Discours de S. B. Christodoulos, archevêque d’Athènes et de toute la Grèce

« Ce qui menace les valeurs et les structures de la civilisation européenne »

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ROME, Jeudi 14 décembre 2006 (ZENIT.org) – « Les conditions qui, aujourd’hui, informent le nouveau visage du monde, de l’Europe plus particulièrement, requièrent de notre part – en notre qualité de pères spirituels des membres pieux de nos Églises – de la vigilance pour signaler à temps tout ce qui menace les valeurs et les structures de la civilisation européenne profondément imprégnées de la foi chrétienne », a fait observer S. B. Christodoulos, Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, ce matin au Vatican.



Voici le texte intégral en français du discours de S. B. Christodoulos, avant la signature d’une déclaration commune, avec Benoît XVI.

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Sainteté Évêque et Pape de Rome,

Avec joie, nous venons aujourd’hui de l’Église apostolique d’Athènes en pèlerinage aux monuments des saints, tout particulièrement de saint Paul l’apôtre des nations, fondateur de notre Église, situés dans la célèbre ville de l’Ancienne Rome. Nous venons nous prosterner sur le tombeau du saint apôtre Pierre et rendre hommage aux martyrs des catacombes et aux saints grecs Cyrille et Méthode, égaux aux Apôtres. Nous venons prier pour que la vérité du Christ brille dans le monde, en nous appliquant « à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix »1 et pour que « nous grandissions à tous égards vers celui qui est la tête, Christ »2. Avec joie, nous venons, en qualité de Primat de la très sainte Église de Grèce, Vous rendre visite pour la première fois en votre qualité d’Évêque de cette ville, sur votre courtoise invitation. Nous venons vers vous, l’éminent théologien et l’universitaire, le chercheur assidu de la pensée grecque antique et des Pères grecs de l’Orient ; mais aussi le visionnaire de l’unité des chrétiens et de la coopération des religions pour assurer la paix du monde entier. Nous nous souvenons de notre précédente rencontre, le 8 avril 2005, jour des funérailles du bienheureux pape Jean-Paul II. La visite que ce grand Pape d’éternelle mémoire avait rendue à Athènes et notre rencontre, le 4 mai 2001, au cours de laquelle nous avions eu l’occasion d’échanger des paroles d’amour et de vérité, a marqué notre désir commun de poser la pierre angulaire pour y édifier la compréhension, le pardon, la réconciliation et la purification de la mémoire de l’Église.

Aujourd’hui, nous rendons grâces à Dieu de l’occasion prodiguée d’échanger avec Votre Sainteté le baiser fraternel de charité. De franchir ainsi une nouvelle étape sur le parcours commun de nos Églises pour affronter les problèmes du monde actuel. La pérennisation par nos Églises de la vénération des saintes reliques a souvent été soulignée lors de la remise courtoise par l’Église de Rome de telles reliques à divers diocèses métropolitains et lieux de pèlerinage de notre Église. Nous sommes dans l’attente de recevoir, dans les heures qui suivent, un fragment des chaînes du saint apôtre Paul qui sera précieusement et pieusement conservé en la très sainte Église d’Athènes.

Avec grande satisfaction, nous rappelons que des délégations officielles de l’Église de Grèce se sont rendues au Saint-Siège, notamment à partir de 2002, chargées d’approfondir la connaissance mutuelle, d’informer et de coopérer dans le domaine social, culturel, éducatif, écologique et bioéthique. Nous évoquons, entre autres, les délégations officielles envoyées à l’Église de Grèce, conduites par Son Éminence le cardinal Walter Kasper en 2003, et les autres dirigées respectivement par Leurs Éminences les cardinaux Jean-Louis Tauran, Dionigi Tettamanzi et Angelo Scola. Nous évoquons aussi les visites que nous ont rendues Son Excellence l’évêque Vincenzo Apicella, à la tête d’une délégation d’ecclésiastiques de l’évêché de Rome, et Son Excellence l’évêque Josef Homayer, président émérite de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE), qui a souligné l’importance d’une collaboration suivie de la délégation de notre Église dans l’Union européenne avec ladite commission pour donner, grâce à cette coopération, un témoignage crédible à l’Européen du XXIe siècle par l’évangile de vie, de grâce et de liberté.

Nous devons citer les nombreux membres de notre Église, ecclésiastiques et laïcs, qui ont fait des études supérieures dans les établissements éducatifs catholiques romains, ayant bénéficié des bourses octroyées par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. À notre tour, en guise d’antidoron à ce don fraternel, durant ces deux dernières années, nous avons attribué à cinquante ecclésiastiques et novices catholiques romains, qui font leurs études à Rome, des bourses leur permettant d’apprendre le grec, de se familiariser avec la culture grecque et la tradition orthodoxe. Nous avons surtout le désir de continuer ce programme de connaissance et de coopération.

À cette occasion, nous désirons souligner plus particulièrement, la bonne collaboration instaurée entre nos Églises pour publier le fac-similé du ménologe de Basile II, un des plus importants manuscrits byzantins enluminés, conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane.

Le souvenir de tout ceci, ainsi que la vive espérance de transcender les obstacles dogmatiques qui entravent le chemin de l’unité dans la foi, enrichissent notre prière et renforcent notre volonté de vivre par le consensus la pleine unité, et de communier au Corps et au Sang précieux du Seigneur dans la même Coupe de Vie. À cet effet, nous souhaitons à la Commission mixte internationale, chargée du dialogue entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine, de réussir dans ses travaux.

Les conditions qui, aujourd’hui, informent le nouveau visage du monde, de l’Europe plus particulièrement, requièrent de notre part – en notre qualité de pères spirituels des membres pieux de nos Églises – de la vigilance pour signaler à temps tout ce qui menace les valeurs et les structures de la civilisation européenne profondément imprégnées de la foi chrétienne : le courant prônant la déchristianisation progressive de l’Europe, visant l’exclusion de l’Église de la vie publique et sa marginalisation sociale ; les problèmes créés par le déplacement de milliers de réfugiés et de migrants de toute origine ; les dangers issus du fanatisme religieux ; les développements présomptueux, touchant les limites de l’offense [L$D4H] au sens grec ancien du terme, de la biotechnologie en matière de génétique ; le fossé qui se creuse davantage entre riches et pauvres ; les risques auxquels la jeunesse est exposée ; l’éventualité d’un conflit de civilisations et de religions ; le besoin de préserver l’identité spirituelle et culturelle des citoyens européens et de la famille, cellule de la société ; l’avilissement et la dévalorisation de l’être humain, de surcroît souvent sous le couvert des droits de l’homme ; la frénésie de consommation cultivée par tous les moyens et, son corollaire, la production d’un mode de vie conditionné dont le plaisir est l’unique valeur quel qu’en soit le prix psychique. Bref, de nombreux problèmes sociaux, dont Vous avez souvent parlé, sont pour nous des véritables défis que nous sommes prêts à relever dans l’esprit vrai de la vie en Christ. En l’occurrence, la contribution du discours orthodoxe, théologique et pastoral, est absolument nécessaire. L’Église se doit de tendre la main pour tirer et sauver les noyés du torrent de Baal. Elle sent que, dans le monde contemporain extrêmement médiatisé, elle doit adopter les moyens de communication modernes et parler le langage actuel à l’homme de notre temps. Cela, sans que ces moyens techniques n’altèrent Son discours ni que Son message ne se plie à la technique communicationnelle. Elle se sent obligée de s’opposer à l’État et aux superpuissances de ce monde, lorsqu’elle considère que leurs décisions entament l’image vivante de Dieu sur terre. Cela, sans céder à la tentation de se sentir elle-même une puissance de ce monde.

Or, en invoquant l’intercession des saints Apôtres Pierre et Paul, ainsi que celle de nos saints prédécesseurs athéniens, Anaclet, Hygeinos, Sixte II, nous Vous souhaitons personnellement, Sainteté, santé et longue vie. « Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même et Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a donné, par grâce, une consolation éternelle et une bonne espérance, vous consolent et vous affermissent dans tout ce que vous faites et tout ce que vous dites pour le bien » (4).

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(1) Ep 4, 3.

(2) Cf. Ep 4, 15.

(3) Commission des Episcopats de la Communauté européenne.

(4) II Th 2, 16-17.

[Texte original: Français]