Espagne : martyrs de la foi, non "de la Guerre civile"

Par le postulateur général des Frères des écoles chrétiennes

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ROME, mardi 14 février 2012 (ZENIT.org) –  Martyrisés en 1937 en pleine Guerre civile, alors que la persécution anti-catholique faisait rage en Espagne,  33 futurs nouveaux bienheureux espagnols ont été tués par fidélité à leur foi. Un bon nombre était des frères des écoles chrétiennes. Le plus jeune avait dix-huit ans.

Dans une interview accordée à Zenit, le frère Rodolphe Cosimo Meoli, postulateur de la cause, explique la signification du martyre et en particulier l’histoire de ces martyrs espagnols. Le pape Benoît XVI a en effet reconnu le 19 décembre dernier, le décret sur leur martyre.

Zenit - A propos de certains d’entre eux, on a parlé de « martyrs de la Guerre civile ». Est-ce correct ?

Fr Meoli  - Attention, il y a une erreur manifeste dans l’expression « martyrs de la Guerre civile ». Une erreur que commettent parfois aussi certains ecclésiastiques. En termes canoniques, il n’existe pas de « martyrs de Guerre civile » ; les martyrs chrétiens sont ceux qui ont été tués par fidélité à leur foi. D’ailleurs, la persécution religieuse espagnole a commencé en 1931, alors que la guerre civile n’a éclaté qu’en 1936.

Il y a donc eu des agressions avant 1936 ?

En 1931, un grand nombre d’édifices sacrés ont été attaqués et brûlés, ainsi que des couvents et même le collège lasallien le plus important, le collège Las Maravillas de Madrid. Et puis les frères des Ecoles chrétiennes qui ont été canonisés par le pape Jean-Paul II, avaient été tués à Turón, dans les Asturies, en 1934. Il est vrai qu’ensuite, avec la Guerre civile, les massacres contre les religieux ont continué et se sont même aggravés. De même qu’il est vrai que les choses se sont un peu mélangées, créant une certaine équivoque, comme je l’ai évoqué. C’est la tâche des procès canoniques de démontrer, documents et témoignages à l’appui, les motifs uniquement religieux qui sont à l’origine de toutes ces morts.

Ceux dont nous parlons ont été martyrisés avant ou pendant la Guerre civile ?

Ils ont été martyrisés en 1937, en pleine guerre civile, l’année qui a vu les attaques les plus violentes contre la religion catholique et qui a connu le plus grand nombre de victimes.

Comment réussir à distinguer la défense de la foi de la lutte politique ?

On ne peut exclure que, dans certains cas, se soient mêlées aussi des vengeances politiques. Les procès canoniques servent justement à vérifier les causes des meurtres. Certes, devant les assauts de monastères de clôture et les meurtres de sœurs très jeunes ou au contraire âgées de plus de soixante-dix ans, il est assez difficile de démontrer que les motifs étaient politiques. De même, quand on découvre que les persécuteurs poursuivaient les prêtres, les religieux et les sœurs mais laissaient libres les laïcs qui ne s’opposaient pas expressément à leurs violences. C’est là une preuve de plus qu’il s’agissait de persécution religieuse.

La béatification concernera un grand nombre de martyrs ?

Ce n’est pas la première fois. C’est ce qui s’est passé avec la béatification de nos 58 religieux. Mais ce sera aussi une grande et belle béatification. Il y a deux groupes, le premier compte 25 martyrs, dont 16 frères des Ecoles chrétiennes et 9 carmes de la stricte observance, avec à leur tête un prêtre, Alberto Maria Marco Alemán, alors que les autres bienheureux sont 8 jeunes novices de 18 à 23 ans.

Ils venaient tous de Madrid ?

Non, les deux procès diocésains se sont déroulés à Madrid, mais ils venaient tous de villes différentes. Sept d’entre eux travaillaient à notre maison d’édition Bruño de Madrid. Les miliciens l’ont envahie en demandant où étaient cachées les armes. C’était le prétexte habituel pour pénétrer dans les maisons. Ils les ont ensuite enlevés avec trois autres frères qui s’étaient réfugiés chez eux et les ont emmenés à la « Casa de Campo » où ils les ont fusillés. Leurs cadavres ont été horriblement mutilés.

D’autres furent d’abord mis en prison, puis conduits par petits groupes dans des lieux isolés et cachés, où les exécutions étaient confiées à des personnes recrutées dans d’autres coins. Très souvent on ne peut même pas les identifier parce qu’on les a massacrés pour qu’ils soient méconnaissables. On ignore même, pour certains, non seulement le lieu de leur martyre mais aussi celui de leur sépulture.

Et l’autre groupe ?

Il y a un autre groupe de ces frères qui étaient chargés de la formation des jeunes garçons et qui, lorsqu’ils sentirent approcher le danger, ont essayé de les cacher. Certains d’entre eux ont été poursuivis et tués sans pitié.

On raconte l’histoire d’un laïc qui a réagit contre quelqu’un qui avait ouvert le feu sur une statue de la Vierge ?

C’était le groupe le plus nombreux, celui de Griñon, un village pas loin de Madrid : vingt-trois martyrs, dont vingt-et-un frères, le chapelain et un laïc. C’est ce dernier qui a été tué le premier parce qu’il s’est opposé à la profanation de la statue de la Vierge par un milicien. Il est mort en criant « Vive le Christ Roi ». Les autres furent tous tués devant la chapelle et enterrés dans le jardin à côté.

Ceux du Sacré-Cœur, eux, furent emmenés dans la prison de Saint-Antoine où ils sont restés enfermés pendant environ quatre mois. Jugés par un tribunal soi-disant populaire, il a suffi de prouver qu’ils étaient religieux pour les faire condamner à mort.

Dans votre institut, combien y a-t-il eu, en tout, de victimes de la persécution ?

Les frères de La Salle emprisonnés pendant cette période furent au moins 275. 165 d’entre eux furent tués, parmi lesquels 155 ont été inclus dans onze procès diocésains et s’acheminent vers la gloire de la béatification.

Pour les frères des Ecoles chrétiennes, que signifient ces martyrs ?

Ils sont le témoignage le plus éminent de la fidélité à Dieu et à la vocation religieuse. On fait profession religieuse suite à un appel auquel on répond du plus profond de son cœur après des années de réflexion et d’études. En conséquence, on accepte tout ce qui en découle, et donc aussi la possibilité du martyre.

Combien existe-t-il de frères des Ecoles chrétiennes ?

Environ 5000 frères et aucun d’eux n’est prêtre. Ils se consacrent à l’éducation des jeunes. Nous avons aussi à peu près quatre-vingt mille enseignants qui collaborent avec nous, dans 82 pays, au sein d’un millier d’instituts de formation, qui vont de l’école maternelle à l’université.

H. Sergio Mora

Traduction d’Hélène Ginabat