Dieu et l'espace : récit d'un astronaute

La terre vue du ciel par Roberto Vittori

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Rome, jeudi 1er mars 2012 (ZENIT.org) – Découvrir l’univers, les planètes, les étoiles, les nébuleuses, les trous noirs, comme une création de Dieu unique, et comprendre que chacun fait partie intégrante et agissante du cosmos : c’était le thème de la soirée L’espace et Dieu, qui s’est déroulée jeudi 23 février à Rome, au Théâtre Argentina. L’événement était organisé par le service diocésain de la pastorale universitaire et par les étudiants des collèges universitaires de la capitale, en collaboration avec le ministère italien de l’Instruction, de l’université et de la recherche, avec l’astronaute italien Roberto Vittori, le prof. le professeur Antonio Viviani, Antonino Zichichi, et le directeur de l’Agence spatiale européenne (ESA), Jean-Jacques Dordain.

« L’espace, a expliqué à l’auditoire l’astronaute Roberto Vittori - un des invités de cette soirée – est certainement science et technologie, mais aussi imagination et art. J’ai eu la chance de pouvoir faire trois expériences de vols, deux fois avec les Russes et une fois avec le dernier vol de la navette spatiale. Chacune de ces aventures est tout à fait unique. L’homme fait des choses que, humainement, il ne pourrait pas faire : il monte à bord d’une fusée, il attend le compte à rebours, l’allumage des moteurs et il arrive dans l’espace. C’est un privilège incroyable de pouvoir regarder la terre de l’extérieur. Pour moi, dès la première fois, cela a été une sensation extrêmement forte, parce que la beauté de la terre, vue de la station spatiale, est quelque chose d’indescriptible, cette « planète bleue » renvoie vraiment un message d’espérance fort ».

Vittori a évoqué l’émotion de la préparation au vol, de l’arrivée à la station spatiale, l’entraînement qui dure plusieurs jours, jusqu’à celui, fatidique, du lancement. « Le parcours que nous faisons avant d’arriver au compte à rebours, qui annonce le lancement dans l’espace, est vraiment très beau et extrêmement émouvant, il t’emporte en dehors du monde. C’est difficile de choisir parmi les émotions qui m’ont particulièrement frappé, mais si je devais en nommer une, je dirais que le plus beau moment est l’atterrissage, le retour sur la terre, lorsqu’on retrouve ses proches et qu’on découvre  que « hommes nous sommes, et hommes nous demeurons ».

En mai dernier, le colonel Vittori a fait partie des astronautes qui ont été les protagonistes de la liaison en direct organisée entre Benoît XVI et la station spatiale internationale (cf. Zenit du 23 mai 2011). « Le pape, a-t-il raconté, a été capable de dépasser absolument la barrière du scientifique et de la technologie pour pénétrer dans nos cœurs. Cela a certainement été un événement historique. En fait, c’était la première fois qu’une telle opportunité se présentait. Pour chacun de nous, ces moments, les paroles d’encouragement et d’espérance de Benoît XVI, resteront gravés à jamais dans nos mémoires, comme un des moments fondamentaux de la mission spatiale ».

Un autre invité de cette soirée était le professeur Antonio Viviani, scientifique de renommée mondiale, qui a conduit, en 1994 et en 1996, deux essais fondamentaux, justement à bord du « Space Shuttle Columbia » au « Marshall Space Flight Center » de la NASA.

Visiblement ému, Viviani s’est adressé aux jeunes qui l’écoutaient, fascinés : « Mise à part la tension évidente qui t’accompagne jusqu’à la fin de l’expérience - qui, dans mon cas, a duré 7 heures – pendant les brefs intervalles qui me permettaient de détacher ma pensée des commandes, écrans, vidéo-enregistreurs, casques, micros et autres, je me tournais mentalement vers le Seigneur en le priant de me soutenir jusqu’au bout et en lui demandant que tout se passe pour le mieux, parce que beaucoup étaient sceptiques quant à la réussite de cette expérience. C’était en 1996, et c’était la première fois que je la tentais, justement l’année du 25èmeanniversaire du lancement d’Apollo 11, qui avait envoyé l’homme sur la lune pour la première fois. C’est peut-être pour cela que je repensais au message que le pape Paul VI avait envoyé aux astronautes d’Apollo 11, avec des paroles qui resituaient l’action humaine à la lumière de la grandeur et de la bonté de Dieu. A la fin de cet essai, qui s’est bien terminé, les deux astronautes de Colombia, Don Thomas et Leroy Chiao, ont voulu parler avec moi. Tout en écoutant leur voix, je ne pouvais pas m’empêcher de penser, moi aussi, à la grandeur de la création et de Dieu, alors qu’ils étaient en train de me dire, pleins d’affection et d’humanité : « Antonio, enjoy your lunch ! », c’est-à-dire « Bon appétit, Antonio ! ».

Quant au scientifique Antonino Zichichi, il a expliqué aux jeunes la nouvelle théorie sur le rapport espace-temps à 43 dimensions : « L’étude de l’espace nous a amenés à comprendre la logique qui gouverne le monde : aujourd’hui, nous sommes certains que l’espace-temps à quatre dimensions ne suffit plus pour décrire la logique de Celui qui a fait le monde. D’après ce que nous réussissons à comprendre, à la base de notre existence matérielle, il y a un espace-temps à 43 dimensions. Et donc, si ce que nous pensons est vrai, nous sommes les enfants d’un « super monde » ; cela veut dire qu’une logique rigoureuse apparaît, non pas en observant l’espace, ni en observant les étoiles, mais en étudiant les pierres qui ont été faites par la même Personne que celle qui a fait les étoiles. Rien n’est le fruit du hasard, mais il y a un Auteur suprême au dessus de tout ».

La soirée a été conclue par Mgr Lorenzo Leuzzi, nouvel évêque auxiliaire de Rome, chargé de la pastorale universitaire, qui a invité les jeunes à être des chrétiens « intelligents », à « dépasser leur ignorance » et à « apprendre à connaître la réalité » par l’étude et la recherche, parce que c’est seulement comme cela qu’ils pourront trouver « le vrai visage de Dieu ».

Marina Tomarro

Traduction d’Hélène Ginabat