Etape décisive de la cause de béatification d’un policier italien héroïque

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CITE DU VATICAN, Lundi 10 février 2004 (ZENIT.org) – Un préfet de police de la police nationale italienne pourrait bien être proclamé prochainement bienheureux et martyr.



Il s’agit de Giovanni Palatucci, vrai Schindler italien, qui a refusé de quitter son poste, à Fiume, près de Trieste, au risque de sa vie et pour sauver de la furie nazie tous les persécutés: parmi eux, 6.000 juifs. Il est mort déporté à Dachau le 10 février 1945 à l’âge de 36 ans.

Le cardinal Camillo Ruini, vicaire du pape pour Rome, a conclu ce mardi le procès de béatification diocésain, lors d’une cérémonie solennelle au Palais apostolique du Latran.

Devant une foule nombreuse accourue de plusieurs régions d’Italie, en particulier de Salerne, mais aussi d’Avellino région native du jeune Palatucci (des jeunes de deux écoles étaient là), tous les documents concernant sa "cause" – témoignages, biographies, documents historiques - ont été scellés. Les originaux restent dans les archives du vicariat. Une copie en deux exemplaires, placés dans une caisse scellée également, est partie pour la congrégation vaticane pour les causes des saints.

Assistaient à cette émouvante cérémonie non seulement les artisans de cette cause, comme le postulateur, Mgr Gianfranco Zuncheddu, et le Mgr Giangfranco Bella, président du tribunal du vicariat, mais aussi de hauts représentants de la police nationale; le neveu de Palatucci auteur d’un livre récent sur son oncle; des représentants de la communauté juive italienne; des survivants sauvés par Palatucci, comme Mme Olga Hamburger, 88 ans, l’œil vif, la mémoire intacte, le sourire grave; ou un compagnon de baraque, Giorgio Gregori, venu de Vicence, au Nord du pays, qui évoquait ce "questeur" de trente-cinq ans qu’il regardait avec admiration, lui, alors jeune boulanger de 20 ans, interné pour sa résistance au régime en place.

Une formation musicale de la Police nationale a interprété en l’honneur de Palatucci un quintette de Haydn et le Panis Angelicus.

Dans un article de la revue des Jésuites italiens, "La Civiltà cattolica", du 7 février, le P. Piersandro Vanzan souligne que Palatucci pourrait être béatifié en tant que martyr : il est mort de maladie à Dachau "in odium fidei" après avoir offert sa vie pour sauver des milliers de vies, au nom du Christ, et refusant de quitter son poste pour pouvoir en sauver encore, le plus longtemps possible. "Dans le Christ, ce sont mes frères et mes sœurs", disait-il des persécutés.

Pour Mgr Zuncheddu, interrogé par Zenit lors de cette cérémonie, ce qui caractérise l’action de Palatucci, c’est sa volonté de "sauver l’homme", tout homme, Juif ou dans le besoin. Dans le camp de Dachau, il a vécu "quatre mois de souffrance et de maladie". Son corps a été déposé "dans la fosse commune". Il offre "un exemple lumineux d’obéissance aux exigences de la conscience", fût-ce au prix de la vie. Sa "grandeur", c’est vraiment d’avoir préféré obéir à sa "conscience" éclairée de chrétien plutôt qu’aux ordres injustes, pour sauver des vies humaines.

En tant que chargé de la police de l’immigration, il a si bien caché son jeu que le SS H. Kappler, qui le fit arrêter "pour avoir maintenu un contact avec le service de renseignement ennemi", ignorait qu’il avait aidé des milliers de juifs à s’enfuir.

Plus encore, Palatucci a refusé de suivre sa fiancée, et la mère de celle-ci, renonçant ainsi à son bonheur personnel. Jointe au téléphone en Israël par le premier biographe de Palatucci, Goffredo Raimo, celle-ci se souvenait encore, submergée par l’émotion, cinquante ans plus tard, de son "Giovannino". Mais elle ne voulait pas que son nom soit cité par respect. Elle est maintenant décédée. Elle s’appelait Mika Heisler.

L’oncle de Palatucci, Mgr Ferdinando Palatucci, indispensable complice pour sauver des vies, a confié que le jeune questeur lui avait demandé la dispense nécessaire pour pouvoir épouser une Juive, c’est dire le sérieux de cette affection, et "l’intention droite" du jeune laïc. On pourrait dire qu’en se détachant de celle qu’il aimait, Giovanni Palatucci a vécu également le "martyre du cœur".