Eradiquer le chômage, c'est possible, avec solidarité et créativité

Rencontre avec les dirigeants et ouvriers des aciéries de Terni

Rome, (Zenit.org) Pape François | 702 clics

« Ne cessez jamais d’espérer dans un avenir meilleur. Luttez pour cela, luttez ! », exhorte le pape François qui estime que « si chacun joue son rôle, il sera possible de sortir du marécage d’une saison économique et professionnelle éprouvante et difficile », notamment par « la créativité et la solidarité ».

Le pape François a reçu les dirigeants et les ouvriers des aciéries de Terni, à l’occasion du 130ème anniversaire de la fondation des aciéries, avec les fidèles du diocèse de Terni-Narni-Amelia, ce matin, jeudi 20 mars 2014.

Evoquant le « très grave problème du chômage », conséquence « d’un système économique qui n’est plus capable de créer du travail, parce qu’il a mis au centre une idole qui s’appelle l’argent », le pape François a appelé à l’affronter « avec les instruments de la créativité et de la solidarité » : « La créativité d’entrepreneurs et d’artisans courageux qui regardent vers l’avenir avec confiance et espérance. Et la solidarité entre toutes les composantes de la société, qui renoncent à quelque chose, adoptent un style de vie plus sobre, pour aider ceux qui se trouvent dans le besoin », a-t-il expliqué.

Le pape a réaffirmé que le travail « est une réalité essentielle pour la société, pour les familles et pour les individus », qu’il participe directement au « bonheur » de la personne car « la première valeur du travail est le bien de la personne humaine ».

Jean-Paul II lui-même avait visité les aciéries de Terni – l’une des plus grandes fabriques d’acier du pays – le 19 mars 1991.

A.K.

Discours du pape François

Je souhaite une cordiale bienvenue à chacun de vous. L’occasion qui vous a poussés à venir ici est le 130ème anniversaire de la fondation des Aciéries de Terni, symbole des capacités entrepreneuriales et ouvrières qui ont rendu ce nom célèbre bien au-delà des frontières italiennes.  Je salue votre pasteur, Mgr Ernesto Vecchi, je le remercie pour les paroles qu’il m’a adressées et surtout pour le service qu’il rend à l’Église de Terni-Narni-Amelia. C’est un service qu’il rend à un moment de sa vie où il avait le droit de se reposer, et au lieu de se reposer, il continue de travailler : merci, Monseigneur, merci beaucoup ! Je salue les autorités civiles, ainsi que les prêtres, les personnes consacrées, les fidèles laïcs, les différentes réalités sociales et les diverses composantes de votre communauté diocésaine.

Cette rencontre me donne la possibilité de redire la proximité de toute l’Église, non seulement à l’égard de la société « Acciaia Speciali Terni » (« Aciers spéciaux de Terni ») mais aussi de toutes les entreprises de votre territoire et, plus généralement, de tout le monde du travail. Face au développement actuel de l’économie et aux souffrances que traverse le monde professionnel, il faut réaffirmer que le travail est une réalité essentielle pour la société, pour les familles et pour les individus. Le travail, en effet, concerne directement la personne, sa vie, sa liberté et son bonheur. La première valeur du travail est le bien de la personne humaine, parce qu’il lui permet de se réaliser en tant que telle, avec ses attitudes et ses capacités intellectuelles, créatives et manuelles. Il s’ensuit que le travail n’a pas seulement une finalité économique et orientée vers le profit, mais surtout une finalité qui concerne l’homme et sa dignité. La dignité de l’homme est liée au travail. J’ai entendu quelques jeunes ouvriers qui sont sans travail et qui m’ont dit cela : « Père, chez nous, ma femme, mes enfants, nous mangeons tous les jours parce que, à la paroisse, au club, ou à la Croix Rouge, on nous donne à manger. Mais, Père, je ne sais pas ce que signifie rapporter de quoi manger à la maison, et j’ai besoin de manger, mais j’ai besoin d’avoir la dignité de celui qui rapporte de quoi manger à la maison ». C’est cela, le travail ! Et lorsque le travail manque, cette dignité est blessée. Celui qui est au chômage ou qui est sous-employé risque, en effet, d’être mis en marge de la société, de devenir victime d’exclusion sociale. Il arrive si souvent que les personnes sans travail – je pense surtout aux nombreux jeunes, aujourd’hui au chômage – tombent dans une sorte de découragement chronique ou, pire, d’apathie.

Que pouvons-nous dire devant le très grave problème du chômage qui touche un certain nombre de pays européens ? C’est la conséquence d’un système économique qui n’est plus capable de créer du travail, parce qu’il a mis au centre une idole qui s’appelle l’argent ! C’est pourquoi, les différents responsables politiques, sociaux et économiques sont appelés à promouvoir une approche différente, basée sur la justice et sur la solidarité. En ce moment, ce mot risque d’être exclu du dictionnaire. Solidarité : on dirait que c’est un gros mot ! Non ! La solidarité est importante, mais ce système ne l’aime pas beaucoup et préfère l’exclure. Cette solidarité humaine qui assure à tous la possibilité de mener une activité professionnelle digne. Le travail est un bien qui appartient à tous, qui doit être disponible pour tous. Cette phase de graves difficultés et de chômage nécessite d’être affrontée avec les instruments de la créativité et de la solidarité. La créativité d’entrepreneurs et d’artisans courageux qui regardent vers l’avenir avec confiance et espérance. Et la solidarité entre toutes les composantes de la société, qui renoncent à quelque chose, adoptent un style de vie plus sobre, pour aider ceux qui se trouvent dans le besoin.

Ce grand défi interpelle toute la communauté chrétienne. C’est pour cela qu’aujourd’hui, vous êtes venus ici ensemble : Aciéries, évêque, communauté diocésaine. Et c’est pour cette raison que l’histoire contemporaine de votre Église est inséparablement liée à la visite du bienheureux Jean-Paul II aux Aciéries ! L’Église tout entière est engagée dans une conversion pastorale et missionnaire, comme l’a souligné votre évêque. À ce propos, le premier engagement est toujours de raviver les racines de votre foi et de votre adhésion à Jésus-Christ. C’est là le principe qui inspire les choix d’un chrétien : c’est sa foi. La foi déplace les montagnes ! La foi chrétienne est en mesure d’enrichir la société grâce au poids de fraternité concrète qu’elle porte en elle. Une foi accueillie avec joie, vécue jusqu’au bout et avec générosité, peut conférer à la société une force humanisante. C’est pourquoi nous sommes tous appelés à chercher des moyens toujours nouveaux pour témoigner avec courage d’une foi vivante et qui vivifie.

Chers frères et sœurs, ne cessez jamais d’espérer dans un avenir meilleur. Luttez pour cela, luttez ! Ne vous laissez pas entraîner par le tourbillon du pessimisme ! Si chacun joue son rôle, si tous mettent toujours au centre la personne humaine, et non l’argent, avec sa dignité, si l’on consolide des comportements de solidarité et de partage fraternel inspirés de l’Évangile, il sera possible de sortir du marécage d’une saison économique et professionnelle éprouvante et difficile.

C’est avec cette espérance que j’invoque l’intercession maternelle de la Vierge Marie sur vous et sur tout le diocèse, en particulier sur le monde du travail, sur les familles en difficultés, pour qu’elles ne perdent pas la dignité que procure le travail, sur les enfants et les jeunes, et sur les personnes âgées.

Et maintenant, tous, en restant assis, prions la Vierge Marie, qui est notre Mère, pour qu’elle nous donne la grâce de travailler ensemble avec créativité, solidarité et foi. Je vous salue Marie…

Que Dieu tout-puissant vous bénisse, lui qui est Père, Fils et Saint-Esprit.

Et je vous demande, s’il vous plaît, priez pour moi ! Merci !

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat