Des Veilleurs à l'Ecologie humaine, une mobilisation inédite

Une résistance culturelle mise en oeuvre

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 944 clics

Des Veilleurs à l'Ecologie humaine, une mobilisation française inédite se poursuit contre la loi Taubira adoptée par le Sénat - à main levée - puis par l'Assemblée nationale française pour le mariage et l'adoption "pour tous" et leurs conséquences.

Les "Veilleurs" sont aussi à Rome. Rendez-vous demain, mercredi. La date n'est pas fortuite: le 8 mai est férié en France, avec la fête de la victoire de 1945. Pour les Anglophones, c'est le "Victory Europe Day" (V-E Day). 

Paix, calme et détermination

Un jour de congé que les Français de Rome contraires à la loi Taubira ont choisi pour manifester pacifiquement, de 19h à 21h, devant l'ambassade de France auprès de l'Italie, le Palais Farnese, pour "défendre le droit des enfants à grandir avec un père et une mère".

Il annoncent leur détermination: "Nous venons en paix pour défendre le droit des enfants de grandir avec l’amour d'un père et d'une mère. Notre résistance pacifique est inscrite dans l'espoir d’un droit immuable de l'enfant d'avoir un papa et une maman. Nous n'abandonnerons pas." 

L'opposition à la loi votée le 23 avril en dernière lecture à l'Assemblée nationale a donc pris une nouvelle forme avec ces "veilleurs" en France et à l'étranger: à Jérusalem-Ouest, par exemple, devant le consulat de France de la rue Botta.

Radio Vatican - et la presse italienne - soulignent aujourd'hui que ces "veilleurs" sont "des personnes qui se rassemblent pour quelques heures le soir dans un lieu en plein air, en face d'un bâtiment public ou devant l'ambassade pour ceux qui sont à l'étranger, et lisent des textes, chantent", "des personnes de toutes les classes sociales, de toutes confessions et sexes".

Le quotidien français Le Figaro, expliquait pour sa part, que le mouvement est né le 16 avril - avant le dernier passage de la loi devant les Députés français - en marge de la "Manif pour tous", et qu'il est "en expansion" et ceci "à la grande surprise de ses instigateurs, Axel et Alix": "ce groupe d'amis appelle à la révolution calme des consciences, par l'art et la culture, à «l'élévation de l'esprit sur la force, l'arme des faibles», pour regagner la liberté confisquée par une société «auto-normée»." 

Les réseaux sociaux aussi sont les vecteurs de cette protestation pacifique: les Veilleurs de Rome ont leur page Facebook et leur compte Twitter.

"À coups de lectures de grands auteurs, de poètes, de philosophes, d'échanges et de méditations, ces Veilleurs improvisent des soirées de «résistance non violente» sur des sites déterminés au dernier instant, en marge des manifestations contre le mariage homosexuel", explique encore Delphine de Mallevoüe. A Rome, on cite Georges Bernanos:“L’espérance est un risque à courir”.

L'impulsion du mouvement a été donnée avec la nuit de garde à vue dont ont écopé 67 jeunes opposés à la loi Taubira qui faisaient un sit-in devant l'Assemblée nationale. 

De là aussi le choix d'une manifestation "assis en silence, «dans la paix, le calme et la détermination», comme le stipulent les SMS qui fixent les rendez-vous à l'improviste. Ces veillées contrastent avec les slogans des manifestants contre le gouvernement et le mariage homosexuel. Ici, on lutte avec la culture, l'art, le patrimoine des grands auteurs, de tout bord politique. Pierre-Joseph Proudhon, théoricien de l'anarchie, est lu, dans ses passages sur l'importance du mariage, aux côtés de Charles Péguy, Bernanos ou Aragon."

« Révéler par le beau, par l'universalité de la pensée des auteurs de tous siècles et de toutes sensibilités, avérer le mensonge et la manipulation des politiques par les contradictions, briser cette culture de mort qui hante notre société, semer un espoir de liberté », résume Axel, toujours dans le Figaro.

Sans haine ni domination

Ce mouvement des Veilleurs est une forme de protestation et de résistance culturelle pacifique qui se développe au moment où les évêques de France eux-mêmes avaient craint les débordements dus à l'exaspération sociale provoquée par la loi. Au terme de l'Assemblée de printemps, à Paris, le 18 avril, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France jusqu'en juillet, avait notamment déclaré, dans son discours de clôture: "Aucune action guidée par la haine, aucune action qui suscite la haine, ne peut se revendiquer de l'Evangile du Christ".

"Nous ne pouvons pas encourager une action publique qui détournerait les enjeux du débat pour en faire un moyen de déstabiliser le pouvoir politique. Le modèle de notre mission dans le monde n'est pas celui des zélotes, c'est celui du Christ qui s'est toujours gardé de laisser occulter son appel à la vie parfaite par la recherche du pouvoir", avait ajouté le cardinal.

"Notre approche des problèmes n'est jamais conduite par un désir de dominer les contradicteurs par la violence, qu'elle soit verbale ou physique", avait-il souligné.

Il avait modulé le même thème aussi lors de la conférence de presse: "Je saisis l'occasion pour dire aux jeunes que ce n'est pas avec une dynamique d'agression verbale qu'ils seront plus catholiques. Au contraire, ils le seront moins."

Le cardinal Vingt-Trois a fait observer en même temps que l'adoption de la loi qui se profilait déjà "ne serait pas un échec pour l'Eglise, mais une pénalisation pour l'humanité". 

Le mouvement a-politique et a-confessionnel de la Manif pour tous qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans les rues de France et là où des Français sont expatriés, pendant des mois, ne démobilise donc pas, avec pour leitmotiv "On ne lâche rien", autrement dit: ONLR. Mais il se diversifie et structure son opposition à la vision de l'homme et de la femme, de la paternité et de la maternité, que la loi veut imposer à la société française. 

Pour une écologie humaine

Il a donné naissance aux Veilleurs. Il a aussi donné naissance au mouvement pour une "Ecologie humaine" lancé le 21 mars et relayé par le site www.ecologiehumaine.eu. Avec en préparation, les Assises de l’écologie humaine, avec un premier évènement avant l’été.

"Elles seront à la fois un lieu d’expression de convictions et un lieu de débats interdisciplinaires. De nombreuses personnes proposent déjà de contribuer, participer et s’engager", a expliqué à Zenit Tugdual Derville, l'un des porte-parole de la Manif.

Il précisait qu'il s'agit d'offrir une "alternative": "Il faut agir avec patience, en privilégiant la profondeur, quitte à réinterroger intimement nos propres modes de vie pour que, dans tous les domaines, prendre soin « de tout l’homme, de tout homme » devienne notre priorité. A plus long terme, je suis persuadé que nous offrirons ainsi une alternative à la spirale libérale-libertaire où l’homme perd son identité, et sa liberté véritable… Comme l’écologie environnementale, l’écologie humaine est « métapolitique », au-dessus des partis."

Le mouvement vise à aller au-delà de l'indignation et de la protestation: "Si nous nous limitions à nous indigner, à protester, il y aurait le risque d’une défaite ponctuelle, avec son lot de délitement, d’éparpillement voire de divisions… C’est la raison pour laquelle j’ai salué les 13 janvier et 24 mars la naissance d’un grand mouvement d’écologie humaine. Ce sera un courant de pensée au service de l’action. Il doit se développer en profondeur, en complément du mouvement social de résistance au projet de loi. Car la question qui est posée à l’humanité est inédite, comme celle qu’a posée l’écologie environnementale à son émergence. Après avoir intégré à nos préoccupations l’avenir de la planète, pour que les générations futures puissent avoir accès aux ressources naturelles et à un environnement viable, nous devons nous préoccuper de l’essence de l’homme." 

C'est là que se rencontrent les enjeux de la Manif: "L’altérité sexuelle, à la source de toute vie, est un bien précieux à reconnaitre, protéger et transmettre aux hommes qui naîtront. Il y a bien d’autres réalités que l’écologie humaine devra reconnaitre comme patrimoine commun de l’humanité. Il s’agit de promouvoir une culture de la vulnérabilité face à la culture de toute-puissance qui nie notre identité."