Eradiquer les esclavages modernes: une initiative "historique"

Un "réseau de liberté mondial"

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 769 clics

Le P. Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, juge “historique” la signature d’un accord mondial, en la salle de presse du Vatican, ce lundi matin, 17 mars, pour « éradiquer » les esclavages modernes.

La signature a engagé à la coopération dans ce domaine le Vatican, Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, Chancelier des Académies pontificales des sciences et des sciences sociales, représentant le pape François, M. Mahmoud Azab représentant le grand imam de Al-Azhar, au Caire, le Rév. Sir David John Moxon, représentant de l’archevêque anglican de Cantorbéry, M. Andrew Forrest, fondateur de la Walk free Foundation.

Mgr Sanchez Sorrondo a présenté l’initiative au pape François qui a immédiatement dénoncé un “crime contre l’humanité » et a encouragé ce nouveau réseau mondial, le premier qui réunisse le Vatican, Al-Azhar, et d’autres représentant des religions, pas seulement du « clergé » maos des laïcs.

Il rappelle que l’évaluation qui donne le chiffre de 13 millions d’esclaves dans le monde ne représente que la « pointe de l’iceberg ».

Il faut faire comprendre que ce l'esclavage, la prostitution sont des « crimes », et susciter une « prise de conscience », et ceci par l’adoption de lois contre les trafiquants, par une action globale, nationale et internationale, fondée sur des lois.

L’engagement de Al-Azar

M. Mahmoud Azab a lu sa déclaration tout d’abord en arabe : elle a ensuite été lue en anglais par l’ambassadeur d’Egypte , M. Amr Mostafa Kamal Helmy.

Il a affirmé que l’islam interdit l’enlèvement de femmes et d’enfants et que l’engagement dans ce réseau vise à « mettre fin à l’injustice », et interdire de même « le trafic d’organes ». C’est la raison de l’engagement de Al-Azhar qui prépare, a-t-il annoncé, un document expliquant la « position de l’islam sur l’esclavage ». Il remercie M. Forrest qui a contacté l’ambassadeur. L’ambassadeur insiste en italien : « l’esclavage n’est pas accepté par l’islam ».

M. Mahmoud a ajouté en français que l’islam s’oppose à toutes les formes d’esclavage et d’agression contre l’être humain, sous leur forme classique ou moderne : « nous rejetons à cent pour cent toute forme d’esclavage ou d’agression contre l’être humain. »

« Depuis plus de 3 ans, en Egypte, nous insistons sur le principe de mettre en évidence les vrais problèmes du monde actuel pour que l’on s’adresse aux problèmes concrètement », explique-t-il, avant d’ajouter : « Al Azar s’engage avec le Vatican, avec Cantorbéry et lance appel fort contre l’égoïsme, aux pays riches, à qui est pris par le consumérisme, le matérialisme, un appel à arrêter la bêtise d’envoyer armes dans les pays pauvres, de profiter des besoins d’humanité : le matérialisme, la consommation, doivent arrêter tout de suite toute forme d’agression contre l’humanité surtout dans les pays pauvres du monde. »

Il dénonce « ce qu’on dépense dans le monde pour l’armement et les guerres déclenchées dans les pays pauvres », ce sont des « nouvelles formes de guerre ». Il déclare : « Je suis contre toute nouvelle forme d’esclavage mais aussi de guerre modernes », car « le dixième ou le vingtième » de ceux l’on  dépense pour les armes, en orient, Afrique, Asie, pourrait être investi pour surmonter l’esclavage.

Il rappelle que dans sa déclaration en arabe, il a souligné que lorsque les hommes, les enfants, les femmes sont très mal payés, on « prépare l’esclavage » et que « profiter des besoins d’un être et pratiquer l’injustice, c’est le début, cela prépare la terre pour l’esclavage, que ce soit en Orient ou en Occident, préparer pour la soumission de l’être humain au nom de ses besoins. »

Il invite à « former des institutions, des organisations universelles pour exercer de fortes pressions contre la globalisation de l’égoïsme, les cultures de la consommation ». M. Mahmoud a vécu une trentaine d’années en France et en Europe : il a constaté que « la pauvreté n’existe pas seulement dans les pays pauvres, mais que par exemple la prostitution internationale des pays riches, est aux mains d’organisations criminelles organisées » qu’il faut dénoncer à voix haute, « au lieu de parler de ce qui déclenche la violence, il faut parler des efforts pour lutter contre la guerre, contre l’égoïsme, ensemble » : « Il faut continuer, augmenter, consolider les efforts concrets pour défendre les pauvres contre toute forme d’agression et contre la pauvreté qui est derrière toute forme d’esclavage » : c’est une mission « noble et extraordinaire ».

Relations avec le Saint-Siège

Quant aux relations entre Al-Azhar et le Vatican, il fait observer : « On est là aujourd’hui ! » et « ce n’est pas la première fois », et qu’il n’y a pas eu de « grand malentendu », mais que des relations ont été seulement suspendues pour une période » et que « dès que signes positifs sont apparus, les relations ont recommencé tout de suite ». Et que par Sant’Egidio le contact a toujours été maintenu.

« Al-Azhar a actuellement un nouvel imam clairvoyant qui voit que dialogue ne suffit pas » a-t-il ajouté.

Et « dès l’élection du pape actuel, il y a eu tout de suite des visites au nom de Al-Azhar et du mode musulman pour trouver des terrains plus fertiles, concrets, pour dialogue et Sa Sainteté a répondu. »

Il salue le rôle de l’ancien nonce, Mgr Michael Fitzgerald  - présent à la conférence de presse – qui a été, « même au moment des problèmes » a toujours été « accueilli » :il y a eu des rencontres chez dominicains au Caire. Il s’agissait de « se rencontrer pour affronter les vrais problèmes sur terre dans un dialogue vrai, concret, pas pour le désir de parler, mais pour chercher ensemble à résoudre des problèmes. »

« Je suis ravi de me trouver aujourd’hui au Vatican, de m’engager avec le Vatican, les institutions civiles pour travailler concrètement pour diminuer, mettre fin à la misère dans le monde, beaucoup de formes. »

L’engagement anglican

Pour le Rév. Moxon, le trafic d’êtres humains constitue “un scandale”, une “tragédie de notre époque”, une « exploitation qui dépouille les personnes de leur dignité et de leurs droits », une « activité criminelle » faite de « cruauté ». Il faut donc « dénoncer l’injustice », “se réveiller”, et “apprendre de qui est déjà engagé dans cette lutte depuis des décennies ».

Lors d’une première rencontre avec le pape François en juillet dernier, celui-ci a indiqué un tel engagement comme ayant une « haute priorité ».

Il fait observer qu’il s’agit de la première initiative mondiale de ce type pour lutter contre l’esclavage même si de nombreux organismes luttent déjà depuis longtemps, dans els réseaux anglicans, les Caritas, par exemple.  Mais ce qui est nouveau c’est cette mobilisation « ensemble ».

“Nous avons besoin de nous parler, a-t-il ajouté, de travailler les uns avec les autres » et c’est la « première coopération mondiale » : l’énormité du problème demande qu’on se rassemble.

La fondation de M. Forrest

M. Forrest, magnat des mines en Australie, a encouragé chacun à comprendre qu’il est possible de mettre un terme à l’esclavage qui frappe 13 millions de personnes, selon de récentes statistiques. Et pour la première fois un réseau mondial d’églises et de mosquée s’est engagé, comme « une grande armée », sur cette route : il y voit aussi un événement « historique ».

Il encourage à faire confiance à la « volonté de chacun » à « utiliser son esprit » pour atteindre le succès, au lieu de détourner le regard pour « ne pas voir l’esclavage ». Il y voit aussi une condition de l’amélioration de ‘économie mondiale. « L’esclavage ne peut tout simplement pas exister dans notre monde ».

Il souligne que le projet comprend de faire aussi appel au monde juif, à tous les musulmans, aux Hindous, chaque personne du monde… « en relevant le défi ».

Et puis l’action doit ensuite accompagner les anciens esclaves: les enfants restent terrorisés, blessés à long terme.

Il faut pour cela une approche professionnelle, mais conduite avec la prière, et avec l’implication de quelque 160 pays qui doivent peu à peu « institutionnaliser la fin de l’esclavage ».

Il a dit être d’accord avec le fait que de mal payer les travailleurs les rend incapables de vivre et par conséquent belle leur dignité humaine.

L’origine de l’engagement de M. Forrest

Le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, Ghanéen, président du Conseil pontifical Justice et Paix, est membre du Conseil de ce nouveau réseau a précisé comment l’aventure avait commencé, grâce au témoignage de la fille de M. Forrest qui travaillait au Népal dans un centre pour enfants qui s’est révélé un centre de trafic d’enfants. Elle a expliqué son expérience à son père qui a dénoncé cette « cruauté » et a ensuite fondé la « Walk free Foundation » pour lutter contre le trafic d’êtres humains, travailler à la libération et à la guérison des esclaves.

Il souligne que la question de l’esclavage “n’est pas loin de nous”. Il citait par exemple le cas des populations veillissantes qui emploient des personnes d’autre pays à leur service, dans des conditions qui sont parfois proches de l’esclavage.

Il ajoute que tout a commencé aussi lors de la rencontre organisée par son dicastère en septembre dernier sur les mines dans le monde, avec une prise de conscience par rapport à l’esclavage.