En politique, le bon dirigeant aime la liberté

Rencontre avec les autorités civiles de Lombardie

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Anne Kurian

MILAN, dimanche 3 juin 2012 (ZENIT.org) – Benoît XVI a livré un véritable petit traité de philosophie politique, à l’adresse des autorités civiles, estimant que « la politique est une forme supérieure de la charité » et invitant les hommes politiques à « aimer la liberté » et à « se faire aimer ».  Et la justice est la « vertu publique par excellence ».

Le pape a en effet rencontré une délégation de diverses autorités civiles, ainsi que des entrepreneurs de la société lombarde, en fin d’après-midi, hier, samedi 2 juin, à l’archevêché de Milan. Cette entrevue s’est déroulée dans le cadre de sa visite pastorale dans le diocèse de Milan, pour la VIIe Rencontre mondiale des familles (1-3 juin 2012).

Etaient présents notamment, Roberto Formigoni, président de la région Lombardie, Guido Podestà, président de la province, et Giuliano Pisapia, maire de Milan.

S’appuyant sur l’expérience de saint Ambroise, non seulement évêque mais aussi gouverneur « équilibré et éclairé » des provinces de la Ligurie et de l’Emilia, au IVe siècle, Benoît XVI dresse une liste de principes bordant la ligne de conduite des personnes engagées dans la vie politique.

Aimer la liberté

« La première qualité de celui qui gouverne est la justice, vertu publique par excellence », déclare la pape, car elle concerne « le bien de la communauté entière ».

Pourtant « elle ne suffit pas », ajoute-t-il : elle doit être accompagnée d’une autre qualité, à savoir « l’amour pour la liberté », qui distingue les bons dirigeants et les mauvais : le bon dirigeant aime la liberté, tandis que le mauvais préfère la servitude.

« La liberté n’est pas un privilège pour quelques-uns, insiste-t-il, mais un droit pour tous, un droit précieux que le pouvoir civil doit garantir ».

Elle ne signifie pas « volonté individuelle », précise-t-il, mais elle implique la « responsabilité de chacun ». Cette liberté est l’un des principaux éléments de la « laïcité de l’Etat » : il s’agit d’« assurer la liberté afin que tous puissent proposer leur vision de la vie commune », mais toujours « dans le respect de l’autre et dans le contexte des lois qui visent au bien de tous », c’est-à-dire fondées sur « la loi naturelle ».

Au service de la personne

Benoît XVI rappelle en outre que «l’institution du pouvoir dérive de Dieu », et « celui qui l’exerce est lui-même ministre de Dieu».

Ces paroles « étranges » pour les hommes du troisième millénaire, fait-il remarquer, sont le « fondement de la cohabitation sociale »: « aucun pouvoir humain ne peut se considérer divin », par conséquent « aucun homme n’est le maître d’un autre homme ».

Au contraire, l’Etat est « au service de la personne et il défend la personne et son «bien-être» dans ses multiples aspects », à commencer par « le droit à la vie, dont l’élimination délibérée ne peut jamais être permise ».

Ainsi Benoît XVI invite à mettre la législation « au service de la famille, fondée sur le mariage et ouverte à la vie ». Il invite en ce sens à « reconnaître le droit premier des parents à la liberté d’éducation et de formation des enfants », car « on ne rend pas justice à la famille, si l’Etat ne soutient pas la liberté d’éducation pour le bien de la société entière ».

Se faire aimer

Par ailleurs, ceux qui veulent collaborer à l’administration publique doivent « se fassent aimer », selon les mots de saint Ambroise : «Celui qui suscite l’amour, ne pourra jamais susciter la peur. Rien n’est aussi utile que de se faire aimer».

Invitant par ailleurs à une « collaboration constructive avec l’Eglise » - mais non par une « confusion des finalités et des rôles divers » - le pape appelle à la « gratuité » dans le domaine social.

Au final, pour Benoît XVI, la raison de l’engagement dans la vie publique ne peut être que « la volonté de se consacrer au bien des citoyens » : cet engagement est donc un  « signe évident d’amour ».

Ainsi, ajoute-t-il « la politique est profondément ennoblie, devenant une forme supérieure de la charité ».

Pour conclure, Benoît XVI demande aux autorités civiles d’accueillir ses considérations comme « signe de sa profonde estime » pour leur action, renouvelant son appréciation pour leur « œuvre diligente et méritoire » en vue d’un bien-être civil, social et économique « toujours meilleur ».