Discours du cardinal Tauran lors de sa réception d'adieu au Corps Diplomatique

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ROME, dimanche 30 novembre 2003 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral, dans son original en français, de l'allocution que le cardinal Jean-Louis Tauran a prononcée à l'occasion de sa réception d'adieu au Corps diplomatique, le 20 novembre dernier.



Monsieur le Cardinal,
Excellences,
Messeigneurs,
Mesdames et Messieurs,

Le 20 octobre 1978, quelques jours à peine après son élection au souverain pontificat, le Pape Jean-Paul II, recevant les membres du Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, définissait ainsi les relations diplomatiques: "des relations stables, réciproques, sous le signe de la courtoisie, de la discrétion, de la loyauté". Il ajoutait : "sans confusion des compétences, elles manifestent, de ma part, non pas nécessairement l'approbation de tel ou tel régime… mais une appréciation des valeurs temporelles positives, une volonté de dialogue avec ceux qui sont légitimement chargés du bien commun de la société, une compréhension de leur rôle souvent difficile, un intérêt et une aide aux causes humaines qu'ils ont à promouvoir… une contribution spécifique à la justice et à la paix au plan international" (20.X.78).

Alors jeune secrétaire à la Nonciature apostolique en République dominicaine, j'avais noté ces considérations sur un cahier. Depuis, elles ont été pour moi, une sorte de "feuille de route" qui a guidé mes pas, en particulier durant les 13 années durant lesquelles, sous votre conduite, Monsieur le Cardinal Secrétaire d'Etat, j'ai assumé les fonctions de Secrétaire pour les Relations avec les Etats.
La mise en œuvre de ces principes dans le tourbillon de l'actualité a été grandement facilitée par les orientations de Votre Eminence, par la collaboration attentive des sous-secrétaires NN.SS. Claudio Celli, Celestino Migliore et Pietro Parolin et, bien évidemment, par le travail discret et persévérant de nos "minutanti". Je tiens à leur rendre hommage aujourd'hui car ils travaillent dans l'ombre. Mais que ferions-nous sans eux ? Ils m'ont entendu plusieurs fois citer Don Bosco : "Le bien ne fait pas de bruit. Le bruit ne fait pas de bien" !

Je voudrais saisir également cette occasion pour remercier vivement Mgr le Substitut pour les Affaires Générales et ses collaborateurs - en particulier le service du Protocole - pour la disponibilité, l'aide et la générosité avec lesquelles ils ont toujours répondu aux requêtes de la Section pour les Relations avec les Etats.

Ces solidarités ont été d'autant plus précieuses que l'actualité internationale de ces dernières années, tiraillée entre de nouveaux équilibres et la nécessaire modernisation de la diplomatie (je pense à l'importance de l'activité multilatérale) demandait une vigilance de tous les instants.

A partir du 1er décembre 1990, vous et moi, Monsieur le Cardinal, avons été associés, de par la volonté du Saint-Père, dans la gestion des relations du Saint-Siège avec la communauté internationale, 1990 : le mur de Berlin venait de disparaître. On parlait de la nouvelle Europe. Certains affirmaient que le troisième millénaire avec commencé. Mais aussitôt la guerre du Golfe, la dissolution de la Fédération yougoslave, les guerres au centre de l'Afrique, la crise des Balkans, le problème israélo-palestinien non résolu, le terrorisme jusqu'à l'opération militaire en Irak ont fragilisé notre monde et propulsé le Pape Jean-Paul II sur le devant de la scène, non pour se substituer à qui que ce soit, mais pour baliser la route des hommes, raviver leur conscience, leur rappeler le droit et les engagements souscrits, pour redire avec des mots nouveaux la béatitude évangélique : "bienheureux les artisans de paix".

Face à nous, nos avons trouvé des partenaires attentifs et disponibles, vos prédécesseurs et vous-mêmes, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs. En ce qui me concerne, alors qu'est venue l'heure de prendre congé de vous, permettez-moi de vous dire que vous avez été des interlocuteurs qui m'ont beaucoup appris. Je voudrais simplement vous remercier pour votre amicale confiance. Ensemble, nous avons essayé de servir des valeurs et des principes sans lesquels il ne peut exister de civilisation digne de l'homme : priorité de la personne humaine et de ses libertés fondamentales, promotion et défense de la paix, importance de la démocratie et de la solidarité, nécessité d'un ordre international reposant sur le droit et la justice, pour n'en citer que quelques uns. L'actualité nous enseigne que la tâche n'est pas achevée : il s'agit plutôt d'un chantier ouvert.

En vous quittant, je ne puis que vous encourager à continuer à collaborer avec le Pape et ses collaborateurs dans cette passionnante aventure qu'est la diplomatie. Un instrument de dialogue et de rencontre entre les peuples pour faire de ce monde un lieu où il soit toujours possible de se regarder, de se parler, de bâtir et de rassembler pour faire route ensemble : la route des hommes qui est aussi toujours le chemin de Dieu ! C'est pourquoi, je vous souhaite de tout mon cœur "bonne route" !
[Texte original : français]