Dialogue interreligieux : mettre la miséricorde en pratique

Pour « jeter des ponts » entre les religions

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ROME, jeudi 23 février 2012 (ZENIT.org) – La Miséricorde est « incontournable » pour tout croyant, et sa pratique peut « jeter des ponts » entre les religions : c’est ce qu’ont conclu les participants au XIVe Congrès de la Miséricorde divine, organisé par les Pallottins.

Le XIVe Congrès de la Miséricorde divine, qui a rassemblé environ 200 personnes, s’est déroulé du 17 au 19 février, à Paris, chez les Pères Lazaristes (cf. Zenit du 13 février 2012). La Congrégation des Pères Pallottins œuvre pour cette cause depuis de nombreuses années, en collaboration avec les Sœurs Pallottines et d’autres congrégations religieuses, ainsi que des laïcs.

Le P. Zdzislaw Prusaczyk, Pallottin, responsable de l’Apostolat de la Miséricorde divine, revient pour Zenit sur ce Congrès, estimant que le thème de la Miséricorde divine est « complexe » mais « incontournable pour tout croyant ».

Un temps de dialogue œcuménique et interreligieux

Au niveau œcuménique, déclare le P. Prusaczyk, le Congrès a suggéré que l’unité des Eglises chrétiennes pourrait « avancer vers son accomplissement » si la perception de la Miséricorde divine était placée « au centre », non seulement de la « réflexion théologique » de ces Eglises, mais également « dans leur pratique évangélique ».

Pour le pasteur Agnès Von Kirchbach, de l’église Réformée de France, la « mise en pratique » de la miséricorde dans la vie de la communauté ecclésiale peut « jeter des ponts entre les églises séparées par les questions  doctrinales ». Son intervention, qui traitait des « conséquences de la Miséricorde pour la vie de l’église », a été, selon le P. Prusaczyk, « une ouverture vers l’espérance de guérison de la blessure entre les églises ».

Le théologien orthodoxe Michel Stavrou, professeur à l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge, de Paris, a présenté le thème de la Miséricorde « dans l’expérience du christianisme oriental », traitant notamment de la place de l’invocation de la Miséricorde divine dans la liturgie des saints offices, de l’Eglise orthodoxe.

Au niveau interreligieux, Yeshaya Dalsace, rabbin du mouvement Massorti, de l’Est parisien, a parlé du « Dieu miséricordieux dans le judaïsme », en s’appuyant entre autres sur la traduction de la Bible par André Chouraqui.

La conférence de M. Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne, ancien président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) de la région Rhône-Alpes, et membre de l'Union des organisations islamiques de France  (UOIF), était « très attendue », confie le P. Prusaczyk : elle a soulevé un « grand intérêt » de la part des participants, qui ont remarqué le rapport « d’amitié réciproque » témoigné entre M. Gaci et le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon – qui introduisait la conférence. Le musulman a présenté sa religion sous l’aspect de la « glorification et de la grandeur » de la Miséricorde divine, qui est « confessée et mise en pratique dans tous les domaines de la vie du musulman croyant ».

Pour les religions orientales, le père pallotin Leszek Woroniecki a présenté la notion de la miséricorde dans le bouddhisme.

Le père Patrice Chocholski, du diocèse d’Ars-Belley, s’est intéressé à la Miséricorde divine « dans les relations inter-religieuses » : il a souligné le « rôle essentiel » de la confiance dans la Miséricorde « dans nos relations aux autres, même s’ils sont nos ennemis ». S’appuyant sur l’exemple du pardon de Christian de Chergé, prieur des moines de Tibhirine, précise le P. Prusaczyk, l’intervenant a suscité une réflexion sur « le vrai sens de la pratique de la miséricorde » y compris dans les « situations extrêmes ».

Un temps de ressourcement théologique et spirituel

Le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, a par ailleurs présenté la notion de la Miséricorde dans les écrits des pères de l’Eglise, mettant au centre la personne de Jésus Christ comme « Image parfaite de la Miséricorde du Père ». Il a en outre abordé la notion de « l’Eglise comme sacrement de miséricorde au milieu du monde ».

Le Congrès était également un temps fort spirituel, ancré dans la prière : eucharistie, vénération des reliques de sainte sœur Faustine, Heure de la Grande Miséricorde animée par le père Zdzislaw Prusaczyk, avec l’Apostolat de la Miséricorde Divine, et chapelet à la Miséricorde divine, présidé par le père Daniel Ange et son école d’évangélisation « Jeunesse-Lumière ».

Deux « Apôtres » de la Miséricorde divine ont été présentés : sainte Faustine, par sœur Sangwina de la congrégation de Notre-Dame de Miséricorde de Cracovie, où sainte Faustine a fait profession religieuse, et saint Vincent Pallotti, fondateur des Pères Pallottins, par le P. Alexandre Pietrzyk, pallottin.

Les participants se sont dits, à l’unanimité, « saisis par la grandeur de la grâce divine », rapporte le P. Prusaczyk : ils sont sortis de ce Congrès avec la volonté de « transmettre la Miséricorde » là où ils vivent, et de « rechercher ce qui rassemble et non ce qui divise ».

Anne Kurian