Discours de Benoît XVI à la Commission théologique internationale

Conclusion de l'assemblée plénière, 2 décembre 2011

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ROME, lundi 5 décembre 2011 (ZENIT.org) – « Sans une saine et vigoureuse réflexion théologique, l’Eglise risquerait de ne pas exprimer pleinement l’harmonie entre la foi et la raison », affirme Benoît XVI, qui ajoute immédiatement : « Sans le vécu fidèle dans la communion avec l’Eglise, et l’adhésion à son magistère en tant qu’espace vital de son existence, la théologie ne réussirait pas à rendre raison adéquatement du don de la foi. »

La Commission théologique internationale a tenu sa session plénière au Vatican du 28 novembre au 2 décembre, pour approfondir trois thèmes: la question de la méthode dans la théologie d’aujourd’hui, la compréhension du monothéisme, et la signification de la Doctrine sociale de l’Eglise catholique.

Le pape a reçu les membres de la Commission au terme de ses travaux, vendredi 2 décembre 2011. Il leur a adressé le discours suivant en italien:

Messieurs les Cardinaux,
Vénérés frères dans l’Episcopat,
Illustres professeurs et professeures, chers collaborateurs!

C’est une grande joie pour moi de pouvoir vous accueillir à l’occasion de la conclusion de la session plénière annuelle de la Commission théologique internationale.

Je voudrais vous exprimer avant tout mes remerciements sincères pour les paroles que Monsieur le Cardinal William Levada a voulu m’adresser en votre nom à tous, en qualité de président de la Commission.

Les travaux de cette session ont coïncidé cette année avec la première semaine de l’Avent, une occasion qui nous fait nous rappeler que chaque théologien est appelé à être un homme de l’Avent, témoin de l’attente vigilante qui éclaire les voies de l’intelligence de la Parole qui s’est faite chair. Nous pouvons dire que la connaissance du vrai Dieu tend vers cette “heure” qui nous est inconnue, où le Seigneur reviendra, et qu’elle s’en nourrit constamment. Tenir notre vigilance éveillée et vivifier l’espérance de l’attente ne sont donc pas une tâche secondaire pour une pensée théologique juste, qui trouve sa raison [d’être] dans la Personne de Celui qui vient à notre rencontre et qui éclaire notre connaissance du salut.

Je suis heureux de réfléchir aujourd’hui avec vous brièvement sur les trois thèmes que la Commission théologique internationale a étudiés ces dernières années. Le premier, comme il a été dit, concerne la question fondamentale pour toute réflexion théologique: la question de Dieu, et en particulier la compréhension du monothéisme. A partir de ce vaste horizon doctrinal, vous avez aussi approfondi un thème de caractère ecclésial: la signification de la Doctrine sociale de l’Eglise, en réservant ensuite une attention particulière à une thématique qui est aujourd’hui d’une grande actualité pour la pensée théologique sur Dieu: la question du statut même de la théologie aujourd’hui, dans ses perspectives, ses principes et ses critères.

Derrière la profession de la foi chrétienne dans le Dieu unique, se trouve la profession de foi quotidienne du peuple d’Israël : « Ecoute, Israël : le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est le seul Dieu » (Dt 6,4). L’accomplissement inouï de la libre disposition de l’amour de Dieu pour tous les hommes s’est réalisé dans l’incarnation de son Fils en Jésus-Christ. Dans cette Révélation de l’intimité de Dieu et de la profondeur de son lien d’amour avec l’homme, le monothéisme du Dieu unique a été éclairé d’une lumière complètement neuve : la lumière trinitaire. Et dans le mystère trinitaire s’éclaire aussi la fraternité entre les hommes. La théologie chrétienne, en même temps que la vie des croyants, doit restituer le bonheur et l’évidence cristalline de l’impact de la Révélation trinitaire sur notre communauté. Bien que les conflits ethniques et religieux du monde rendent plus difficile d’accueillir le caractère singulier de la pensée chrétienne de Dieu et de l’humanisme qu’elle inspire, les hommes peuvent reconnaître dans le Nom de Jésus-Christ la vérité de Dieu le Père, vers laquelle l’Esprit Saint suscite chaque gémissement de la créature (cf. Rm 8). La théologie, en dialogue fécond avec la philosophie, peut aider les croyants à prendre conscience et à témoigner que le monothéisme trinitaire nous montre le vrai visage de Dieu, et ce monothéisme n’est pas source de violence, mais est une force de paix personnelle et universelle.

Le point de départ de chaque théologie chrétienne est l’accueil de cette Révélation divine : l’accueil personnel du Verbe fait chair, l’écoute de la parole de Dieu dans l’Ecriture. Sur une telle base de départ, la théologie aide l’intelligence croyante de la foi et de sa transmission. Mais toute l’histoire de l’Eglise montre que la reconnaissance du point de départ ne suffit pas pour arriver à l’unité de la foi. Toute lecture de la Bible se situe nécessairement dans un contexte donné de lecture, et le seul contexte dans lequel le croyant peut être en pleine communion avec le Christ c’est l’Eglise et sa Tradition vivante. Nous devons vivre toujours de façon nouvelle l’expérience des premiers disciples, qui étaient « assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2,42). Dans cette perspective, la Commission a étudié les principes et les critères selon lesquels une théologie peut être catholique, et elle a aussi réfléchi à la contribution actuelle de la théologie. Il est important de rappeler que la théologie catholique, toujours attentive au lien entre foi et raison, a eu un rôle historique dans la naissance de l’Université. Une théologie vraiment catholique avec les deux mouvements, «intellectus quaerens fidem et fide quaerens intellectum», est aujourd’hui plus que jamais nécessaire pour rendre possible une symphonie des sciences et pour éviter les dérives violentes d’une religiosité qui s’oppose à la raison et d’une raison qui s’oppose à la religion.

Et puis la Commission théologique étudie la relation entre la Doctrine sociale de l’Eglise et l’ensemble de la Doctrine chrétienne. L’engagement social de l’Eglise n’est pas seulement quelque chose d’humain, et il ne se réduit pas à une théorie sociale. La transformation de la société opérée par les chrétiens à travers les siècles est une réponse à la venue au monde du Fils de Dieu : la splendeur de cette Vérité et Charité éclaire toute culture et toute société. Saint Jean affirme : « En ceci nous avons connu l’amour : dans le fait qu’il a donné sa vie pour nous ; nous devons donc nous aussi donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3,16). Les disciples du Christ Rédempteur savent que sans l’attention à l’autre, sans le pardon, sans l’amour même des ennemis, aucune communauté humaine ne peut vivre en paix; et cela commence dans cette société première et fondamentale qu’est la famille. Dans la collaboration nécessaire pour le bien commun, même avec qui ne partage pas notre foi, nous devons rendre présents les motifs religieux vrais et profonds de notre engagement social, de même que nous attendons des autres qu’ils nous manifestent leurs motivations, afin que la collaboration se fasse en toute clarté. Qui aura perçu les fondements de l’agir social chrétien pourra ainsi y trouver aussi un stimulant pour prendre en considération la foi en Jésus-Christ.

Chers amis, notre rencontre confirme de façon significative combien l’Eglise a besoin de la réflexion compétente et fidèle des théologiens sur le mystère du Dieu de Jésus-Christ et de son Eglise. Sans une saine et vigoureuse réflexion théologique, l’Eglise risquerait de ne pas exprimer pleinement l’harmonie entre la foi et la raison. En même temps, sans le vécu fidèle dans la communion avec l’Eglise, et l’adhésion à son magistère en tant qu’espace vital de son existence, la théologie ne réussirait pas à rendre raison adéquatement du don de la foi.

En présentant, par votre intermédiaire, mes voeux et mes encouragements à tous nos frères et soeurs théologiens, présents dans différents contextes ecclésiaux, j’invoque sur vous l’intercession de Marie, Femme de l’Avent, et Mère du Verbe incarné, qui est pour nous, dans sa façon de garder la Parole dans son Coeur, le paradigme de la manière juste de faire la théologie, le modèle sublime de la vraie connaissance du Fils de Dieu. Que ce soit elle, l’Etoile de l’Espérance, qui guide et protège le précieux travail que vous accomplissez pour l’Eglise et au nom de l’Eglise. Avec ces sentiments de gratitude, je renouvelle ma Bénédiction apostolique. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana
Traduction non officielle de Zenit (ASB)