Ecclesiae Unitatem : nouveau statut de la commission Ecclesia Dei

Pour « servir la communion universelle de l’Eglise »

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ROME, Mercredi 8 juillet 2009 (ZENIT.org) - « L'unité de l'Eglise », indiquée par Benoît XVI comme une des priorités de son pontificat, dès son élection, en avril 2005, est aussi le titre de son nouveau motu proprio concernant le nouveau statut de la commission pontificale « Ecclesia Dei », chargée des questions concernant les rapports entre l'Eglise catholique et la fraternité lefebvriste Saint-Pie X. Il s'agit en effet, souligne le pape, de « servir la communion universelle de l'Eglise ». Le pape s'adresse spécialement « à tous ceux qui désirent vraiment l'unité ».

Le pape Benoît XVI publie aujourd'hui, en date du 2 juillet (anniversaire de l'institution de la commission) cette lettre apostolique en forme de motu proprio, intitulée « Ecclesiae Unitatem ». Le pape avait annoncé dès mars dernier vouloir rattacher la commission pontificale à la Congrégation pour la doctrine de la foi, les questions disputées tenant à la doctrine de l'Eglise, avant de toucher à la liturgie. Le motu proprio est publié en même temps qu'un communiqué du cardinal Levada à ce sujet.

L'unité et l'annonce de l'Evangile

« La tâche de garder l'unité de l'Eglise, avec la sollicitude d'offrir à tous les aides pour répondre de la façon opportune à cette vocation et à cette grâce divine, revient de façon particulière au Successeur de Pierre, qui est le principe et le fondement perpétuel et visible de l'unité des évêques et des fidèles », souligne Benoît XVI en citant implicitement Lumen Gentium.

Le pape indique comme « la priorité suprême et fondamentale de l'Eglise », à toutes les époques, « de conduire les hommes vers la rencontre avec Dieu » et que cette priorité doit être « favorisée » par « l'engagement d'arriver à un témoignage commun de foi de tous les chrétiens ».

Il y a 21 ans

C'est donc par fidélité à cette mission, rappelle Benoît XVI qu'au « lendemain de l'acte par lequel l'archevêque Marcel Lefebvre a conféré illicitement, le 30 juin 1988, l'ordination épiscopale à quatre prêtres, que le pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, a institué, le 2 juillet 1988, la commission pontificale Eccelsia Dei ».

Le pape cite le motu proprio de Jean-Paul II qui donnait alors pour tâche à la commission « de collaborer avec les évêques, les dicastères de la curie romaine et les milieux concernés, dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes, des communautés ou des religieux et des religieuses individuellement, jusqu'ici liés à la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre, qui désirent rester unis au Successeur de Pierre dans l'Eglise catholique, en conservant leurs traditions spirituelles et liturgiques, à la lumière du Protocole signé le 5 mai dernier par le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre ».

Communion universelle

Le pape Benoît XVI dit inscrire la réforme dans « cette ligne », et « en adhérant fidèlement à la même tâche de servir la communion universelle de l'Eglise y compris dans sa manifestation visible et en faisant tous les efforts possible pour que tous ceux qui ont vraiment le désir de l'unité aient la possibilité » de « rester » dans l'unité ou de la « retrouver ».

Dans cette ligne donc, le pape explique que par son motu proprio « Summorum Pontificum », du 7 juillet 2007, sur la liturgie, il a voulu « élargir et mettre à jour l'indication générale déjà contenue dans le motu proprio Ecclesia Dei, concernant la possibilité d'utiliser le Missel Romain de 1962, par des normes plus précises et détaillées ».

Et à propos de la levée des excommunications de quatre évêques, en janvier dernier, Benoît XVI insiste sur le fait qu'il a fait ce geste dans « le même esprit » et avec « le même engagement à favoriser le dépassement de toute fracture ou division dans l'Eglise, et de guérir une blessure ressentie de façon toujours plus douloureuse dans le tissu ecclésial ».

Le pape précise que sa décision « entendait enlever un empêchement qui pouvait nuire à l'ouverture d'une porte pour le dialogue » et voulait inviter ces quatre évêques et la « Fraternité Saint-Pie X » à « retrouver le chemin de la pleine communion avec l'Eglise ».

Aucun ministère légitime

Le pape rappelle à ce propos sa lettre aux évêques du monde entier, du 10 mars dernier (publiée le 12) : « la levée de l'excommunication » a constitué, « dans le cadre de la discipline ecclésiastique », une mesure visant à « libérer les personnes du poids » sur la « conscience » que représente « la censure ecclésiastique la plus grave ».

Mais ce geste posé, le pape déplace le débat de la « discipline » à la « doctrine »: « Les questions doctrinales, évidemment, demeurent, et, tant qu'elles ne sont pas éclaircies, la Fraternité n'a pas de statut canonique dans l'Eglise et ses ministres ne peuvent pas exercer de ministère de façon légitime ».

Et c'est justement pour « traiter ces problèmes » qui sont « de nature essentiellement doctrinale », que le pape a décidé de « repenser la structure de la commission Ecclesia dei en la reliant étroitement à la Congrégation pour la doctrine de la foi ».

C'est pourquoi le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William J. Levada (Etats-Unis), est nommé par Benoît XVI président de la Commission pontificale.

Autre décision du pape : la commission a son propre organigramme avec secrétaire (Mgr Pozzo) et officials.

Troisième mesure de Benoît XVI : le président et le secrétaire soumettront les « principaux cas » et les « questions de caractère doctrinal » à « l'étude » et au « discernement » des instances ordinaires de la congrégation pour la Doctrine de la Foi » et les résultats seront eux-mêmes soumis aux « dispositions supérieures du Souverain pontife ».

En mars dernier, le pape avait en effet annoncé qu'il souhaitait un fonctionnement « collégial » de la commission.

Benoît XVI conclut en soulignant que ces décisions sont une manifestation de sa « sollicitude paternelle » pour la Fraternité Saint-Pie X, pour qu'elle puisse retrouver « la pleine communion avec l'Eglise ».

Le pape achève cette lettre apostolique par une invitation « pressante » à tous les catholiques à « prier sans cesse Notre Seigneur, par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, "ut unum sint".

Anita S. Bourdin