Eglise et médias : Une histoire d'incompréhension ou de malentendus ?

Débat au Vatican, à l'occasion des 150 ans de L'Osservatore Romano

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ROME, lundi 14 novembre 2011 (ZENIT.org) – « Prendre le taureau par les cornes et le regarder droit dans les yeux », écrit l’historienne et journaliste Giulia Galeotti, dans L’Osservatore Romano, pour expliquer la journée d’étude que le quotidien du Saint-Siège a organisé, jeudi dernier, à l’occasion de ses 150 ans.

« Incompréhensions - L’Eglise catholique et les médias », était le thème de ce congrès présidé, dans l’ancienne salle du synode au Vatican, par le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture, en présence de personnalités de la Curie, comme le secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone et Mgr Dominique Mamberti, secrétaire pour les Relations avec les Etats.

Parmi les divers intervenants : des historiens et des journalistes de renoms, pour analyser, avec du recul, toute une série de questions qui, « depuis des décennies », ont-ils reconnu tour à tour, ont suscité des incompréhensions ou des malentendus.

Toutes « les périodes difficiles » traversées par l’Eglise dans ses rapports avec les médias, depuis Vatican II, ont été passées au crible : de la publication de l’encyclique Humane Vitae de Paul VI, à l’affaire de l’évêque négationniste Williamson, aux bouleversements de la Lectio magistralis à Rastisbonne, et au scandale des abus sexuels, en passant par le « non », sans concessions, au préservatif et au binôme préservatif-Sida, de Jean-Paul II, et tant d’autres sujets encore.

Ces liens entre l’Eglise et la presse, rappelle L’OR, sont nés avec le Concile Vatican II, arrivé aux oreilles du monde non seulement par la voix de l’Église elle-même, mais grâce aussi au rôle joué par les médias.

L'arrivée de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, en 1968, interdisant la pilule contraceptive en pleine « révolution sexuelle », a souligné l’historienne Lucette Scaraffia, lors de son intervention au colloque, a brisé l’enthousiasme médiatique pour Paul VI. Une rupture qui se traduira, dans les années 70, par un bouleversement des relations entre l’Eglise et la société, voire même une remise en question de l’image du pape et du pontificat.

Selon l’historienne, « entre Paul VI et le public, il y a eu sans aucun doute un malentendu », et « cette première crise entre les papes et l'information est un incident significatif qui a créé un modèle plus ou moins répété dans tous les cas ultérieurs jusqu'au pape actuel ».

Chaque pontificat a en effet reçu et reçoit toujours son lot « de réactions ambivalentes », de « fortes oppositions » ou « d’attaques », ont reconnu des intervenants à la réunion, comme Andrea Riccardi, fondateur de la communauté de Sant’Egidio, Jean Marie Guénois, Antonio Pelayo, Paul Badde, John Hooper et John Allen, vaticanistes français, espagnol, allemand ou britannique.

« La morale de l’histoire, a confié le cardinal Ravasi au micro de ZENIT, en marge du colloque, est que la communication d’un message fort comme le message chrétien est une lourde tâche qui va à l’encontre d’un nombre infini d’obstacles épineux, d’incompréhensions ».

C’est un problème « historique », avait souligné dans la matinée le directeur de L’Osservatore Romano, Giovanni Maria Vian, dans ses paroles d’introduction.

Un problème, avait-il expliqué, rapporte Giulia Galeotti dans le quotidien du Saint-Siège, qui se mêle aux « nœuds ambivalents de la sécularisation et de la modernité, guère faciles à comprendre et à dénouer dans une tradition aussi vieille que la tradition chrétienne où la continuité a ses deux visages, sont comme les deux faces d’une même médaille : lenteur et force vitale ».

La question capitale est donc aujourd’hui de « ne pas considérer toutes les expériences négatives comme uniquement négatives », de « tenir compte des changements anthropologiques », a conclu quant à lui le cardinal Ravasi, en fin de journée.

Peu importe de savoir si « les attaques » qu’elle reçoit sont justes ou pas, a-t-il affirmé, elles appellent à un « examen de conscience » : l’Eglise doit communiquer en tenant compte absolument des nouveaux langages et mécanismes de la presse, a-t-il dit. Une presse fondée sur « la logique de l’immédiat », de « la simplification », de « la critique », du « piquant ou du négatif ».

A l’heure du numérique ou du virtuel, le cardinal Ravasi, propose à l’Eglise une dialectique qui change dans la continuité, c’est-à-dire une dialectique où le dialogue  tient compte de toutes ces méthodologies, mais sans rien enlever à son contenu, à sa couleur.

Car, comme disait le cardinal Ratzinger avant de devenir pape, rappelle Giulia Galeotti, à la fin de son article : «  Si d'un côté, l’inactualité de l’Église constitue un élément de faiblesse, d'un autre côté, elle peut aussi devenir sa force ».

Et pour les médias « obnubilés par l’actualité », commente l’historienne en fin d’article, «  rien n’est plus mystérieux et menaçant que l’inactuel ».

Isabelle Cousturié