Entretien avec Robert Légère

Le jeune Canadien qui a joué le rôle de Jésus dans le Chemin de Croix des JMJ de Toronto

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ROME, mercredi 24 décembre 2002 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous un entretien avec Robert Légère, le jeune Canadien qui a joué le rôle de Jésus lors du Chemin de Croix des Journées Mondiales de la Jeunesse de Toronto en juillet dernier. Il raconte à Zenit comment il a personnellement vécu cet événement inoubliable et quels sont selon lui, les effets de la venue du pape à Toronto, cinq mois après.



Robert Légère, 25 ans, est né à Saint Louis de Kent, près de Moncton, New Brunswick, au Canada, où il a vécu avec ses parents, sa sœur Janice et son frère Gilles. Il a fait ses études (finance) à l’université de Moncton. Il avait entendu parler des Journées Mondiales de la Jeunesse par son amie Nathalie qui avait participé aux JMJ des Philippines et à celles de Rome il y a deux ans. « Je n’aurais jamais imaginer jouer le rôle de Jésus lors d’un événement comme celui-là », confie-t-il.

Zenit : Noël est la venue du Christ parmi nous. Le Chemin de Croix à Toronto a été d’une certaine manière la venue du Christ parmi les habitants de Toronto, dans les principales rues de la ville. Comment le Chemin de Croix a-t-il marqué les habitants de Toronto et qu’est-ce que ça signifiait pour vous ?

Robert Légère : Ce n’est pas facile de dire ce que le Chemin de Croix a vraiment signifié pour les gens de Toronto en général mais je sais avec certitude qu’il a profondément marqué la ville tout entière. Des centaines de milliers de personnes sont entrées dans la douleur et la souffrance des dernières heures de Jésus sur la terre. Des gens m’ont arrêté dans la rue et m’ont dit qu’ils pleuraient en me regardant (en regardant Jésus) mourir sur la croix. La ville tout entière s’est arrêtée ce vendredi soir, 26 juillet 2002. J’étais profondément ému en voyant ces milliers de personnes agenouillées quand nous montions la University Avenue en plein centre de Toronto. Les gens me regardaient et priaient. C’était une sensation très étrange. J’ai vu tant de foi et de compassion ce soir-là. Je ne pensais jamais qu’une telle chose pouvait arriver à Toronto et au Canada en général. La mise en scène du Chemin de Croix en plein cœur de la ville de Toronto a été un symbole puissant et un témoignage public. Le p. Thomas Rosica et le p. Robert Gendrau, coordinateur des stations du Chemin de Croix, nous ont souvent répété que si un pays et un peuple comme le peuple canadien ne retrouve pas ses origines chrétiennes profondes, il ne retrouverait pas son identité. Au début, je ne comprenais pas ce qu’ils voulaient dire. Maintenant je comprends parfaitement.

Pour moi, le Chemin de Croix a été une expérience unique. Je sais que j’étais là et j’ai la cassette vidéo qui le prouve, mais seul mon corps était présent. Mon esprit n’était pas vraiment là. C’était comme si quelque chose avait pris mon corps et m’avait fait faire les gestes et les actions qui étaient prévus. Quelqu’un d’autre me conduisait cette nuit-là. Je ne me rappelle vraiment pas de ce qui s’est passé après la deuxième station. Quelqu’un d’autre me conduisait.

Zenit: Est-ce que les gens reconnaissent en vous celui qui jouait le rôle de Jésus ? Qu’est-ce qu’ils vous disent ? Qu’est-ce que vous leur dites ?

Robert Légère: Il y a effectivement des gens qui m’interpellent dans la rue et qui me demandent si j’étais bien celui qui jouait le rôle de Jésus dans le Chemin de Croix le 26 juillet. C’est arrivé à des arrêts de bus, dans le métro ou tout simplement dans la rue. En général je leur souris, je leur dis que c’était bien moi mais je suis souvent trop timide pour poursuivre la conversation. Ils me félicitent et me disent que j’ai bien joué. Beaucoup d’entre eux ne sont même pas chrétiens. C’est toujours un moment étonnant et cela me donne une grande satisfaction après tout le travail que l’équipe et moi-même avons fourni. Les cinq derniers mois, le p. Rosica nous a rassemblés, une fois par mois, pour un temps de réflexion. Il nous a rappelé que nous avons fait quelque chose de beau pour Dieu et pour l’humanité, cette nuit-là. Il a raison.

Zenit: Un grand nombre de personnes à travers le monde ont regardé le Chemin de Croix à la télévision et en l’espace d’un instant, ils ont vu le Christ à travers vous. Est-ce que vous croyez que les gens ont peur de Jésus ? Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous montiez la University Avenue ce soir-là ?

Robert Légère: Ce n’est peut-être pas du Christ que les gens ont peur mais de la réalité de Son sacrifice et de sa souffrance pour nous. Comment peut-on avoir peur de Jésus Christ et de son extraordinaire bonté envers nous ? Les gens se demandent s’ils sont capables ou s’ils ont envie de prendre la croix et de faire la même chose. C’est peut-être cela qui leur fait peur. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour fuir la réalité de la Croix. Et pourtant ce n’est que lorsque nous l’embrassons et qu’elle devient notre amie, que nous réussissons à accepter la souffrance et à lui donner un sens.

Zenit: Votre vie a-t-elle changé depuis le Chemin de Croix de Toronto ?

Robert Légère: Le fait de jouer le rôle de Jésus dans le Chemin de Croix n’a pas énormément changé ma vie. Mais une chose m’a marqué toutefois. Les quelque 60 personnes qui formaient l’équipe du chemin de croix forment désormais une communauté d’amis assez extraordinaire. Nous ne nous connaissions pas en mai 2002. Nous sommes maintenant une vraie communauté d’amis… rassemblés autour de Jésus et de sa croix.

Cette semaine nous avons eu une soirée de retraite particulièrement émouvante avec le p. Rosica. Il nous a parlé du berceau de Bethléem et de la Croix de Jérusalem, nous expliquant qu’ils font partie du même mystère. Il nous a aussi expliqué que Noël, c’est Pâques en hiver. Il nous a aidé à repenser à ce soir de juillet lorsque nous avons remis en scène le dernier voyage de Jésus. Lorsque nous voyons l’histoire de Noël sous cet angle, nous comprenons que Noël est une grande invitation à commencer à avancer sur le chemin de la croix. Je crois que c’est ce que le pape nous invitait à faire lorsqu’il a dit, lors de la messe de clôture, à Downsview : « Venez et avancez sur le Chemin Royal de la Croix ». Ce chemin commence à Noël.

Zenit: Est-il possible pour de vrais chrétiens de suivre le Christ dans une ville comme Toronto ?

Robert Légère: Je crois qu’on peut répondre à cette question en pensant à la manière dont la ville a été changée lorsque le pape est venu. Le métro était rempli de pèlerins et de gens qui vivent à Toronto. Les jeunes chantaient et priaient à haute voix et personne ne faisait d’histoire. En fait, les jeunes du monde ont redonné vie à cette ville. On avait l’impression que les gens accueillaient les pèlerins les bras ouverts, même si cela voulait dire pour eux, ne pas avoir de place assise dans le bus ou le métro. Je sais que Toronto est une très grande ville, avec beaucoup de religions et de croyances différentes mais nous avons quand même été capables d’embrasser le Christ à travers les beaux visages de ces jeunes. Je ne crois pas que ce soit très différent de vivre dans une grande ville comme Toronto ou dans une petite ville ailleurs. Etre un vrai chrétien signifie être capable de suivre le Christ peu importe où l’on vit, et le reconnaître dans les visages de ceux qui nous entourent.

Zenit: Quel est selon vous l’effet le plus marquant de la visite du pape au Canada cet été ?

Robert Légère: Je ne sais pas si on peut parler d’un effet extrêmement clair dans l’ensemble du pays mais peut-être d’une petite vague qui est passée dans tout le pays… et surtout à Toronto. Les jeunes semblent retrouver leur jeunesse et leur enthousiasme dans leurs communautés. La lumière de la foi est plus vive dans les églises. Je crois qu’il n’y a pas de meilleur moment que celui de Noël pour faire un bilan et nous rendre compte de la beauté du don que nous avons tous reçu en juillet dernier avec les JMJ 2002. Ce serait dommage que l’Eglise n’en prenne pas conscience. Je sais que moi je vais remercier Jésus, la nuit de Noël, pour ce qu’il a fait pour nous tous en juillet dernier. Mais je vais le regarder différemment cette année. J’ai appris à le connaître d’une façon que je n’aurais jamais imaginée, quand je montais la University Avenue et que je portais sa croix. Ma croix.