Des témoins du Christ au XXe siècle en Allemagne, par Mgr Moll

« Pour ne pas oublier », à la demande de Jean-Paul II

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ROME, Jeudi 29 mars 2007 (ZENIT.org) – « Les témoins du Christ » au XXe siècle en Allemagne, manifestent comment des catholiques allemands ont résisté au terrorisme nazi au nom du Christ et de l’Evangile, souvent jusqu’à la mort, plutôt que de tolérer les atrocités du régime sans s’y opposer.



C’est ce que révèle le livre de Mgr Helmut Moll publié en italien aux éditions San Paolo et publié en Allemagne avec un vrai succès de librairie, puisque le livre en est à sa 4e édition. Cette dernière édition a accueilli les notices biographiques de 80 nouveaux témoins de cette résistance.

Mgr Moll a présenté l’édition italienne de son livre ce matin à Rome, à l’ambassade d’Allemagne fédérale près le Saint-Siège, et la presse y a été accueillie par l’ambassadeur M. Hans-Henning Horstmann.

M. Horstmann a souligné que le livre italien présente une sélection du premier volume de l’édition allemande du livre, le second volume étant consacré aux martyrs du communisme dans les rangs des catholiques d’Allemagne.

L’ambassadeur citait le président de la conférence des évêques d’Allemagne, Mgr Karl Lehmann, archevêque de Mayence, qui, dans sa préface rappelle la demande faite par Jean-Paul II aux conférences épiscopales, en vue de l’an 2000 : « Les hommes et les femmes persécutés et tués à cause de leur foi dans la religion chrétienne ne doivent pas être oubliés ».

« Le sous-titre du livre, ajoutait M. Horstmann, est : ‘les martyrs allemands sous le nazisme’. Ce volume rassemble donc les biographies de curés de paroisses, de religieux et de laïcs qui représentent l’autre Allemagne, l’Allemagne la meilleure, où l’esprit de vérité et de liberté ne s’est jamais éteint. Parmi eux, je veux mentionner Edith Stein (sainte Thérèse Bénédicte de la Croix), le jésuite Alfred Delp, les jeunes étudiants Willi Graf, Christoph Probst et Sophie Scholl, et leur professeur Kurt Huber ».

On reconnaît les noms des membres du réseau de la « Rose Blanche » qui a inspiré le film émouvant de Marc Rothemund, avec Julia Jentsch, sorti en France en 2006 : « Sophie Scholl, les derniers jours ».

« Cette liste impressionnante de noms catholiques, faisait observer M. Horstmann, ne doit pas nous faire oublier qu’il y a eu de nombreuses autres personnes – du protestantisme allemand, de la haute bourgeoisie, et de la noblesse, qui ont rendu à leur façon un témoignage fort contre la dictature et l’ont payé ce témoignage de la conscience du prix de leur vie. Je me limite à rappeler le théologien luthérien, Dietrich Bonhoeffer, le comte Helmut James von Moltke et le diplomate Adam von Trott zu Solz ».

« Jean-Paul II a écrit : ces hommes et ces femmes ne doivent pas être oubliés, a conclu l’ambassadeur. J’estime que ce livre est une contribution importante à l’histoire contemporaine et à la mémoire des innombrables personnes qui ont été fidèles à leur conscience ».

Mais le travail de Mgr Moll n’a pas été rendu facile par cette simple raison que le péril impliquait le secret, la clandestinité, et la destruction systématique de toute trace qui aurait dû se révéler dangereuse pour beaucoup.

Mgr Moll citait à ce propos le cardinal Henri de Lubac : l’auteur des feuillets de témoignage chrétien étaient ignorés des distributeurs, et les distributeurs des auteurs. La sécurité l’exigeait.

L’édition italienne du livre présente les figures de 173 prêtres, de tous les diocèses, mais aussi de la juridiction des « Visiteurs », en dehors des diocèses allemands, morts dans les camps de Dachau, Treblinka, Auschwitz, Sachsenhausen, etc. ou dans les prisons du régime.

Jean-Paul II a béatifié à Berlin, le 23 juin 1996, Karl Leisner (cf. http://www.karl-leisner.de/frankreich.html), qu’il avait proposé comme modèle aux jeunes d’Europe à Strasbourg, en 1988, devant quelque 42 000 jeunes, et Bernhard Lichtenberg, qui chaque jour, soulignait alors le pape, priait les vêpres : « pour les chrétiens non ariens gravement opprimés, pour les juifs persécutés, pour les prisonniers dans les camps de concentration ».

Ce sont aussi 58 religieux de 23 congrégations différentes, 4 religieuses, dont Edith Stein canonisée en 1998, et 121 laïcs, hommes (107) et femmes (14), parfois des couples, de toutes les classes sociales et de professions les plus différentes, le plus jeune, un servant d’autel, ayant 17 ans, et le plus âgé 73 ans.

Ce sont des martyrs du nazisme ou du communisme, des martyres de la pureté, ou des martyrs en mission.

Certaines causes de béatification ont été ouvertes. Mgr Moll annonçait qu’il était actuellement postulateur de la cause de 16 religieuses de Sainte-Catherine de Braunsberg-Braniewo, fondées par la bienheureuse Regina Prottmann.

Mgr Moll citait entre autres le nom de Fritz Gehrlich, un journaliste bavarois, calviniste qui avait embrassé la foi catholique, et a résisté à l’oppression dans le quotidien « Der neue Weg », anti-nazi notoire, et d’ailleurs pour cela lu par un certain M. Ratzinger, père de Benoît XVI. Des journalistes bavarois ont demandé au cardinal Friedrich Wetter, archevêque émérite de Münich et Freising, d’ouvrir sa cause.

Un autre nom cité par Mgr Moll, celui de Lise-Marie Maïowski, jeune juive originaire de Cologne, médecin, devenue catholique en 1933, qui avait étudié à Rome, Bonn et Munich, et était entrée dans le Tiers-Ordre dominicain. Elle partit pour la Hollande dans le dessein d’aider les juifs persécutés. C’est là qu’elle fut arrêtée et elle fut déportée à Auschwitz, où elle périt en chambre à gaz, à 38 ans. Son procès de béatification a été ouvert par l’évêque polonais de Torun.

Mgr Moll soulignait que les trois critères catholiques pour qu’il y ait « martyre » au sens technique du terme sont : la mort violente, la volonté de témoignage du Christ Sauveur et de l’Evangile, et la disposition à mourir s’il le faut pour cela.

Un « martyrologe œcuménique » est en préparation par les soins de la communauté de Bose, en Italie, mais la première chose est effectivement de se mettre d’accord sur les critères à retenir pour le « martyre ».

Par exemple, des chrétiens qui ont protesté contre le nazisme par le suicide, ne pourraient pas être retenus selon ces critères catholiques, mais sont retenus par le « martyrologe luthérien » publié ne l’an 2000.

En revanche, l’Eglise catholique retient également le « martyre de la pureté » – connu dès les premiers siècles chrétiens – car, disait Mgr Moll, pour la foi catholique, « le corps n’est pas une marchandise, c’est le Temple de l’Esprit », ainsi, celui qui fait violence au corps d’une femme « s’attaque à sa personne même », à son intériorité même.

Un tel martyrologe a également été établi, soulignait Mgr Moll, pour les catholiques de Russie par les soins du P. Bronislas Czaplicki (cf. http://www.catholicmartyrs.ru), présent à la conférence de presse.

Etait également présente Stefania Falasca, auteur italienne d’un livre sur le grand évêque de Münster, von Galen béatifié l’an dernier par Benoît XVI : « Un évêque contre Hitler : von Galen, Pie XII et la résistance au nazisme » (éd. San Paolo).

Enfin, Mgr Moll exprimait le vœu qu’un tel « martyrologe » des « témoins » de France au XXe siècle puisse également être publié un jour. Mais c’est à l’autorité de la conférence des évêques que revient une telle initiative.