Défendre les femmes, premières victimes des migrations forcées

Appel du card. Vegliò

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Anne Kurian

ROME, jeudi 24 mai 2012 (ZENIT.org) – Les femmes sont les premières victimes au sein des migrations forcées. Elles affrontent la situation avec « un courage remarquable » mais elles sont aussi les plus « vulnérables » et les plus exposées au trafic d’êtres humains, souligne le cardinal Vegliò qui appelle à les défendre.

Une rencontre sur le thème « Construire des ponts d’opportunité: femmes et migrations », promue par Miguel Diaz, ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique près le Saint-Siège a eu lieu ce matin, 24 mai 2012, à Rome, au Centre d’études américaines.

Parmi les intervenants, le cardinal Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, a mis en évidence la vulnérabilité des femmes dans les migrations forcées, et la nécessité de l’engagement de l’Eglise et des Etats pour leur venir en aide.

Le courage des femmes

Aujourd’hui, rapporte le cardinal Vegliò, dans la plupart des conflits du monde, les civils représentent 80% des victimes. Parmi ceux qui sont contraints à fuir, les femmes sont « toujours plus nombreuses », précise-t-il : actuellement, sur 43 millions de personnes qui ont fui leur pays, 80% sont des femmes, des enfants et des jeunes.

Bien que les femmes affrontent la migration forcée avec « un courage remarquable, audace et créativité », « confiantes de pouvoir reconstruire leur vie » et souvent souriantes, constate le cardinal, cependant elles vivent toutes des « situations tragiques de brutalité et violence » et des « expériences traumatisantes ».

Souvent dans les régions en conflit, dénonce-t-il, les femmes et les jeunes filles sont « objets d’enlèvement et de brutalité », leur vulnérabilité étant utilisée pour « détruire la vie quotidienne des communautés » et « créer la peur dans la région » afin de « contrôler le territoire ». Pour cela, elles sont « contraintes à l’esclavage sexuel », destructeur non seulement de leur santé physique et psychologique, mais aussi au niveau familial et communautaire.

Après la fuite, poursuit le cardinal, les camps de réfugiés ne sont pas des protections suffisantes pour les femmes, qui risquent des actes de « violence sexuelle », par exemple lorsqu’elles vont chercher du bois pour le feu. Par ailleurs, le « manque de denrées de base » et les rations alimentaires limitées peuvent pousser les femmes et les jeunes filles à « se prostituer pour survivre ».

En outre, souligne-t-il, la perspective d’une vie meilleure est très réduite, les séjours dans les camps ayant actuellement une durée moyenne de 17 ans, ce qui pose la question de « l’avenir des enfants qui y ont vécu toute leur vie ». Et même si les réfugiés s’établissent dans des zones urbaines, déplore-t-il, les femmes doivent affronter d’autres défis : elles doivent « rivaliser » avec la population locale, pour le travail, les services sociaux, souvent sans avoir les papiers nécessaires.

Dans les pays d’accueil même, les femmes doivent « s’adapter à leur nouvelle vie » et assumer de « nouveaux rôles et responsabilités », souvent comme « chef de famille ». Les enfants doivent s’habituer à de nouvelles « société, culture et langue », tandis que les parents doivent s’intégrer dans une société où la vie quotidienne est parfois très différente du pays d’origine.

D’autre part, fait observer le cardinal, la traite d’êtres humains « arrive sous nos yeux » : aucun pays n’en est à l’abri, insiste-t-il, que ce soit « l’exploitation sexuelle, le travail forcé, les enfants soldats, ou les méthodes abusives d’adoption », partout des personnes sont trompées avec de « fausses promesses d’avenir » et ne sont « plus libres de décider de leur vie ». Parmi les causes de ces fléaux, la demande de « main d’œuvre à bas coût », ou de « sexe exotique ».

Soutenir et s’engager

Dans l’engagement auprès des victimes, s’il faut privilégier l’accès aux biens de première nécessité (nourriture, logement, vêtement et soins médicaux, mais aussi droit au travail et à la libre circulation), cependant, rappelle le cardinal Vegliò, il ne faut jamais perdre de vue la dignité humaine des personnes, selon les mots d’une femme réfugiée : « Le véritable problème des réfugiés, c’est que nous sommes des êtres humains avec des sentiments. Vous cherchez des solutions pour nos enfants, vous faites des choses pratiques. Or nous avons besoin de rencontrer des personnes qui se préoccupent réellement de nous ».

Pour lutter contre le trafic d’êtres humains, le cardinal en appelle à la responsabilité de la communauté internationale, de l’Eglise et de chaque citoyen : pour lui, « l’Eglise, les gouvernements, les ONG, les employeurs, le commerce, les syndicats et l’opinion publique, ainsi que toutes les personnes de bonne volonté » doivent « combattre ensemble » dans le « dialogue et la coopération » pour « faire la différence ».

L’Eglise, affirme-t-il, est « en première ligne » et « impliquée directement dans l’aide aux victimes » dans de nombreux pays, notamment à travers ses réseaux internationaux : outre l’assistance matérielle et sociale, l’Eglise promeut la prévention et la sensibilisation.

Le cardinal invite donc la communauté ecclésiale à accompagner les femmes et les jeunes filles réfugiées avec « qualité, affection et soin », et avec « une attention spéciale à celles qui ont été blessées dans leur dignité et privées de leur innocence ».

Au niveau international et national, il appelle à des « mesures préventives » assurées par un ensemble de conditions: « lois anti-traite, adoption de lois sur le travail et règlementation des conditions de travail ». Les victimes de trafic doivent avoir « accès à la justice, à l’assistance sociale et légale et au dédommagement des dommages subis », elles doivent être intégrées dans la société ou

assistées pour « retourner dans le pays d'origine avec microcrédit ou emprunt ».

Enfin, au niveau individuel, le cardinal a posé la question de la « responsabilité des consommateurs » qui doivent être « conscients des conditions dans lesquelles sont cultivés ou fabriqués les produits achetés » : il est possible, a-t-il souligné, que les produits achetés soient obtenu par du « travail forcé ». Par conséquent, l’introduction « d’étiquettes commerciales et de codes de conduite » pourrait contribuer à « assurer des conditions de travail décentes ».