Diaconia 2013: message du card. Bertone

"Servons la fraternité"

Rome, (Zenit.org) | 963 clics

"Notre contribution dans ce monde en crise, est d’apporter un amour créatif qui résiste au fatalisme ambiant", déclare le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’État du Saint-Siège, dans un message lu par Mgr Bernard Housset, président du Conseil National pour la solidarité, lors du rassemblement national de l'Eglise de France à Lourdes (9-11 mai) "Diaconia 2013 : Servons la fraternité".

Message du card. Bertone

Sa Sainteté le Pape François adresse ses cordiales et affectueuses salutations aux Évêques, aux prêtres, aux diacres, aux religieux et religieuses et aux fidèles représentant tous les diocèses de France, réunis à Lourdes près de la grotte de Massabielle. C’est une joie toute particulière de saluer l’initiative Diaconia 2013, fortement inspirée par l’encyclique Deus Caritas est. Joie à laquelle s’associent ceux et celle qui, vivant dans une grande souffrance comme la précarité, l’abandon, l’humiliation, la solitude, trouvent dans l’Église un service d’amour fraternel, de rencontre et d’écoute.

Nous voici au terme de ce temps pascal où le Christ à travers sa mort et sa résurrection, a fait éclater sa victoire ; il a définitivement vaincu la mort et le mal. L’Église vit de ce mystère pascal et elle manifeste à son tour cet amour vainqueur en exerçant sa triple tâche : « l’annonce de la Parole de Dieu, la célébration des Sacrements et le service de la charité. Ce sont trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre » (Deus Caritas est, n. 25). En vivant ces trois tâches, l’Église est pleinement elle-même et rend présent le Christ ressuscité à tout homme.

La diaconia, dont le premier responsable est l’Évêque, est le service de la charité, avec une attention privilégiée aux plus souffrants, aux plus pauvres. Dans la Bible, la pauvreté est avant tout une qualité pour vivre de Dieu,-le pauvre biblique est celui qui se dépouille de lui-même pour s’ouvrir au Christ et nous savons que le premier pauvre est le Christ lui-même, « qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (cf. 2 Co 8,9) -. En continuité avec Lui, la mission de l’Église consiste à porter la lumière du Christ ressuscité dans les lieux les plus obscurs, là où la souffrance règne dans les cœurs et les corps. C’est pourquoi l’amour du Christ nous pousse vers le cri de celui qui souffre à cause d’une pauvreté sociale, économique, psychologique. Celui qui coopère à cette mission de l’Église vit de ce partage pascal et fraternel sans « s’inspirer des idéologies de l’amélioration du monde, mais se laissant guider par la foi qui, dans l’amour, devient agissante (cf. Ga 5,6) » (cf Deus caritas est, n.33).

Le monde actuel est confronté à une crise financière, économique et écologique grave qui provoque beaucoup de souffrances, particulièrement chez les plus fragiles. Cette crise advient en terrain miné par des idéologies de réussite individuelle, de performance et de compétition qui fragilisent considérablement la société et aggravent la pauvreté. Nous savons toutefois que la vraie cause de cette crise est provoquée par des conceptions anthropologiques et éthiques erronées qui se trouvent au centre de ces dysfonctionnements où l’homme n’est plus regardé en tant qu’image de Dieu. Dans l’appréhension de cette crise, l’Église s’adresse à la dignité et à la liberté de la personne humaine non sous forme de prescriptions, mais comme une réflexion visant à révéler la vérité et la lumière du Christ en matière sociale, une vérité qui s’impose par la force qu’elle porte en elle-même.

Notre contribution dans ce monde en crise, est d’apporter un amour créatif qui résiste au fatalisme ambiant parce qu’il est animé par l’espérance qui nous vient du Christ ressuscité. En s’associant avec les plus pauvres, il s’agit de redécouvrir des expériences prophétiques et pleines de sens. L’Église est donc appelée à être dans le monde le signe de la bonté, de la compassion et de la tendresse paternelles de Dieu pour chaque personne. C’est par ce témoignage que les chrétiens coopèrent à la Nouvelle Évangélisation. Il s’agit donc de former les cœurs et de les mobiliser de façon nouvelle et plus profonde pour les aider à affronter les nouveaux défis d’aujourd’hui.

Pour réaliser notre mission et nous y engager à fond, nous avons une source bien particulière qui est Dieu notre Père. En effet, construire la fraternité signifie, pour l’Église, être en communion les uns avec les autres grâce au mystère de l’Eucharistie, don inouï de Jésus Christ notre Frère. Dans ce sacrement qui unit l’amour de Dieu à l’amour du prochain, nous découvrons cette fraternité n’a pas une fin en elle-même, mais elle est appelée à servir. Se forme ainsi une communion qui va bien au- delà des rapports de justice sociale ou de politique. Cette communion est une bonne nouvelle pour notre monde car elle reflète la victoire de Pâques. Elle est enracinée dans l’amour du Christ et du prochain. Par ailleurs une identité catholique n’a jamais été un obstacle pour collaborer avec d’autres ou pour servir aux frontières de notre monde. Le Christ a voulu que les chrétiens soient comme la lumière du monde et le levain de la pâte. Ainsi « le message chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se détourner du sort de leurs semblables : il leur en fait au contraire au contraire un devoir plus pressant » (Gaudium et Spes, n. 34 §3).

Le Pape François encourage tous les fidèles de l’Église en France et tous les participants à ce rassemblement, à ouvrir les portes de leurs communautés pour que, animées par le sacrement de l’amour, celles-ci deviennent des lieux de rencontre, de charité, pour tous ceux qui cherchent une main fraternelle. L’Église, à la suite du Christ, rejoint et accompagne tous ceux qui sont écrasés par les épreuves de la vie.

A cet effet, le Saint-Père, vous confie à l’intercession maternelle de Notre-Dame de Lourdes et il adresse à tous de grand cœur la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 25 avril 2013

Cardinal Tarcisio Bertone Secrétaire d’État