Des gynécologues britanniques demandent de supprimer les nouveaux-nés porteurs de handicap

Réaction d’un pédiatre italien

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ROME, Mercredi 15 novembre 2006 (ZENIT.org) – Le 5 novembre dernier, le Sunday Times annonçait que le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (RCOG) avait envoyé un document au Nuffield Council on Bioethics dans lequel il demandait « la possibilité d’éliminer les nouveaux-nés porteurs de handicap ».



Dans le document cité, le RCOG demande l’ouverture d’un débat sur l’euthanasie active des enfants porteurs de handicap, affirmant que l’on épargnerait ainsi aux familles le poids émotionnel ainsi que le poids économique des soins nécessaires pour un enfant porteur de handicap lourd.

L’association des gynécologues britanniques affirme que l’autorisation de pratiquer l’euthanasie active limiterait le recours à l’avortement tardif parce que dans l’hypothèse d’un handicap lourd du fœtus, les parents pourraient porter à terme la grossesse, puis une fois l’enfant né, prendre la décision de le garder ou de le supprimer.

Face à une demande aussi aberrante, les voix opposées du British Council of Disabled people se sont levées en Grande-Bretagne.

Pour chercher à comprendre les raisons d’une telle proposition et connaître les réactions des gynécologues et pédiatres italiens, Zenit a interviewé le pédiatre Carlo Valerio Bellieni, chef du département de Thérapie intensive néonatale de la Polyclinique universitaire « Le Scotte » de Sienne :

Zenit : Que pensez-vous de la requête du Royal College of Obstetricians and Gynaecologists ?

C. V. Bellieni : La demande de supprimer les nouveaux-nés porteurs d’un grave handicap ne laisse aucun pédiatre insensible, c’est-à-dire ceux qui, demain seront appelés à accomplir les « éliminations », mais cela n’est pas nouveau :

Déjà en 2002, Michael Gross écrivait dans Bioethics, qu’il existe « un consensus général quant au meurtre de nouveaux-nés selon l’avis des parents sur l’intérêt du nouveau-né défini de manière large aux vues aussi bien des dommages physiques que sociaux, psychologiques et financiers à l’égard de tiers », et il est toujours de l’intérêt des tiers, dont il faut partir pour comprendre ce qui peut se cacher derrière la piétiste tentative de « mettre fin aux souffrances de l’enfant ».

Zenit : Quels sont les aspects les plus inquiétants de la proposition anglaise ?

C. V. Bellieni : Trois choses inquiètent les pédiatres :

1. Devoir devenir les exécuteurs d’une condamnation à mort : ce n’est pas pour cela que nous sommes médecins, surtout à une époque où la condamnation à mort est dénoncée par un nombre d’Etats toujours plus grand.

2. Ne pas considérer ses propres patients comme des personnes : il existe des auteurs qui soutiennent que les nouveaux-nés ne sont pas des personnes parce qu’ils n’ont pas encore conscience d’eux-mêmes (et c’est une conséquence logique de qui ne considère pas comme personne le fœtus et l’embryon pour la même raison) ; et de là, ils arrivent à dire que les nouveaux-nés ne sont pas plus en mesure de ressentir la douleur, la conscience de soi étant précisément la condition de cette sensation : affirmations amplement démenties par la physiologie et l’expérience.

3. Considérer le handicap comme une vie à ne pas secourir et respecter, mais comme une attitude phobique, comme une vie de série B.

Zenit : Certains médecins britanniques ont affirmé qu’il ne faut pas se scandaliser vu que l’avortement tardif est équivalent à l’euthanasie active. Quel est votre avis sur ce point ?

C. V. Bellieni : En lisant cette nouvelle je n’ai pas été surpris. Je comprends l’horreur, mais je ne comprends pas l’étonnement : qui a étudié l’anatomie et la biologie, qui est expert en physiologie humaine sait bien qu’il n’existe pas de différence substantielle entre le fœtus et le nouveau-né, mis à part de petites modifications dans le système sanguin ; ainsi on ne comprend pas pourquoi le fait de tuer un nouveau-né fait horreur, et tuer un fœtus ne fait pas horreur. Sauf si l’on croit que l’entrée d’air dans les poumons a un effet « magique », au point de transformer l’ADN ou la conscience de l’individu !

La photo du fœtus mort chez une mère assassinée, publiée il y a quelques mois dans un quotidien italien a choqué non pas parce que l’on faisait voir un cadavre (malheureusement nous avons vu récemment à la TV et dans les journaux de nombreux d’enfants morts à la guerre et personne n’a protesté), mais parce que l’on faisait voir la réalité : qu’un foetus n’est autre qu’un enfant qui n’a pas encore goûté l’air extérieur. Et cela chaque mère sait que c’est vrai ; comme le sait quiconque soigne les petits fœtus sortis précocement de l’utérus de leur mère, appelés « enfants prématurés » ; comme le savent les chirurgiens qui opèrent les fœtus encore dans l’utérus (intra-utérin).

Je le répète : le drame est que cela nous étonne, alors qu’il faut entamer un travail culturel fait de recherche et de vulgarisation sérieuse et non plus seulement de « réactions » (à la dernière « transgression », à la dernière horreur). Le véritable effort bioéthique d’aujourd’hui n’est pas celui d’affirmer un vague sens de miséricorde envers le prochain (même les programmes de TV sont marqués par les pleurs…), mais d’être des « fans » de l’évidence, de la réalité, d’affirmer qu’un embryon est un embryon et non une cellule quelconque ; qu’un foetus de quelques centaines de grammes ressent de la douleur ; que l’ADN montre que la vie commence dès la conception. C’est comme devoir démontrer qu’une fleur est une fleur et non un verre !