Déclaration commune du pape et du patriarche orthodoxe de Roumanie

"L'évangélisation ne peut pas être fondée sur un esprit de compétitivité"

| 1315 clics

CITE DU VATICAN, dimanche 13 octobre 2002 (ZENIT.org) – Le pape Jean-Paul II et le patriarche orthodoxe de Roumanie, S. B. Théoctiste, se sont donnés samedi une accolade symbolique et ont signé une Déclaration commune dans laquelle les deux Eglises s'engagent à rechercher l'unité entre catholiques et orthodoxes.



La rencontre entre les deux responsables religieux a eu lieu samedi dans la bibliothèque privée de Jean-Paul II. Ce fut l'un des moments les plus importants de la visite du patriarche à Rome.

"Notre rencontre doit être considérée comme un exemple: les frères doivent se retrouver pour se réconcilier, pour réfléchir ensemble, pour découvrir des moyens de parvenir à s’entendre, pour exposer et expliquer les arguments des uns et des autres", précise le texte de la Déclaration.

"Nous sommes d’accord pour reconnaître la tradition religieuse et culturelle de chaque peuple, mais aussi la liberté religieuse. L’évangélisation ne peut pas être fondée sur un esprit de compétitivité, mais sur le respect réciproque et sur la coopération, qui reconnaissent à chacun la liberté de vivre selon ses propres convictions, dans le respect de son appartenance religieuse", poursuit le texte.

Après avoir évoqué le cri des jeunes Roumains "Unité! Unité!" lors de la visite du pape à Bucarest, les deux responsables religieux affirment que le témoignage chrétien sera beaucoup plus crédible, notamment en Europe, si les chrétiens sont unis.

"Plus ces derniers seront unis dans leur témoignage à l’unique Seigneur, plus ils contribueront à donner voix, consistance et espace à l’âme chrétienne de l’Europe, à la sainteté de la vie, à la dignité et aux droits fondamentaux de la personne humaine, à la justice et à la solidarité, à la paix, à la réconciliation, aux valeurs de la famille, à la protection de la création", déclarent-ils.

Dans son discours au patriarche orthodoxe, prononcé avant la signature de la Déclaration commune, le pape a rappelé les difficultés qui opposent encore catholiques et orthodoxes.

"Profondément reconnaissants au Seigneur pour ce que nous avons pu réaliser ensemble, a-t-il déclaré, nous ne pouvons cependant nier l’apparition de certaines difficultés sur notre chemin commun. Dans les années 1989/90, après quarante années de dictature communiste, l’Europe de l’Est a pu goûter à nouveau à la liberté. Les Églises orientales en pleine communion avec le Siège de Pierre, qui avaient été durement persécutées et brutalement réprimées, ont aussi retrouvé leur place dans la vie publique".

"Cela a créé des tensions qui, nous l’espérons, peuvent être dépassées par un esprit de justice et d’amour. La paix de l’Église est un bien tellement grand que chacun doit être prêt à accomplir des sacrifices pour sa réalisation. Nous sommes pleinement confiants que vous-même, Béatitude, saurez plaider la cause de la paix avec intelligence, sagesse et amour. Dans le parcours sur cette voie, de nombreux témoins, qui en des temps et des lieux divers ont donné un lumineux exemple, viendront à notre aide et nous accompagneront", a-t-il poursuivi.

Dans son discours au patriarche le pape Jean-Paul II a également répondu aux accusations de "prosélytisme" de la part du patriarcat orthodoxe de Moscou.
"L’Église catholique reconnaît la mission que les Églises orthodoxes sont appelées à remplir dans les pays où elles sont enracinées depuis des siècles, a-t-il déclaré. Elle ne désire rien d’autre que d’aider cette mission et d’y collaborer, ainsi que de pouvoir réaliser sa tâche pastorale envers ses fidèles et envers ceux qui se tournent librement vers elle. Pour corroborer cette attitude, l’Église catholique a cherché à soutenir et à aider la mission des Églises orthodoxes dans leurs pays d’origine, ainsi que l’activité pastorale de nombreuses communautés qui vivent en diaspora aux côtés des communautés catholiques".

"Toutefois, a-t-il poursuivi, là où surgissent des problèmes ou des incompréhensions, il est nécessaire de les affronter à travers un dialogue fraternel et franc, en recherchant des solutions qui puissent engager réciproquement les deux parties. L’Église catholique est toujours disponible pour un tel dialogue afin de donner ensemble un témoignage chrétien toujours plus crédible".

"Je me demande si nos relations ne seraient pas devenues suffisamment profondes et mûres pour nous permettre, avec la grâce de Dieu, de leur donner une solide structure institutionnelle, de manière à trouver aussi des formes stables de communication et d’échange régulier et réciproque d’informations avec chacune des Églises orthodoxes, et au niveau de l’Église catholique et de l’Église orthodoxe dans son ensemble", s'est interrogé le pape.

Il existe actuellement une Commission Mixte Internationale pour le Dialogue Théologique entre l'Eglise catholique et les Eglises orthodoxes. La dernière réunion de la Commission a eu lieu en l'an 2000 à Baltimore (Etats-Unis). Aucun accord n'avait été conclu.

Dans son discours, le patriarche orthodoxe a quant à lui rappelé les difficultés qu'a rencontré son Eglise jusqu'à la fin du "totalitarisme athée" et critiqué la "compétitivité" qui caractérise parfois les relations entre catholiques et orthodoxes et qui a parfois provoqué "frustration" et "souffrance".

"Malheureusement, l’esprit contemporain marqué par la mondialisation et la compétition se manifeste aussi souvent dans les relations entre chrétiens, a-t-il déclaré. Sans tenir compte de l’existence des Églises locales qui, au moment des dures persécutions, ont maintenu vivante la flamme de la foi par des sacrifices, des groupes de prétendus évangélisateurs ont assailli nos fidèles, en considérant ces territoires comme des «vides» spirituels ou des «terres de mission» (terræ missionis), où l’Évangile n’avait pas été annoncé. Naturellement, de telles attitudes ont provoqué en nous beaucoup de frustration et de souffrance. L’espérance d’une aide de la part des Églises des pays libres en vue de donner une nouvelle vigueur missionnaire et de renforcer les Églises locales de ces territoires s’est transformée rapidement en désillusion, en confusion, en méfiance et en attitudes sporadiquement anti-œcuméniques. Les Églises historiques du lieu se sont vues confrontées à des tactiques de compétition déloyale, avec des structures ecclésiastiques parallèles, fondées même par certaines Églises dont on attendait l’aide fraternelle".

"Malgré cette réalité douloureuse, a poursuivi le patriarche, l’Église orthodoxe roumaine est restée fidèle à la collaboration entre chrétiens et continue d’apporter sa contribution spécifique aux efforts du dialogue œcuménique bilatéral et multilatéral".

"Nous sommes conscients d’être seulement d’humbles instruments entre les mains de Dieu. L’Esprit de Dieu peut seul nous donner la pleine communion. C’est pourquoi il est important de le prier avec une intensité toujours plus grande, afin qu’il nous accorde paix et unité", concluait le pape Jean-Paul II.