Discours de Benoît XVI au Comité central des catholiques allemands (ZDK)

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ROME, Dimanche 25 septembre 2011 (ZENIT.org) – Nous publions le discours que le pape Benoît XVI a adressé ce samedi aux membres du Conseil de présidence du Comité central des catholiques allemands (ZDK) qu'il a rencontrés à Freiburg dans le cadre de son 3ème voyage apostolique en Allemagne.

Mesdames et Messieurs,
Chers Frères et Sœurs,

Je vous suis reconnaissant pour la possibilité de vous rencontrer, membres du Conseil de présidence du Comité central des Catholiques allemands (ZdK), ici à Fribourg. Je vous manifeste volontiers mon appréciation pour votre engagement à soutenir publiquement les intérêts des catholiques et à donner une impulsion à l’œuvre apostolique de l’Église et des catholiques dans la société. De même, je voudrais vous remercier, Monsieur le Président Glück, pour vos bonnes paroles, par lesquelles vous avez dit beaucoup de choses importantes dignes de réflexion.

Chers amis, des programmes dits exposure existent dans l’aide au développement depuis des années. Des personnes responsables de la politique, de l’économie et de l’Église vivent, pour un certain temps, avec les pauvres en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine et partagent leur vie quotidienne concrète. Elles se mettent dans la situation de vie de ces personnes pour voir le monde avec les yeux de ces personnes et pour apprendre de cette expérience en vue de leur propre agir solidaire.

Imaginons-nous qu’un tel programme exposure ait lieu ici en Allemagne. Des experts provenant d’un pays lointain viendraient vivre pour une semaine auprès d’une famille allemande moyenne. Ici, ils admireraient beaucoup de choses, par exemple le bien-être, l’ordre et l’efficacité. Mais, avec un regard non prévenu, ils constateraient aussi beaucoup de pauvreté : pauvreté pour ce qui concerne les relations humaines et pauvreté dans le domaine religieux.

Nous vivons à une époque caractérisée, en grande partie, par un relativisme subliminal qui pénètre tous les domaines de la vie. Parfois, ce relativisme devient batailleur, se dirigeant contre des personnes qui disent savoir où se trouve la vérité ou le sens de la vie.

Et nous remarquons combien ce relativisme exerce toujours plus une influence sur les relations humaines et sur la société. Ceci trouve aussi une expression dans l’inconstance et dans l’irrégularité de nombreuses personnes et dans un individualisme excessif. Certains ne semblent pas du tout capables de renoncer à quelque chose ou de faire un sacrifice pour d’autres. Même l’engagement altruiste pour le bien commun, dans les domaines sociaux et culturels, ou pour les personnes dans le besoin, diminue. D’autres ne sont plus en mesure de se lier de façon inconditionnelle à un partenaire. On ne trouve presque plus le courage de promettre d’être fidèle pendant toute une vie ; le courage de se décider et de dire : maintenant moi je t’appartiens totalement, ou de s’engager avec décision dans la fidélité et la véracité, et de chercher avec sincérité les solutions des problèmes.

Chers amis, dans le programme exposure l’analyse est suivie de la réflexion commune. Une telle élaboration doit regarder la personne humaine dans sa totalité, et sa relation avec le Créateur en fait partie – non seulement implicitement, mais bien explicitement.

Nous voyons que dans notre monde riche occidental il y a un manque. Beaucoup de personnes manquent de l’expérience de la bonté de Dieu. Elles ne trouvent aucun point de contact avec les Églises institutionnelles et leurs structures traditionnelles. Mais pourquoi ? Je pense que c’est une question sur laquelle nous devons réfléchir très sérieusement. S’occuper de cette question est la mission principale du Conseil pontifical pour la nouvelle Évangélisation. Mais évidemment elle nous concerne tous. Permettez-moi d’aborder ici un point de la situation spécifique allemande. En Allemagne, l’Église est organisée de manière excellente. Mais, derrière les structures, se trouve-t-il aussi la force spirituelle qui leur est relative, la force de la foi au Dieu vivant ? Sincèrement nous devons cependant dire qu’il y a excédent de structures par rapport à l’Esprit. J’ajoute : la vraie crise de l’Église dans le monde occidental est une crise de la foi. Si nous n’arrivons pas à un véritable renouvellement de la foi, toute la réforme structurelle demeurera inefficace.

Revenons cependant aux personnes auxquelles manque l’expérience de la bonté de Dieu. Elles ont besoin de lieux, où elles puissent se mettre à parler de leur nostalgie intérieure. Et ici nous sommes appelés à chercher de nouvelles voies de l’évangélisation. Une telle voie pourrait être les petites communautés, où se vivent les amitiés, qui sont approfondies dans la fréquente adoration communautaire de Dieu. Ici il y a des personnes qui racontent leurs petites expériences de foi sur leur lieu de travail et dans le milieu de la famille ou des connaissances, témoignant, de cette façon, une nouvelle proximité de l’Église avec la société. Il leur apparaît ensuite toujours plus clairement que tous ont besoin de cette nourriture de l’amour, de l’amitié concrète de l’un avec l’autre et avec le Seigneur. Le lien avec la sève vitale de l’Eucharistie demeure important, parce que sans le Christ nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 5).

Chers frères et sœurs, puisse le Seigneur nous indiquer toujours le chemin pour être ensemble des lumières dans le monde et pour montrer à notre prochain le chemin vers la source, où il puisse satisfaire son désir de vie le plus profond. Je vous remercie.

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