Droits de l'homme : le Saint-Siège met les points sur les "i"

Intervention de Mgr Mamberti à l'ONU

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1332 clics

Dans une déclaration très ferme, Mgr Dominique Mamberti, Secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les Etats, rappelle que les droits de l'homme sont « antérieurs à leur reconnaissance par les Etats » car fondés sur « la nature et la dignité innée de la personne humaine ».

L’archevêque, qui est intervenu ce 26 février 2013 dans le cadre de la 22e session du Conseil des droits de l'homme à Genève, préconise « une attention particulière au droit à la vie, à sa promotion et à l'approfondissement de notre compréhension de ce droit » reconnu, mettant en garde contre la tentation des débats actuels du CDH d’imposer de « nouveaux droits » (cf. Zenit du 11 décembre 2012).

Encore beaucoup à faire

La Conférence mondiale de Vienne sur les droits de l'homme en 1993 a proclamé « l'indivisibilité et l'universalité de tous les droits de l'homme », rappelle Mgr Mamberti, qui constate qu’« il reste beaucoup à faire pour que l'indivisibilité des droits de l'homme devienne une réalité », évoquant de « larges segments de la population mondiale » auxquels manquent l’accès aux médicaments nécessaires, l'éducation adéquate, l'eau potable, l’alimentation suffisante, le statut politique, la sécurité, ou encore la liberté d'expression et la liberté religieuse.

Pour le Saint-Siège, l’objectif premier est de coopérer « avec toutes les personnes de bonne volonté » afin que la Charte et les principes des Nations Unies soient non seulement « proclamés, mais aussi reconnus dans leur formulation authentique, leur signification et leur application », ainsi que Paul VI faisait observer : « il serait inutile de proclamer des droits, si en même temps nous n'avons pas fait tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer le devoir de les respecter, de la part de tous et partout. »

C’est d’ailleurs le rôle du Conseil des droits de l'homme, souligne Mgr Mamberti : « surveiller en permanence le respect des droits de l'homme » et « veiller à ce qu'ils deviennent une norme universelle pour tous les peuples et les nations » ainsi que « soutenir l'universalité concrète et l'indivisibilité des droits de l'homme ».

Protéger les droits de l'homme, afin qu’ils ne glissent pas « dans le vide rhétorique », ou qu’ils ne deviennent pas « une idéologie ou un instrument de pouvoir pour imposer des agendas politiques », telle est la mission du CDH, insiste l’archevêque.

Les droits de l’homme et dignité humaine

Dans ce contexte, il dénonce sans ambages : « alors que pour beaucoup trop de personnes les droits fondamentaux de l'homme sont toujours une aspiration pratiquement inaccessible, les mécanismes des nations pour la promotion de ces droits souffrent de certaines contradictions graves, les affrontements se multiplient entre les groupes, et les intérêts privés sont poursuivis au lieu du bien commun ».

En outre, Mgr Mamberti déplore « les récentes tentatives de ré-interpréter la signification de certains termes importants dans les documents de base, comme la Déclaration universelle des droits de l'homme, par l'introduction d'expressions ambiguës et de positions idéologiques qui semblent ignorer les fondements solides des droits de l'homme et affaiblir les succès déjà obtenus ».

Le Saint-Siège met en garde : ces « nouveaux droits » qui sont discutés par le CDH « mettent en danger l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme et, par conséquent, la crédibilité du Conseil en tant que promoteur et défenseur des principes énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme ».

Mgr Mamberti invite de ce fait à revenir à la « question fondamentale » : « les droits de l’homme sont-ils universels parce que la majorité des pays les reconnaît, ou sont-ils universels en raison d'une revendication éthique qui est antérieure à leur reconnaissance par les Etats et qui provient de la dignité de chaque personne ? »

Pour le Saint-Siège, la réponse ne fait pas de doute : les droits de l'homme sont fondés sur « la nature et la dignité innée de la personne humaine ».

C’est pourquoi il invite tous les États à « travailler ensemble, dans un esprit de dialogue et d'ouverture », estimant que « l'imposition de nouveaux droits et principes doivent être remplacés par le respect et le renforcement des droits déjà convenus ».

Une condition de la paix

Mgr Mamberti propose par ailleurs quelques pistes de réflexion au CDH « pour une plus grande crédibilité ».

« Aucune paix durable ne peut être atteinte sans une véritable reconnaissance de la dignité de chaque personne humaine. » : telle est la première réflexion. Pour le Saint-Siège, la paix n'est pas atteinte « lorsque les conflits armés se terminent, même s’il s’agit d’une étape importante » mais elle est gagnée durablement par une société « lorsque le droit traduit les normes des droits de l'homme ».

L’adhésion aux droits de l'homme est donc « condition de l'harmonie sociale et de la paix ». Cela consiste, explique l’archevêque, en « la défense de la vie de la personne humaine, depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle; la protection des droits de l'enfant, notamment le droit d'avoir une famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, et à qui incombe la responsabilité première de l'éducation des enfants; la défense des droits des personnes handicapées, des migrants et des réfugiés, la protection de la liberté de religion, la liberté d'expression, la liberté d'association, etc ; la lutte contre la discrimination fondée sur le sexe, la religion, la race et la couleur, et la lutte contre la violence faite aux femmes ».

Il préconise « une attention particulière au droit à la vie, à sa promotion et à l'approfondissement de notre compréhension de ce droit ». En effet, ajoute-t-il « aucune paix ne peut venir sans une véritable reconnaissance de la valeur de la vie humaine ».

Mgr Mamberti coupe court à toute objection à ce propos : « le respect de la valeur de la vie n'est en aucun cas une limitation ou une contradiction des expressions de la liberté. Au contraire, la liberté de choix se développe là où la valeur première de la vie humaine est reconnue et garantie. »

Reconnaître la liberté religieuse

Un autre point de réflexion de Mgr Mamberti porte sur « le droit à la liberté de religion », qui est, rapporte-t-il, « l'un des droits les plus fréquemment et largement rejeté dans le monde » : plus de 70% de la population mondiale vit dans des lieux où la liberté religieuse n'est pas pleinement garantie et le sort des minorités religieuses, victimes de violence à certains endroits, est préoccupant.

L’archevêque évoque la « clé de défense de la liberté de religion », à savoir « sa reconnaissance comme liberté ancrée dans la dimension transcendante de la dignité humaine ».

Ainsi, la liberté de religion « ne peut pas être réduite à sa dimension politique, voire civile ». C'est une liberté qui met « une limite à l'État », et qui garantit « une protection de la conscience de l'individu contre le pouvoir de l'État », précise Mgr Mamberti.

Mais elle n’est pas un danger pour l’Etat : « lorsqu’elle est garantie, la liberté de religion devient l'une des sources de la légitimité de l'État, et un indicateur essentiel de la démocratie ».

Pour « une pleine reconnaissance de la liberté religieuse », l’Etat doit donc reconnaître d’une part « la dimension transcendante de la dignité humaine » et d’autre part « la dimension positive des religions dans l'espace public comme une force pour la paix et la liberté », ajoute l’archevêque.

Et de leur côté, les religions ont « l’obligation de participer au débat public, un exercice qui fait partie intégrante de la vie démocratique ».