Déclaration conjointe du pape et du patriarche oecuménique (texte intégral)

"Pour un monde plus humain"

| 714 clics

CITE DU VATICAN, Vendredi 2 juillet 2004 (ZENIT.org) – Voici le texte intégral de la Déclaration commune signée par le pape Jean-Paul II et le patriarche oecuménique Bartholomaios Ier au terme de la visite de celui-ci au Vatican (traduction réalisée par Zenit, d’après l’italien publié par la salle de presse du Saint-Siège).



Déclaration commune

"Veillez, soyez fermes dans la foi, comportez-vous comme des hommes, soyez forts. Que tout se fasse entre vous dans la charité" (1 Co 16,13-14).

1. Dans l’esprit de foi dans le Christ et de charité réciproque qui nous unit, nous remercions Dieu pour le don de notre nouvelle rencontre, qui a lieu à l’occasion de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, témoignage de la ferme volonté de poursuivre le chemin vers la pleine communion entre nous dans le Christ.

2. Nombreux ont été les pas positifs qui ont marqué ce chemin ensemble, surtout à partir de l’événement historique que nous rappelons : l’accolade entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier, à Jérusalem, sur le Mont des Oliviers, les 5 et 6 janvier 1964. Aujourd’hui, nous, leurs successeurs, nous nous retrouvons ensemble pour commémorer dignement devant Dieu, dans la fidélité à son souvenir et à ses intentions originales, cette rencontre bénie, qui fait désormais partie de l’histoire de l’Eglise.

3. L’accolade de nos prédécesseurs respectifs de vénérée mémoire à Jérusalem exprimait de façon visible une espérance présente dans le cœur de tous, comme le mentionnait le communiqué : "Les yeux tournés vers le Christ, archétype et auteur, avec le Père, de l’unité et de la paix, ils prient Dieu que cette rencontre soit le signe et le prélude de choses à venir pour la gloire de Dieu et l’illumination de son peuple fidèle. Après tant de siècles de silence, ils se sont maintenant rencontrés dans le désir de réaliser la volonté du Seigneur de proclamer l’antique vérité de son Evangile confié à l’Eglise" (1).

4. Unité et paix! L’espérance allumée par cette rencontre historique a éclairé le chemin de ces dernières décennies. Conscients que le monde chrétien souffre depuis des siècles du drame de la séparation, nos prédécesseurs et nous-mêmes avons continué avec persévérance le "dialogue de la charité", le regard tourné vers le jour lumineux et béni où il sera possible de communier au même calice du saint Corps et du précieux Sang du Seigneur. Les nombreux événements ecclésiaux qui ont rythmé ces quarante dernières années ont donné un fondement et une consistance à l’engagement à la charité fraternelle : une charité qui, tirant les leçons du passé, soit prompte à pardonner, encline à croire plus volontiers le bien que le mal, décidée avant tout à se conformer au Divin Rédempteur, et à se laisser attirer et transformer par lui.

5. Nous remercions le Seigneur pour les gestes exemplaires de charité réciproque, de participation et de partage, qu’il nous a donné de poser, parmi lesquels il faut évoquer la visite du pape au patriarche oecuménique Dimitrios en 1979, lorsque, au siège du Phanar, a été annoncée la création de la "Commission mixte internationale pour le Dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble", nouveau pas pour allier le "dialogue de la charité" et le "dialogue de la vérité" ; la visite du patriarche Dimitrios à Rome en 1987 ; notre rencontre à Rome, en la fête des saints apôtres Pierre et Paul en 1995, lorsque nous avons prié à Saint-Pierre, tout en nous séparant douloureusement durant la célébration de la liturgie eucharistique, puisqu’il ne nous est pas encore possible de boire au même calice du Seigneur. Et puis, plus récemment, la rencontre d’Assise pour la "Journée de prière pour la Paix dans le monde", et la Déclaration commune pour la sauvegarde de la création, signée en 2002.

6. En dépit de notre ferme volonté de poursuivre le chemin vers la pleine communion, il aurait été irréaliste de ne pas s’attendre à des obstacles de différentes natures: avant tout doctrinaux, mais aussi découlant de conditionnements d’une histoire difficile. En outre, les problèmes nouveaux issus de profondes mutations survenues dans le contexte social et politique de l’Europe ne sont pas restés sans conséquences pour les relations entre les Eglises chrétiennes. Avec le retour à la liberté des chrétiens en Europe centrale et orientale, de vieilles peurs se sont réveillées, rendant le dialogue difficile. L’exhortation de saint Paul aux Corinthiens "que tout de fasse entre vous dans la charité" doit cependant toujours résonner en nous et entre nous.

7. La "Commission mixte internationale pour le Dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble", lancée avec tant d’espérance, a calé ces dernières années. Mais elle peut cependant demeurer un instrument adéquat pour étudier les problèmes ecclésiologiques et historiques qui sont à la base de nos difficultés et trouver des hypothèses de solutions. Il est de notre devoir de continuer dans cet engagement décisif de réactiver ses travaux au plus vite. En prenant acte des initiatives réciproques dans ce sens des sièges de Rome et de Constantinople, nous nous adressons au Seigneur pour qu’il soutienne notre volonté et convainque chacun qu’il est indispensable de poursuivre le "dialogue de la vérité".

8. Notre rencontre aujourd’hui à Rome nous permet aussi d’affronter fraternellement certains problèmes et malentendus qui ont surgi récemment. La longue pratique du "dialogue de la charité" nous vient en aide justement en cette circonstance pour que les difficultés puissent être affrontées avec sérénité et qu’elles ne ralentissent ni n’assombrissent les chemins entrepris vers la pleine communion dans le Christ.

9. Face à un monde qui souffre toutes formes de divisions, et de déséquilibres, la rencontre d’aujourd’hui veut rappeler de façon concrète et avec force l’importance que les chrétiens et les Eglises vivent entre eux en paix et en harmonie, pour témoigner d’un même cœur du message de l’Evangile de façon plus crédible et plus convaincante.

10. Dans le contexte particulier de l’Europe, en chemin vers des formes plus hautes d’intégration et d’élargissement vers l’Est du continent, nous rendons grâce au Seigneur pour ce développement positif et nous exprimons l’espérance que dans cette situation nouvelle grandisse la coopération entre Catholiques et Orthodoxes. Les défis à affronter ensemble pour contribuer au bien de la société sont si nombreux : guérir par l’amour la plaie du terrorisme, contribuer à soigner tant de douloureux conflits, restituer au continent européen la conscience de ses racines chrétiennes, construire un vrai dialogue avec l’Islam, puisque de l’indifférence et de l’ignorance réciproque ne peuvent naître que la méfiance et même la haine, nourrir la conscience du caractère sacré de la vie humaine, travailler afin que la science ne nie pas l’étincelle divine que tout homme reçoit avec le don de la vie, collaborer afin que notre terre en soit pas défigurée et que la création puisse préserver la beauté que Dieu lui a donnée, mais surtout, annoncer avec une vigueur nouvelle le message évangélique en montrant à l’homme contemporain combien l’Evangile l’aidera à se retrouver lui-même et à construire un monde plus humain.

11. Prions le Seigneur pour qu’il donne la paix à l’Eglise et au monde, et qu’il vivifie par la sagesse de son Esprit notre chemin vers la pleine communion, "ut unum in Christo simus".
Références :
(1) Communiqué commun du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras I, Tomos Agapis - Vatican - Phanar, 1971, n. 50, p. 120.
(2) Cf. Allocution du Patriarche Athénagoras au pape Paul VI, (5 janvier 1964), ibid., n. 48, p. 109.
(3) Cf. Allocution du pape Paul VI au Patriarche Athénagoras, (6 janvier 1964), ibid., n. 49, p. 117.