Des religieuses contre le trafic d’êtres humains

Entretien avec sœur Eugenia Bonetti, missionnaire de la « Consolata »

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ROME, Lundi 5 novembre 2007 (ZENIT.org) – Un séminaire international de lutte contre le trafic et l’exploitation d’êtres humains a réuni à Rome du 15 au 20 octobre derniers, des religieuses de différentes congrégations et provenant de divers pays du monde, pour participer au lancement du premier réseau religieux international contre le trafic et l’exploitation des êtres humains.

La responsable de cette rencontre est sœur Eugenia Bonetti, missionnaire de la « Consolata », engagée dans cette lutte depuis le 2 novembre 1993 (date de sa première rencontre avec une victime d’exploitation) d’abord à Turin, puis à Rome depuis l’an 2000.

Dans cet entretien à ZENIT la religieuse trace un bilan des travaux de ce séminaire et réaffirme que « personne ne peut et ne doit se sentir étranger ou indifférent face à toute cette souffrance d’êtres innocents et sans défense, victimes de trafics et d’exploitation ».

Zenit - En quoi le rôle des religieuses, comme le souligne le thème de votre séminaire, est-il « prophétique » dans la lutte contre le trafic d’êtres humains ?

Sr. Bonetti - Car le thème de cette rencontre, « Construire un réseau : le rôle prophétique des religieuses dans la lutte contre le trafic d’êtres humains », voulait faire ressortir la grande valeur de notre présence prophétique dans le monde et dans l’Eglise, qui consiste à apporter des réponses concrètes aux urgences actuelles, en revitalisant et actualisant le charisme qui est à la base de notre fondation, au service des personnes les plus vulnérables et les plus démunies, notamment les femmes et les enfants mineurs.

Zenit - Les religieuses proviennent de plusieurs congrégations différentes. Le nombre des religieuses impliquées dans la lutte contre ce fléau social qu’est l’exploitation des personnes, est-il en augmentation ?

Sr. Bonetti - Oui, également dans les pays de l’est européen les religieuses ont pris acte de ce fléau mondial. Les 33 religieuses présentes au séminaire venaient de 26 pays et sont issues de 25 congrégations différentes ; la plus jeune avait 28 ans et la plus âgées 76, toutes unies pour une même passion : le Christ, les femmes et les enfants vulnérables, sans défense.

Que ce séminaire ait été organisé dans les locaux de l’Institut des Sœurs de Marie-Enfant, situé à côté de la colonnade de Saint-Pierre, a été apprécié par toutes les participantes ; ceci leur a donné une visibilité également au sein de l’Eglise de Rome, au Vatican et auprès des différentes congrégations religieuses féminines et masculines présentes à Rome.

Zenit - Vous avez adressé un message final qui interpelle toute l’Eglise et également les gouvernements. Personne n’est exclu du problème...

Sr. Bonetti - Effectivement, personne ne peut et ne doit se sentir étranger ou indifférent face à tant de souffrance, tant d’exploitation et de destruction de personnes innocentes et sans défense. Ce message, préparé par les participantes, s’adresse aux divers responsables gouvernementaux, aux responsables de l’Eglise et à tout le peuple de Dieu, ainsi qu’aux victimes et à ceux qui les exploitent.

Zenit - C’est un véritable réseau international contre l’exploitation des êtres humains que vous avez lancé…

Sr. Bonetti - Je pense que oui. Ce fut une très belle expérience, une expérience riche de contenus, dont toutes les sœurs ont été très reconnaissantes et nous espérons que ce réseau grandira et impliquera davantage, non seulement les communautés religieuses féminines pour la prévention et la protection de tant de jeunes victimes d’exploitation, mais également les communautés masculines pour un travail de prévention et d’attention au monde de la demande et aux trafiquants eux-mêmes.


Zenit - Pourquoi ce séminaire ?

Sr. Bonetti - C’est le Bureau de la traite des êtres humains de l’USMI (Union des supérieures majeures d’Italie) nationale, soutenu et financé par l’Ambassade des Etats-Unis près le Saint-Siège, qui est à l’origine de ce séminaire et qui l’a organisé.

L’objectif principal était de créer ou de renforcer un réseau de communication et de travail entre les différentes conférences des religieuses présentes dans certains pays de provenance, de passage et de destination de tant de femmes et de mineurs, vendus et achetés comme des marchandises. Notre espoir est de pouvoir créer un réseau, de travailler ensemble pour venir en aide à toutes ces personnes, traitées comme des esclaves, qui attendent encore d’être libérées de leurs chaînes.

Ce n’est que comme cela que notre vie religieuse et missionnaire pourra exprimer pleinement son rôle prophétique dans le monde d’aujourd’hui.