourd’hui : « Pour beaucoup, dans le monde, la paix est une nécessité pragmatique – et en effet, c’est vrai, nous ne devons en aucune façon diminuer la bénédiction  que représente pour notre monde un tel pragmatisme. Cependant, ce que les hommes et les femmes de foi cherchent et ce à quoi ils aspirent, c’est de « monter à la montagne du Seigneur », c’est une idée de la paix en tant qu’expression sublime de la volonté divine et de l’image divine dans laquelle chaque être humain est créé. »

Il l’a appliqué aussi à l’initiative de Jean-Paul II en lui rendant hommage ainsi qu’à Benoît XVI: « Du fait qu’il a manifesté cette aspiration de façon aussi visible ici, à Assise, il y a 25 ans, nous avons une dette de gratitude envers la mémoire du bienheureux Jean-Paul II, et nous devons être profondément reconnaissants envers son successeur, le pape Benoît XVI, d’avoir continué ce chemin. »

Pour la bénédiction et la guérison de l’humanité
Reprenant sa réflexion sur la paix à partir d’Isaïe, le rabbin Rosen a ajouté : « Les sages du Talmud nous enseignent que non seulement la paix est le nom de Dieu (Shabbat 10b, cf. Gdc 6,24), mais c’est aussi le présupposé indispensable pour la rédemption, comme il est écrit  (Is 52,7): « Il annonce la  paix… il annonce le salut » (Deuter. Rabbah 20,10). En outre, nos sages soulignent qu’il n’y a pas d’autre valeur à la recherche de laquelle nous soyons obligés de sortir de notre route comme pour la paix, ainsi qu’il est écrit (Ps 34,15): « Cherche la paix et poursuis-la ». »

Cette belle conclusion aussi a été empruntée à Isaïe : « Puisse la rencontre d’aujourd’hui fortifier tous les hommes et les femmes de foi et de bonne volonté pour que nous multiplions nos efforts et que nous fassions de cet objectif une réalité qui apporte véritablement la bénédiction et la guérison à l’humanité, comme il est écrit : « Paix, paix à ceux qui sont loin et à ceux qui sont proches, et moi je les guérirai » (Is 57,19). »

Anita S. Bourdin