Division des chrétiens: le pape demande pardon

"Guérir les blessures que nous avons faites aux autres frères"

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 650 clics

« Je demande pardon pour ce que nous avons fait pour favoriser cette division et je demande à l’Esprit-Saint de nous aider à guérir les blessures que nous avons faites aux autres frères », déclare le pape François au lendemain de son pèlerinage en Terre Sainte et de sa rencontre oecuménique avec le patriarche Bartholomaios Ier (24-26 mai).

Lors de l'audience générale de ce 28 mai 2014, le pape a dressé un bilan de son voyage, « un grand don pour l’Église », devant des dizaines de milliers de visiteurs très attentifs, sur la place Saint-Pierre. 

Ouvrant l'audience après une demi-heure de rencontre avec la foule dans sa papamobile -bénissant des enfants, échangeant des paroles et des poignées de main en se penchant dans les allées - le pape a exprimé sa reconnaissance aux responsables catholiques, ainsi qu'aux « Autorités jordaniennes, israéliennes et palestiniennes, qui m’ont accueilli avec une telle courtoisie, je dirais même avec amitié ».

« L’objectif principal de ce pèlerinage était de commémorer le cinquantième anniversaire de la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras », a-t-il rappelé, rendant hommage à ce « geste prophétique » pour le chemin de l’unité entre les chrétiens.

Dans ce contexte, la rencontre avec le patriarche oecuménique Bartholomaios – qu'il a désigné comme « un ami, un frère » – le 25 mai à Jérusalem, était « le moment culminant de la visite », a-t-il souligné : « Ensemble, nous avons prié auprès du sépulcre de Jésus et il y avait avec nous le patriarche gréco-orthodoxe de Jérusalem, Théophile III, et le patriarche arménien apostolique Nourhan, ainsi que des archevêques et des évêques de différentes Églises et communautés ».

Cette célébration « chargée de fraternité mutuelle, d’estime et de respect » a fait percevoir « toute l’amertume et la souffrance des divisions qui existent encore entre les disciples du Christ », a souligné le pape.

Il a alors formulé une demande de pardon solennelle, applaudie par la foule : « Une fois encore, comme l’ont fait les précédents papes, je demande pardon pour ce que nous avons fait pour favoriser cette division et je demande à l’Esprit-Saint de nous aider à guérir les blessures que nous avons faites aux autres frères ».

La rencontre de Jérusalem a aussi permis d'exprimer « le désir de guérir les blessures encore ouvertes et de poursuivre avec ténacité le chemin vers la pleine communion », a-t-il poursuivi, encourageant concrètement à « prier ensemble, travailler ensemble pour le troupeau de Dieu, rechercher la paix, protéger la création, toutes ces choses que nous avons en commun ».

« Que la prière de toute l’Église soutienne le chemin vers la pleine unité des chrétiens, pour que le monde croie dans l’amour de Dieu qui, en Jésus-Christ, est venu habiter au milieu de nous », a-t-il conclu, invitant la foule à prier la Vierge Marie, « Reine de l’unité entre les chrétiens, la maman de tous les chrétiens : qu’elle nous accompagne sur cette route de l’unité ».

Déjà lors d'une rencontre avec les membres de la Commission luthérano-catholique pour l’unité, le 21 octobre 2013, le pape avait déclaré : « Les catholiques et les luthériens peuvent se demander pardon pour le mal qu’ils se sont mutuellement causé et pour les fautes commises devant Dieu et ils peuvent ensemble se réjouir de la nostalgie de l’unité que le Seigneur a réveillée dans nos cœurs et qui nous permet d’envisager l’avenir avec un regard d’espérance. »

C'est Paul VI le premier qui a formulé une demande de pardon en ce sens, durant le discours d’ouverture de la seconde session du Concile Vatican, le 29 septembre 1963, demandant « pardon à Dieu (… ) et aux frères séparés » d’Orient qui se sentiraient offensés « par nous ». 

Lors du Jubilé de l'an 2000, le pape Jean-Paul II avait lancé une Journée du pardon le 12 mars, premier dimanche de carême, afin que l’Église « s'agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés passés et présents de ses fils ».

Dans son homélie, il avait précisé ce qu'était la véritable demande de pardon : « En raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit les uns aux autres, nous tous, bien que nous n'en ayons pas la responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de Dieu qui seul connaît les coeurs, nous portons le poids des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés. Reconnaître les déviations du passé sert à réveiller nos consciences face aux compromis du présent, ouvrant à chacun la voie de la conversion. »

Il avait notamment demandé pardon« pour les divisions qui sont intervenues parmi les chrétiens, pour la violence à laquelle certains d'entre d'eux ont eu recours dans le service à la vérité, et pour les attitudes de méfiance et d'hostilité adoptées parfois à l'égard des fidèles des autres religions ».

Jean-Paul II avait renouvelé sa démarche lors de sa visite au patriarcat orthodoxe grec d'Athènes, le 4 mai 2001, soulignant la nécessité d’un « processus libérateur de purification de la mémoire » : « Pour toute les occasions passées et présentes où les fils et les filles de l’Église catholique ont péché par action et par omission contre leurs frères et sœurs orthodoxes, puisse le Seigneur nous accorder le pardon que nous lui demandons ».