Discours de Benoît XVI aux prisonniers de Rebibbia

Seul l'Enfant de Bethléem libère de la prison intérieure

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ROME, dimanche 18 décembre 2011 (ZENIT.org) – Seul l’Enfant de Bethléem libère de la prison intérieure, souligne Benoît XVI qui a rendu visite ce dimanche matin, 18 décembre, aux prisonniers de la prison romaine de Rebibbia, en l’église dédiée au Père céleste. Le pape a lancé un appel contre la surpopulation des prisons, et pour des peines alternatives à la réclusion ou de réclusion différente. Le pape a dit à tous sa proximité.

Le nombre des prisons est de 206 en Italie. Le nombre des places de 40 000 et le nombre des prisonniers tourne autour de 68 000.

Voici notre traduction du discours de Benoît XVI en italien. Le pape a ensuite répondu d’abondance du cœur aux questions de plusieurs détenus.


Chers frères et sœurs,


C’est avec une grande joie et une grande émotion que je suis ce matin au milieu de vous pour une visite bien à sa place à quelques jours de la célébration de la Nativité du Seigneur. J’adresse à tous une salutation chaleureuse, en particulier au ministre de la Justice, Mme Paola Severino, aux aumôniers, que je remercie de leurs paroles de bienvenue, qui m’ont été adressées aussi en votre nom. Je salue M. Carmelo Cantone, directeur de la Maison d’arrêt, et ses collaborateurs, la police pénitentiaire, et les bénévoles qui se prodiguent pour les activités de cet institut. Et je vous salue de façon spéciale vous tous, les détenus, en vous manifestant ma proximité.

« J’étais en prison et vous êtes venus me visiter » (Mt 25, 36). Les paroles du jugement final, rapporté par l’évangéliste Matthieu, expriment pleinement le sens de ma visite d’aujourd’hui au milieu de vous. Partout où il y a un affamé, un étranger, un malade, un prisonnier, là il y a le Christ lui-même qui attend notre visite et notre aide. C’est la raison principale qui fait que je suis heureux d’être ici pour prier, dialoguer et écouter. L’Eglise a toujours reconnu, parmi les œuvres de miséricorde corporelle la visite aux prisonniers (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2447). Et celle-ci, pour être complète, requiert la pleine capacité d’accueillir le détenu, « en lui faisant de la place dans notre temps, nos maisons, nos amitiés, nos lois, nos villes (cf. CEI, Evangélisation et témoignage de la charité, 39). Je voudrais en effet pouvoir me mettre à l’écoute des histoires personnelles de chacun, or cela ne m’est pas possible ; mais je suis venu vous dire simplement que Dieu vous aime d’un amour infini. Le Fils de Dieu lui-même, le Seigneur Jésus, a fait l’expérience de la prison, il a été soumis à un jugement devant un tribunal, et il a subi la condamnation la plus féroce, à la peine capitale.

A l’occasion de mon récent voyage apostolique au Bénin, en novembre dernier, j’ai signé une Exhortation apostolique post-synodale dans laquelle j’ai rappelé l’attention de l’Eglise pour la justice dans les Etats en affirmant : « Il est urgent que soient donc mis en place des systèmes judiciaires et carcéraux indépendants, pour rétablir la justice et pour rééduquer les coupables. Il faut aussi bannir les cas d’erreurs de justice et les mauvais traitements des prisonniers, les nombreuses occasions de non application de la loi qui correspondent à une violation des droits humains et les incarcérations qui n’aboutissent que tardivement ou jamais à un procès. L’Église en Afrique […] reconnaît sa mission prophétique vis-à-vis de tous ceux et celles qui sont touchés par la criminalité et leur besoin de réconciliation, de justice et de paix. Les prisonniers sont des personnes humaines qui méritent, malgré leur crime, d’être traitées avec respect et dignité. Ils ont besoin de notre sollicitude » (n. 83).

Chers frères et sœurs, la justice humaine et la justice divine sont très différentes. Certes, les hommes ne sont pas en mesure de mettre en application la justice divine, mais ils doivent au moins regarder vers elle, chercher à accueillir l’esprit profond qui l’anime, afin qu’elle éclaire aussi la justice humaine, pour éviter – comme il arrive hélas souvent – que le détenu ne soit exclu. En effet, Dieu est celui qui proclame la justice avec force, mais qui, en même temps, soigne les blessures avec le baume de la miséricorde.

La parabole de l’évangile de Matthieu (20, 1-16) sur les travailleurs appelés pour la journée [à travailler] dans la vigne, nous fait comprendre en quoi consiste cette différence entre la justice humaine et la justice divine, parce qu’elle rend explicites les rapports délicats entre justice et miséricorde. La parabole décrit un agriculteur qui embauche des ouvriers dans sa vigne. Mais il le fait à différentes heures du jour, si bien que l’un travaille toute la journée et l’autre seulement une heure. Au moment de la remise du salaire, le patron suscite la stupeur et fait naître une discussion entre les ouvriers. La question porte sur la générosité – considérée comme une injustice – du propriétaire de la vigne qui décide de donner la même paye aux travailleurs du matin et aux derniers travailleurs de l’après-midi. Dans une optique humaine, cette décision est une injustice authentique, dans l’optique de Dieu, c’est un acte de bonté, parce que la justice divine donne à chacun ce qui lui revient, et comprend, en outre, la miséricorde et le pardon.

Justice et miséricorde, piliers de la doctrine sociale de l’Eglise, ne sont deux réalités différentes que pour nous les hommes qui distinguons attentivement un acte juste d’un acte d’amour. Pour nous, est « juste » « ce qui est dû à l’autre », alors qu’est « miséricordieux » « ce qui est donné par bonté ». Mais pour Dieu il n’en est pas ainsi : en Lui, la justice et la charité coïncident ; il n’y a pas d’action juste qui ne soit aussi un acte de miséricorde et de pardon et, en même temps, il n’y a pas d’action miséricordieuse qui ne soit parfaitement juste.

Comme la logique de Dieu est loin de la nôtre ! Comme sa façon d’agir est différente de la nôtre ! Le Seigneur nous invite à saisir et à observer le vrai esprit de la loi, pour en donner le plein accomplissement dans l’amour, pour qui se trouve dans le besoin. « La plénitude de la loi, c’est l’amour », écrit saint Paul (Rm 13,10): notre justice sera d’autant plus parfaite qu’elle sera plus animée par l’amour de Dieu et des frères.

Chers amis, le système de réclusion tourne autour de deux fondements, tous deux importants : d’un côté protéger la société de menaces éventuelles, d’une autre, réintégrer celui qui a fait une erreur sans fouler aux pieds sa dignité, sans l’exclure de la vie sociale. Ces deux aspects ont leur importance et ils visent à ne pas créer ce « fossé » entre la réalité de la prison réelle et celle qui est pensée par la loi, qui prévoit comme élément fondamental la fonction ré-éducatrice de la peine et le respect des droits et de la dignité des personnes. La vie humaine appartient à Dieu seul, lui qui nous l’a donnée, et elle n’est laissée à la merci de personne, pas même de notre libre arbitre ! Nous sommes appelés à veiller sur la perle précieuse de notre vie et de celle des autres.

Je sais que la surpopulation et la dégradation des prisons peuvent rendre la réclusion encore plus amère : différentes lettres de détenus qui soulignent cela me sont parvenues. Il est important que les institutions promeuvent une analyse attentive de la situation carcérale aujourd’hui, vérifient les structures, les moyens, le personnel, de façon à ce que les détenus ne purgent pas une « double » peine ; et il est important de promouvoir un développement du système carcéral qui, tout en respectant la justice, soit toujours plus adéquat aux exigences de la personne humaine, avec le recours aussi à des peines qui ne soient pas de réclusion, ou à des modalités différentes de réclusion.

Chers amis, c’est aujourd’hui le quatrième dimanche du temps de l’Avent. Que la Nativité du Seigneur, proche désormais, enflamme de nouveau vos cœurs d’espérance et d’amour. La naissance du Seigneur Jésus, dont nous ferons mémoire dans quelques jours, nous rappelle la mission d’apporter le salut à tous les hommes, sans exclure personne. Le salut ne s’impose pas, mais nous rejoint à travers les actes d’amour, de miséricorde, et de pardon que nous savons nous-mêmes accomplir. L’Enfant de Bethléem sera heureux lorsque tous les hommes se tourneront vers Dieu avec un cœur nouveau. Demandons-lui dans le silence et dans la prière d’être tous libérés de la prison du péché, de la suffisance et de l’orgueil : chacun a en effet besoin de sortir de cette prison intérieure pour être vraiment libéré du mal, des angoisses et de la mort ; seul cet enfant couché dans la mangeoire est en mesure de donner à tous la plénitude de la libération !

Je voudrais terminer en vous disant que l’Eglise soutient et encourage tout effort visant à garantir à tous une vie digne. Soyez sûrs que je suis proche de chacun de vous, de vos familles, de vos enfants, de vos jeunes, de vos personnes âgées, et je porte tous dans mon cœur devant Dieu. Que le Seigneur vous bénisse ainsi que votre avenir !


© Copyright du texte original italien : Libreria Editrice Vaticana
Traduction française de Zenit (Anita S. Bourdin)

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