"Devant la souffrance, je m'approche"

"Je suis prêtre", confidences du pape dans l'avion

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 760 clics

« Je suis prêtre, et devant la souffrance humaine, je sens que je dois m'approcher », confie le pape François dans l'avion de Séoul à Rome, au terme de son voyage apostolique en Corée du Sud, le 18 août 2014.

Durant les 11h30 de vol, le pape a en effet répondu aux questions des journalistes : après la situation irakienne, les relations avec la Chine et la paix en Terre Sainte, le pape est revenu sur son voyage sur la « terre du matin calme ».

Avec la douleur, on ne peut être neutre

Il a évoqué notamment sa rencontre avec les familles endeuillées par le naufrage du ferry Sewol, le 15 août à Daejeon : « Quand tu te trouves devant la douleur humaine, tu dois faire ce que ton cœur te porte à faire... en pensant à ces hommes, à ces femmes, des papas et des mamans, qui ont perdu leurs enfants, à la douleur si grande provoquée par une catastrophe… je suis prêtre et je sens que je dois m’approcher ! Une parole de ma part n’est pas un remède, ne redonne pas la vie à ceux qui sont morts, mais dans ces moments-là, la proximité humaine donne de la force, elle aide beaucoup. »

Derrière ces gestes, pas « d'intention politique », a-t-il précisé : « J’ai porté par solidarité [le ruban jaune des victimes de Sewol]. Après l'avoir porté pendant une demi-journée, quelqu’un s’est approché et m’a dit : "Il vaut mieux l’enlever. Vous devez être neutre…". Je lui ai répondu : "Avec la douleur humaine, on ne peut pas être neutre". »

Un peuple fort dans sa dignité

Le pape a rendu hommage au peuple coréen, « un peuple qui n’a pas perdu sa dignité » : « un peuple qui a été envahi, humilié, qui a subi des guerres, qui est maintenant divisé, avec beaucoup de souffrances ». Mais « un peuple fort dans sa dignité ».

De même les « femmes de réconfort », forcées à se prostituer par l'armée japonaise durant la seconde guerre mondiale, que le pape a rencontrées au dernier jour de sa visite, « n’ont pas perdu leur dignité » : « lors de cette invasion, c’était des jeunes filles, emmenées dans les casernes, pour être exploitées... Aujourd’hui, elles montraient leur visage, malgré tout ce qu’elles ont souffert, elles ont une dignité ».

« Les premiers Pères de l’Église disaient que le sang des martyrs est semence de chrétiens. Vous autres, Coréens, vous avez semé beaucoup, beaucoup », a-t-il ajouté.

La couronne d'épine de la Corée

Abordant la division entre la Corée du nord et la Corée du sud, où « beaucoup de familles ne peuvent pas se retrouver », le pape a assuré qu'il priait pour que « la souffrance de la division se termine ».

« Aujourd’hui, dans la cathédrale, là où j’ai revêtu les ornements liturgiques pour la messe (pour la paix et la réconciliation, ndlr), on m’a fait un cadeau, une couronne d’épines du Christ, faite avec le fil de fer qui divise les deux parties de l’unique Corée. Dans l’avion, c’est le cadeau que j’emporte... », a-t-il confié.

Le pape a cependant fait part de son espérance : « Les deux Corée sont frères, elles parlent la même langue ; quand on parle la même langue, c’est qu’on a la même mère et cela donne de l’espérance. »

La cruauté d'un monde en guerre

Mais toutes ces souffrances « sont les fruits de la guerre », a-t-il fait observer : « aujourd’hui, nous sommes dans un monde en guerre, partout !... une troisième guerre mondiale, mais par petits bouts ».

Le pape a dénoncé la « cruauté » de ce monde, où les bombes tuent « l’innocent avec le coupable, l’enfant, avec la femme, avec la maman… On tue tout le monde ». Il a exhorté à « s'arrêter et réfléchir à ce niveau de cruauté auquel nous sommes arrivés. Cela doit nous effrayer ! ».

Il a aussi déploré la torture, proposant aux médias de mener une réflexion sur la cruauté et la torture : « comment voyez-vous cela aujourd’hui ? Quel est le niveau de cruauté de l’humanité ? Et que pensez-vous de la torture ? ».